À première vue, Maxime Lucu n'accroche pas l'œil. Son crâne chauve, sa silhouette presque chétive (1,77 m ; 85 kg) et sa voix douce le renverraient dans les rangs des anonymes. Pourtant, à 33 ans, le demi de mêlée et capitaine de l'Union Bordeaux-Bègles (UBB) est le cœur battant d'une équipe de stars. Opposé à la province irlandaise du Leinster en finale de la Champions Cup ce samedi 23 mai au stade San Mamés de Bilbao (15h45), il incarne le guide et le patron de son équipe.
Un leader incontesté sur le terrain
Yann Delaigue, ancien ouvreur international et consultant pour France Télévisions, le décrit comme « le guide ». Guy Accoceberry, ancien demi de mêlée des Bleus et consultant pour Radio France, renchérit : « C’est le patron. » Une image résume son influence : le 16 mai, lors de la 24e journée du Top 14, l'UBB reçoit Perpignan. Le manager Yannick Bru laisse Lucu sur le banc. Menés à la pause (12-24), les Bordelais pataugent malgré la présence de Matthieu Jalibert, Damian Penaud, Jefferson Poirot et Cameron Woki. Lucu entre en jeu et le scénario s'inverse. Il imprime le rythme, lance ses coéquipiers, accélère ou temporise, décide des pénalités, les réussit, plaque comme un dératé. L'UBB s'impose 37-32.
« Il suffit de voir le regard de ses coéquipiers quand il entre sur la pelouse pour se rendre compte de son impact, insiste Accoceberry. Tous les yeux sont tournés vers lui. Il maîtrise tous les secteurs du jeu, distribue le ballon, a un coup de pied énorme, est un buteur exceptionnel et plaque comme personne. Il a gagné le respect en se donnant autant pour les autres. »
Un totem pour l'UBB
Considéré comme une doublure d'Antoine Dupont en équipe de France (12 titularisations en 30 sélections), le Basque formé à Saint-Pée-sur-Nivelle et passé par Biarritz avant de rejoindre l'UBB en 2019 a pris une dimension telle que ses absences se font durement sentir. Blessé au pouce en début de saison puis à un genou, il a raté le Tournoi des Six Nations et l'équipe a marqué le pas. « Sans lui, ce n’est pas la même chose, appuie Accoceberry. En plus d’être un exemple d’humilité, d’hygiène de vie et de rigueur, sa connexion avec Yannick Bru en fait un relais précieux. »
Yannick Bru reconnaît : « C’est notre totem dans l’effectif, un coach de plus sur le terrain. Il faut le ménager car il avance dans l’âge et dépense beaucoup d’énergie. » Sa prolongation de contrat jusqu'en 2029 témoigne de son importance. Chouchou du stade Chaban-Delmas, plus acclamé que Matthieu Jalibert, Louis Bielle-Biarrey ou Damian Penaud, il est le liant de la mécanique bordelaise.
Une concurrence avec Dupont
Denis Charvet, ancien trois-quarts du XV de France et consultant pour RMC, souligne : « Il a pris conscience l’an dernier qu’il pouvait se mesurer aux plus grands. Il manquait de confiance avant et se révèle désormais comme un grand capitaine fédérateur. C’est bluffant, admirable. Il a atteint un tel niveau qu’il concurrence même Antoine Dupont aujourd’hui. » Un maître à jouer tout près d'être sacré roi d'Europe pour la deuxième fois consécutive.



