La LFP abandonne les maillots arc-en-ciel, provoquant l'indignation des associations LGBT+
LFP : fin des maillots arc-en-ciel, colère des associations LGBT+

La Ligue de Football Professionnel tourne le dos aux couleurs arc-en-ciel

Le monde du football français est secoué par une décision controversée. Ce mercredi 11 mars, lors d'une réunion avec ses associations partenaires, la Ligue de Football Professionnel (LFP) a annoncé l'abandon définitif des couleurs arc-en-ciel sur les maillots des joueurs. Cette mesure symbolique, révélée par L'Équipe le jeudi 12 mars, marque un tournant dans la communication de l'instance dirigeante du football professionnel français.

Un nouveau dispositif qui fusionne les luttes

Selon les informations dévoilées, la LFP travaille actuellement à l'élaboration d'un nouveau dispositif de communication qui mêlera désormais la lutte contre toutes les formes de discriminations, sans distinction particulière. Cette approche unifiée vise à regrouper les combats contre le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie sous une même bannière.

La Ligue a justifié sa position auprès du quotidien sportif en affirmant vouloir développer des ateliers de sensibilisation contre toutes les discriminations, sur le modèle de ceux déjà existants contre le racisme et l'homophobie. L'institution assure bénéficier du soutien de ses associations partenaires, qui auraient compris le sens de cette nouvelle orientation stratégique.

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Une onde de choc dans le milieu associatif

Pourtant, cette annonce a provoqué une réaction immédiate et virulente parmi les défenseurs des droits des personnes LGBT+. Catherine Michaud, présidente de l'association GayLib, n'a pas mâché ses mots lors d'un entretien avec Le Point. La militante et conseillère régionale en Île-de-France a lancé un appel pressant au président de la LFP et à ses équipes, les exhortant à faire preuve de courage et à être dignes de leur mandat.

« Vouloir cacher les couleurs du drapeau LGBT+, c'est un renoncement », a-t-elle martelé avec force. « C'est céder à une forme de pression, à un chantage, c'est céder à quelques-uns. C'est une lâcheté, un manque de courage, un manque de volonté. C'est tout simplement inacceptable. »

Le poids des convictions religieuses

Cette décision intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par plusieurs polémiques impliquant des joueurs refusant de s'associer à la lutte contre l'homophobie pour des raisons religieuses. La militante fait référence à une série d'incidents qui ont émaillé le football français ces dernières années :

  • En 2022, Idrissa Gueye du Paris Saint-Germain a officiellement été déclaré blessé lors de la Journée contre l'homophobie, mais beaucoup ont interprété son absence comme un refus de porter le maillot arc-en-ciel.
  • En 2023, Mostafa Mohamed du FC Nantes a publiquement annoncé qu'il ne jouerait pas lors de cette journée pour des raisons religieuses, ce qui lui a valu une suspension de quatre matchs.
  • Plusieurs joueurs du Toulouse FC ont suivi le même chemin : Zakaria Aboukhlal, Saïd Hamulic et Moussa Diarra.
  • En 2024, Mohamed Camara de l'AS Monaco a carrément caché le logo de la campagne avec du ruban adhésif pendant un match.

Catherine Michaud déplore amèrement cette situation : « Ces joueurs ont fait prévaloir leurs croyances personnelles, et très souvent leur religion », considérant l'homosexualité comme une forme de péché. Elle rappelle avec fermeté qu'en tant que salariés de clubs régis par la LFP, les joueurs professionnels ont l'obligation de participer aux initiatives de leur employeur.

La laïcité en question

La présidente de GayLib insiste sur un point fondamental : « La France est un pays laïc. Dès lors que l'on fait le choix de travailler dans un club français en France, nos convictions personnelles n'ont pas à rentrer en ligne de compte dans l'exercice de son métier. » Elle regrette également ce qu'elle qualifie de « lâcheté des clubs » qui acceptent de tels agissements, surtout lorsque certains d'entre eux luttent pour leur maintien en championnat.

« Tant que les clubs et la LFP ne sanctionneront pas ces comportements, rien n'avancera », affirme-t-elle avec conviction, soulignant l'urgence d'une prise de position ferme contre l'homophobie dans le milieu footballistique.

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Un engagement qui faiblit

Ce revirement de la LFP intervient dans un contexte plus large de recul apparent de l'engagement du football professionnel contre l'homophobie. Après avoir lancé en 2019 une journée de championnat dédiée à la lutte contre l'homophobie fixée au 17 mai, puis mis en place lors de la saison 2020-2021 un dispositif complet comprenant numéros arc-en-ciel, brassards pour les capitaines et messages de sensibilisation, la Ligue opère un net retour en arrière en 2024.

La suppression des numéros arc-en-ciel, remplacés par des logos ou écussons plus discrets, a d'ailleurs entraîné le départ d'associations historiques comme SOS Homophobie et PanamPride FC du partenariat qu'elles entretenaient avec la Ligue.

L'homophobie persistante dans les vestiaires

Catherine Michaud s'interroge avec inquiétude : « De quoi ont-ils peur, en portant un maillot ? » Pour elle, cette réticence en dit long sur l'homophobie qui persiste encore dans le milieu footballistique, et particulièrement dans l'intimité des vestiaires. Dans un sport « où le business prime souvent sur les valeurs », rares sont les joueurs qui, comme Antoine Griezmann, Jonathan Clauss ou l'Australien Josh Cavallo (qui a fait son coming out en 2021), semblent avoir pris conscience de la nécessité d'exemplarité.

La militante rappelle l'importance symbolique du football : « C'est l'un des sports les plus populaires au monde, le rêve d'innombrables enfants et adolescents. Le milieu devrait être un modèle de comportement, un exemple à suivre pour les générations futures. » Alors que la LFP semble vouloir uniformiser son message contre les discriminations, la question de l'efficacité de cette approche et de son impact sur la visibilité de la lutte contre l'homophobie reste entièrement ouverte, suscitant débats et controverses dans l'ensemble de la communauté footballistique française.