On l’avait quittée frustrée et déçue, en septembre dernier, par la quatrième place des Bleues à la Coupe du monde et le jeu prôné par le staff d’alors. Sept mois plus tard, on retrouve Assia Khalfaoui souriante et heureuse d’entamer victorieusement une nouvelle aventure sous les ordres de François Ratier, son ancien coach au Stade Bordelais. Les Tricolores ont remporté leurs trois premiers matchs du Tournoi des Six-Nations. Et si le contenu est encore loin d’avoir épousé la perfection des résultats (15 points sur 15 possibles), le plaisir est perceptible. Notamment chez la pilier cassipontine de 25 ans (40 sélections), éblouissante depuis le début de la compétition. Dans les tâches obscures comme ballon en main, où son aisance technique fait des merveilles.
Un début de tournoi prometteur malgré des imperfections
Comment qualifieriez-vous ce début de tournoi de l’équipe de France ? « Il est forcément très bon en termes de résultats, mais il y a encore des points à régler, notamment nos premières mi-temps. En défense, on fait le travail, mais offensivement, on a encore du mal à se trouver et on peine un peu. »
Comment expliquez-vous ces premières mi-temps assez poussives ? « Je ne sais pas pourquoi elles sont toujours compliquées, mais je pense qu’avec le temps, ça va venir. Il s’agit d’un nouveau groupe, avec un nouveau staff. Il y a un projet qui doit se mettre en place. Et à l’inverse de la défense, basée avant tout sur l’état d’esprit, l’attaque demande plus de précision, un meilleur timing et une meilleure connexion. »
Le plaisir retrouvé sur le terrain
On sent, malgré tout, que vous prenez beaucoup de plaisir… « Oui, oui, c’est sûr. C’est un projet de jeu intéressant, qui propose beaucoup de choses. On prend toutes du plaisir, et c’est ça aussi qui fait notre force. »
À titre personnel, peut-on parler de revanche, après l’échec de la Coupe du monde, à l’issue de laquelle vous aviez eu des mots assez forts ? « Une revanche, non, mais j’avais envie de regoûter à tout ça : prendre du plaisir sur un terrain, performer. Ma dernière saison a été très compliquée, mais je laisse le passé au passé. J’ai juste envie de jouer mon rugby à plein potentiel. »
Une joueuse clé du dispositif
Très en vue depuis le début du Tournoi, vous avez été élue joueuse du match contre l’Italie, pour la deuxième fois de votre carrière (après 2024). Est-ce une distinction importante ou anecdotique ? « C’est toujours un plus qui fait plaisir à l’ego. Je prends ce qu’il y a à prendre, mais le plus important pour moi est de gagner ces matchs-là, avec la manière surtout. Et d’aller chercher des titres. »
Vous semblez particulièrement en jambes depuis le début de la compétition. Le ressentez-vous ? « Oui, forcément. Les données GPS parlent aussi. On me fait beaucoup de retours et ça me permet d’en prendre conscience. De toute façon, dans le jeu que je souhaite proposer, qui est assez dynamique, si je ne suis pas en forme physiquement, je vais vite le sentir. »
La force du collectif en première ligne
Dans l’ensemble, les premières lignes de l’équipe de France proposent un gros volume de jeu et de courses… « Si on veut gagner les matchs, notamment contre les équipes du top 3 mondial, il faut que toutes les filles soient utiles, de la n°1 à la n°15. Il faut que tout le monde apporte sa pierre à l’édifice et on a la chance d’avoir des piliers qui ont du gaz, qui savent jouer et manipuler le ballon. »
Un retour aux sources à Clermont-Ferrand
Battre l’Irlande dans une ambiance des grands soirs, à Clermont-Ferrand, a dû vous faire particulièrement plaisir, vous qui évoluez désormais à l’ASM… « C’est quelque chose que j’ai toujours aimé à Clermont : l’ambiance incroyable, « La Marseillaise » a cappella, tout le stade qui chante et qui est derrière nous. Ça met des frissons et parmi tous les stades dans lesquels j’ai pu jouer, il s’agit de l’une des ambiances que j’ai le plus aimées. »
Comment se passe, à ce propos, votre première saison à Romagnat ? « Super bien. Les filles et le staff m’ont bien accueillie. Je suis très heureuse et ce qui me permet d’être épanouie sur un terrain, c’est ce renouveau que je suis venue chercher à Clermont. Ça fait partie de mon bien-être aujourd’hui. »
Un programme alléchant avec un choc contre l’Angleterre
Après l’Irlande à Clermont, vous jouerez contre l’Angleterre à Bordeaux, en clôture du Tournoi. Une ville où vous avez évolué pendant six ans… « Effectivement, je retrouve presque toutes mes terres sur ce tournoi. »
Cette année sera-t-elle la bonne ? Allez-vous enfin battre les Anglaises ? « Je l’espère et j’y crois fort. On est en train de créer une vraie identité dans ce groupe-là et j’espère qu’on va aller au bout des choses. »
Une semaine de repos avant de préparer la suite
Parce que le Tournoi fait relâche le week-end prochain, les joueuses de l’équipe de France sont au repos cette semaine. « Ça fait du bien, reconnaît Assia Khalfaoui. D’autant qu’on n’a pas l’habitude d’entamer cette compétition par trois matchs d’affilée. » Les Bleues se retrouveront dimanche pour préparer le déplacement en Écosse (9 mai), avant la grande finale attendue contre l’Angleterre, le 17 mai à Bordeaux.



