Joueur plein de panache, héros de la Coupe Davis 1991, l'ancien numéro 5 mondial est l'invité d'honneur du tournoi bordelais. À la fois sensible et drôle, tout le monde l'adore à la Villa Primrose.
Henri Leconte le dit lui-même : avec le public français, ça a parfois été « Je t'aime moi non plus ». Trente ans après sa retraite sportive, on peut définitivement rayer la seconde partie de la phrase. Au BNP Paribas Primrose, dont il est cette année l'invité d'honneur, tout le monde l'adore, des VIP aux chasseurs d'autographes, auxquels il s'adresse avec le même naturel.
« Je peux être avec un président de club, avec le président de la République ou avec la dame pipi, je ferais pareil, remarque-t-il. Je dis bonjour et au revoir. Mes parents m'ont bien éduqué. J'aime et je respecte les gens. » Qui le lui rendent bien. Son sens de l'autodérision, la version la plus noble de l'humour, fait mouche à chaque fois. L'ancien numéro 5 mondial parle comme il jouait. On est cloué sur place. Sa vitesse de bras était prodigieuse. Ses blagues sont des aces.
Henri Leconte est arrivé jeudi à la Villa Primrose. Son entrée n'est pas passée inaperçue. « Bonjour les enfants ! » Une trouée de bonne humeur dans la grisaille matinale. « Je suis une personne très extravertie par comparaison avec Guy Forget, mon pote à la vie à la mort, qui est plus réservé », glisse-t-il.
« Le vengeur masqué »
Le lendemain, à 10 heures, il était sur le court 7 du club de Caudéran pour des échanges de balle avec des partenaires du tournoi. Sa tactique est de les faire rire, non pas pour gagner, mais pour qu'ils ne se sentent pas trop intimidés par sa notoriété. « Au premier set, j'avais la boule au ventre, je n'ai pas passé une balle », avoue néanmoins Ludovic Mangeny, le codirecteur de l'Aparthotel Adagio Gambetta, où logent la plupart des joueurs du Challenger 175 de Bordeaux. Pour cet ancien 15/1 âgé de 56 ans, Henri Leconte est « le vengeur masqué ».
Une référence à son parcours à Roland-Garros en 1992, après son impensable victoire face à Pete Sampras (7-5, 6-4, 6-4) lors de la finale de la Coupe Davis 1991, qui s'était achevée au son du Saga Africa de Yannick Noah. Opéré d'une hernie discale trois mois plus tôt, le Français était 159e mondial et l'Américain 6e. « C'est lui, avec Yannick, qui m'a donné envie de jouer au tennis », précise l'hôtelier, qui a inscrit son dernier point sur une volée de revers. Un hommage à son coéquipier du jour ? La volée de revers smashée devrait presque porter le nom d'Henri Leconte. C'était sa signature. Une pure merveille. « C'est moi qui l'ai créée, sourit le génial gaucher. C'est à moi, ça m'appartient. J'ai le brevet. »
« Le joueur préféré de mon père »
Un petit quiz au passage. Techniquement, l'ancien poulain de Patrice Dominguez avait une autre particularité. « Au service, il frappait la balle en trajectoire montante », répond Christophe Gaborieau, un licencié de la Villa Primrose, 15/5 à 55 ans, qui se trouvait dans l'équipe d'en face. « L'un des seuls qui fait ça de nos jours, c'est Térence Atmane », ajoute en connaisseur le patron de CG Impression, l'agence de publicité qui imprime les affiches et les bâches événementielles de l'épreuve bordelaise.
Leconte, le champion, il le connaît par cœur. Ce 15 mai, il a découvert l'homme. « Il est très gentil, très abordable, très blagueur. » Son fils, classé 4/6, a suivi ce petit double sympathique. À 20 ans, que représente pour lui Henri Leconte ? « C'est une légende française, le joueur préféré de mon père. »
« Je voulais tellement qu'on m'aime que je faisais des conneries »
Cette popularité qui résiste au temps doit lui faire chaud au cœur. « Les gens ne me comprenaient pas, confie l'intéressé. Auparavant, c'est ce que j'explique dans mon livre, j'avais du mal à retransmettre ce que je suis. Je voulais tellement qu'on m'aime que je faisais des conneries. On pensait que j'étais très arrogant, très hautain. » Alors qu'il est tout sauf ça, comme peuvent s'en apercevoir tous ceux qui le croisent cette semaine pour un autographe, un selfie ou un brin de causette.
Revient inévitablement en mémoire sa fameuse déclaration de 1988. À l'issue de sa finale de Roland-Garros, perdue en trois sets face à Mats Wilander, il avait lancé au micro du stade, s'attirant quelques sifflets : « J'espère que vous avez un petit peu compris mon jeu. » Christophe Gaborieau – et il n'est pas le seul – avait parfaitement saisi la signification tennistique de ces propos. « Il avait un jeu à risque. C'est donc le genre de choses qui arrive. Ça passe ou ça casse. » Exactement. « C'est un jeu d'attaque, reformule l'intéressé. Je prends des risques tout le temps. Parfois, c'est au millimètre. C'est ça que je voulais expliquer, mais je n'avais pas les mots et ce n'était pas le bon moment. »
Mais 1991 a tout changé. « C'est l'un des plus beaux exploits du sport français, qui, à l'époque, ne gagnait pas souvent », rappelle Jean-Baptiste Perlant. Le directeur du BNP Paribas Primrose avait 14 ans et était déjà 5/6. Il se souvient avoir croisé Leconte, « convalescent après son opération au dos », parmi les spectateurs du Grand Prix Passing-Shot, remporté par son ami Forget. C'était trois mois avant leur inoubliable exploit en Coupe Davis. « Henri représente le dépassement de soi. C'était magique. »



