Gaëtan Clerc : les adieux du capitaine du Stade Rochelais Basket
Gaëtan Clerc : les adieux du capitaine rochelais

Devenu emblème du club de La Rochelle depuis son arrivée à l’été 2020, le capitaine s’apprête à jouer ses dernières rencontres en jaune et noir. Un bon moment pour feuilleter, avec lui, le livre de sa carrière. Gaëtan Clerc va disputer sur cette fin de saison ses derniers matchs sous le maillot jaune et noir du Stade Rochelais Basket, comme il l’a annoncé jeudi 7 mai sur le site internet du club. Une annonce, sans précision sur la suite, en forme de page qui se tourne, tant le passage du n°10 fut marquant et fructueux dans la cité aux deux tours. Arrivé en 2020 dans un club en pleine restructuration, le combo guard de 35 ans aura grandement participé à replacer La Rochelle sur la carte du basket professionnel, avec deux accessions en 2022 (en Pro B) et en 2024 (Betclic Élite). Retour en souvenirs et anecdotes avec le capitaine de La Rochelle sur 17 années de carrière.

Nancy (2009-2010)

« Je joue avec les Espoirs et m’entraîne avec les pros. C’est la grande époque des frères (Ricardo et Jeff) Greer, (Pape-Philippe) des Amagou, (Steed) Tchicamboud, (Stephen) Brun, la fin de carrière de (Cyril) Julian. C’est Jean-Luc Monschau l’entraîneur, pas le plus ouvert et le mieux pour les jeunes, mais un sacré CV. J’étais au quotidien avec eux, les petites entrées en fin de match. Le début de l’apprentissage du niveau pro, l’exigence d’un très gros club français. J’avais arrêté les cours et ne faisais plus que du basket. Je me rappelle d’un déplacement en coupe d’Europe à Athènes, une sortie d’après-match dans des endroits pas possibles, clinquants… Et moi qui me disais ''mais qu’est-ce que je fais là ?!'' (rires) »

Liévin (2010-2011)

« Je vais là-bas en N1 car mon agent est aussi, à l’époque, celui du coach (Laurent Mopsus)… mais je ne le savais pas. Je ne garde pas de très bons souvenirs sur ma relation avec l’entraîneur, mon temps de jeu, la façon d’appréhender les choses. Je découvre une ville humainement très bien mais aussi très pauvre et donc impactée socialement et culturellement. Je n’avais pas le permis. J’avais un studio de 11 m² avec un BZ que je repliais tous les jours, un peu la précarité. Il y avait un groupe de joueurs super sympas avec (Jérôme) Dessart, (Aude) Pierre-Joseph, des mecs du Nord estampillés N1. Il y avait Antwon Hoard qui était en fin de carrière et dont on voyait le fils Jaylen, qui venait tout petit aux entraînements, et qui est en Euroligue au Maccabi. »

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Aix Maurienne (2011-2014)

« Je retrouve l’assistant-coach Sébastien Bozon qui m’avait entraîné entre mes 10 et 13 ans et qui avait dit à mes parents que je devais aller au pôle Espoirs. Le premier qui m’a bougé le cul et m’a engueulé comme personne quand j’étais gamin. Le coach (Antoine Michon) me dit, un jour, que je vais être dans le 5 de départ car Simon Darnauzan (meneur titulaire) est blessé. C’est contre Nantes et je fais un gros match en jouant 25 minutes contre 5 ou 6 minutes habituellement. Sur le match d’après, Darnauzan revient mais je reste comme starter. J’ai saisi l’opportunité. Je deviens un joueur de Pro B. Lors de la troisième saison, je glisse sur le poste d’arrière, je passe un cap dans le jeu à 23 ans. Je change d’agent et là on part sur de la grosse Pro B ou de la Pro A. »

Fos-sur-Mer (2014-2015)

« C’est un gros projet. Provence Basket qui se crée, le lien avec Marseille… La saison à titre personnel se passe très bien sur un poste 2-1. Il y a Édouard Choquet avec qui j’ai une très grosse relation. Mais dans la ville de Fos, je ne me sens pas hyper bien. Les usines, les fumées… Je casse mon contrat, j’arrête, car je ne prends plus de plaisir, surtout quand je m’entraîne. À cet instant, j’ai conscience que ma décision aura des conséquences catastrophiques, car j’étais en train de passer les étapes une à une et que des clubs de Pro A étaient susceptibles de me regarder. Mais je ne m’amusais plus. »

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La Ravoire Challes (2015-2016)

« Je décide de passer mon diplôme d’entraîneur professionnel. J’entraîne aussi et je joue en N3. Un soir, je retourne voir un match à l’Astrolabe et je me rends compte que ça me manque. Antoine Michon, coach à Boulazac, m’appelle pour la saison prochaine. Sauf que le club est en demi-finale de Pro B et peut monter. Là, Bastien Pinault, qui joue à Évreux, met un tir incroyable au buzzer derrière la planche qui les envoie en prolongation. Un tir qui m’envoie à Boulazac ; si le club était monté je n’y aurais jamais joué. Ce soir-là, je coachais les féminines avec qui on allait devenir champion d’Auvergne-Rhône-Alpes. J’avais un œil sur le match, l’histoire est folle… »

Boulazac (2016-2017)

« J’arrive sur la pointe des pieds, je joue 10 minutes, ce qui est normal. On perd beaucoup et Antoine Michon se fait limoger à la trêve de Noël. Claude Bergeaud arrive et dit : ''Je veux défendre''. Comme c’est mon créneau, je me mets à fond là-dedans et je joue poste 3 comme starter, pour défendre. Ensuite j’évolue aussi back-up à la mène et sur un rôle d’arrière avec des missions défensives. Et je suis sur le terrain contre Nantes lors de la belle de la finale des playoffs. On est à +2 et Claude Bergeaud décide de me mettre la balle dans les mains sur la fin. Claude Bergeaud, qui a coaché Tony Parker en équipe de France ! Trop stylé. Le Palio est incandescent, des frissons… On monte en Pro A, il y a Jérôme (Sanchez), Alexis (Tanghe). Un an avant, j’étais en N3 ! »

Nancy (2017-2018)

« J’avais signé à Nancy avant la finale avec Boulazac. Le Sluc descendait en Pro B, un club avec un gros budget et une volonté de remontée immédiate. Je signe un contrat de 2+1. ''Greg'' Beugnot est aux manettes. J’adore l’assistant (Pierre Verdière), je l’avais eu au centre de formation. Il a eu une grosse influence sur moi. Je me souviens, la prépa était à l’ancienne. Piste à 8 heures, pendant une heure, à te faire vomir, entraînement à 10 heures et à 16 heures ; à la fin, tu ne montes plus l’escalier. Des trucs qui n’existent plus. C’est Christian Monschau qui reprend ensuite. Il m’appelle en me disant qu’il ne me connaît pas, qu’il veut me garder mais en fait… Il aurait pu me dire plus clairement les choses. Je me suis un peu fait virer. »

Caen (2018-2020)

« Je signe car Antoine Michon, encore lui, y est. Je suis capitaine et je fais une très belle saison. Puis en mars ou avril, je me sectionne un tendon de la main lors d’un accident domestique à cause d’une assiette cassée. Je suis opéré dans la nuit, c’est passé à un millimètre du nerf et pas loin de l’artère. Sportivement, on descend en N1. Sur ma deuxième saison, je me fais opérer d’une hernie discale et à mon retour, c’est l‘arrêt de la saison à cause du Covid. Je pars me confiner vers chez moi à La Toussuire (73) pour réfléchir à ce que je vais faire. »

La Rochelle (2020-2026)

« La montée de N1 en Pro B a une saveur vraiment particulière, c’était l’objectif absolu pour moi. On se prend en main avec l’équipe, c’est de l’autogestion. On était capable de se mettre sur la tronche aux entraînements mais on avait un lien invraisemblable entre nous. Unique. La Betclic reste une fierté incroyable mais ce n’était pas notre place. Quand je regarde aujourd’hui des matchs d’Euroligue avec les Paris, Asvel ou Monaco, je me dis que j’étais en face d’eux ! Avec des montées à 16 points contre Dijon ou au Mans (sourire). J’arrête ici avec le sentiment du devoir accompli. »