France-Angleterre : la petite finale, un match que personne ne veut jouer
France-Angleterre : la petite finale, un match que personne ne veut

La FIFA tente de valoriser la finale pour la troisième place de la Coupe du monde 2026, programmée samedi à Miami (23 heures) entre la France et l'Angleterre. Sur son site, l'instance écrit que « malgré sa déception, la France peut encore faire gonfler son palmarès » et que les Bleus « viseront un 7e podium en Coupe du monde, ce qui les rapprocherait un peu plus du palmarès des géants du tournoi ». Pourtant, même les passionnés d'histoire du football peinent à savoir que l'Allemagne (4 titres) devance le Brésil (5 étoiles) avec 12 podiums contre 9.

Des sélectionneurs partagés sur l'importance du match

Thomas Tuchel, sélectionneur de l'Angleterre, a été très clair après l'élimination de son équipe contre l'Argentine (1-2) : « Personne n'a envie de jouer ce match, aucun de nos joueurs ni aucun des joueurs français. On a tout donné pour disputer la finale. Mais c'est comme ça, on va se préparer de manière professionnelle. »

Didier Deschamps, pour son dernier match à la tête des Bleus après 14 ans, a adopté un ton différent : « On va tout faire pour aller chercher la 3e place. On a ce devoir-là, par rapport à nous-mêmes, par rapport à ce que représente ce maillot et par rapport à tous les gens qui sont derrière nous. OK ça ne va pas changer la vie des joueurs, mais ça n'est pas un match amical. »

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L'avis des anciens : une finale que personne ne veut

Alain Giresse, ancien international français, valide le propos de Tuchel : « C'est la finale qu'aucun joueur ne veut disputer. Ce match a une signification aux JO mais pas du tout sur un Mondial. » Après la demi-finale de 1982 contre la RFA (3-3, 4-5 aux tirs au but), il se souvient : « Imaginez les dégâts sur le plan psychologique. Nous étions dévastés, avec une dynamique cassée. Michel Hidalgo voyait bien qu'on errait comme des zombies les jours d'après. C'était trop dur de se projeter sur cette petite finale. S'il m'avait demandé de jouer ce match, je ne l'aurais pas fait avec un état mental qui correspondait. »

Cette année-là, la majorité des cadres (Platini, Giresse) étaient sur le banc ou en tribunes lors du match pour la 3e place perdu contre la Pologne (2-3). « Cette défaite a été totalement zappée par tout le monde. On ne m'a jamais reparlé de ce match jusqu'à cette semaine », ajoute Giresse.

Des médailles oubliées

En 1986, après une autre défaite en demie contre l'Allemagne de l'Ouest (0-2), Platini et Giresse étaient encore en tribunes pour la petite finale France-Belgique (4-2). Luis Fernandez, suspendu, garde un bon souvenir : « Henri Michel avait fait tourner et je trouvais ça formidable de voir tous ces joueurs qui avaient eu une très bonne attitude durant la compétition être récompensés. »

Mais la saveur de la médaille de bronze ? « Je ne sais même plus si on avait reçu une médaille ce jour-là », avoue Fernandez. Giresse renchérit : « Luis ne s'en souvient pas parce que ça n'est pas une médaille qu'on met en avant dans son salon. Je ne sais même pas où est la mienne. » Il raconte même un épisode rocambolesque : « Quand j'ai voulu descendre sur la pelouse pour assister à la remise des médailles en civil, on n'a pas voulu me laisser passer. La police mexicaine m'a vraiment bloqué, et je n'ai récupéré ma médaille que dans le vestiaire ! »

Un enjeu économique, pas sportif

La petite finale a été abandonnée par l'UEFA pour l'Euro depuis 1984, contrairement à la CAN et à la Copa America. Pourquoi la FIFA la maintient-elle ? L'enjeu est surtout économique : les diffuseurs sont ravis d'avoir un match supplémentaire, et les places sont vendues entre 220 et 700 euros, soit le tarif des huitièmes de finale. Le Hard Rock Stadium de Miami, avec ses 65 000 places, assure une recette juteuse.

Du côté des supporters, l'enthousiasme est modéré. Valentin Vannelli, 31 ans, membre des Irrésistibles Français, sera présent mais sans excitation : « La douche froide de l'Espagne n'est pas encore passée. C'est un match pour du beurre et je trouve dommage que certains remplaçants n'aient droit à leur chance que sur une telle rencontre. » La moitié des 300 supporters du groupe ont d'ailleurs renoncé à leurs places.

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Un match qui a pourtant marqué l'histoire

Malgré son image de match « pour du beurre », la petite finale a permis un exploit historique : le record de 13 buts de Just Fontaine lors du Mondial 1958, grâce à un quadruplé lors de la victoire 6-3 contre la RFA. De quoi donner des idées à Kylian Mbappé, actuellement à égalité avec Lionel Messi (8 buts) dans la course au titre de meilleur buteur du tournoi.