L'ancien arbitre international Emmanuel Joseph devient le bras droit de Jean-Baptiste Perlant, le directeur du tournoi de tennis de Bordeaux. L'occasion d'évoquer quelques moments marquants de sa prestigieuse carrière.
Un arbitre d'exception
Emmanuel Joseph faisait partie du gratin mondial. De 2006 à 2025, il était Badge d'or, la distinction la plus élevée pour un arbitre. Actuellement, ils sont une trentaine. Ce grade, qui fait l'objet d'un réexamen à chaque fin de saison, est requis pour arbitrer une finale de Grand Chelem. À Roland-Garros, il a eu l'honneur de monter sur la chaise d'arbitre pour trois finales dames, en 2006 (Justine Henin – Svetlana Kuznetsova), 2008 (Ana Ivanovic – Dinara Safina) et 2015 (Serena Williams – Lucie Safarova).
Ce Nordiste de 50 ans, qui parle anglais et espagnol, a officié lors de cinq Jeux olympiques : Sydney, Pékin, Londres (où il a été choisi pour la finale du double mixte), Rio et Tokyo. Son CV comprend 31 internationaux de France, une vingtaine d'Open d'Australie, une vingtaine de Wimbledon et autant d'US Open. Il a également à son actif la finale de Coupe Davis, remportée en 2023 par l'Italie de Jannik Sinner aux dépens de l'Australie.
Un retour à Bordeaux
Au BNP Paribas Primrose, il est loin d'être un inconnu, puisqu'il a arbitré toutes les finales entre 2011 et 2015, puis celles de 2017 à 2022, quand le tournoi n'avait pas encore son statut de Challenger 175, avant un dernier tour de piste en 2024. Il est rare qu'un arbitre de ce niveau intervienne sur le circuit Challenger. Mais c'était l'occasion pour lui d'avoir « une petite semaine d'entraînement » avant Roland-Garros. « Je combinais cela avec le fait de pouvoir voir mes parents et ma sœur, qui habitait ici, confie-t-il. Ma femme étant Bordelaise, nous avons déménagé à Bordeaux il y a trois ans. »
Cette année, avec le directeur de l'épreuve, Jean-Baptiste Perlant, ils vont donc reconstituer en Gironde l'équipe de direction sportive qu'ils forment à l'Open de Vendée, le Challenger 75 organisé chaque automne dans les superbes installations de Mouilleron-le-Captif. À Bordeaux, en tant que bras droit du directeur de la Villa Primrose, il n'interviendra pas dans le domaine arbitral. Il s'occupera principalement des relations avec l'ATP. Grâce à lui, l'omniprésent Perlant aura peut-être enfin le temps de voir quelques jeux.
Le président du PSG
Parmi les innombrables tennismen professionnels qu'Emmanuel Joseph a arbitrés, le plus inattendu est sans doute Nasser al-Khelaïfi. C'était à Toulon, sur le circuit satellite français. Avant de se faire un nom dans le football, le président du PSG a représenté le Qatar en Coupe Davis. Son meilleur classement fut 995e mondial, ce qui ne l'a pas empêché d'affronter en 1996 un ancien numéro un mondial, Thomas Muster, au premier tour de Sankt Pölten (0-6, 1-6). L'Autrichien était alors au sommet de son art. Vainqueur un mois plus tôt à Monte-Carlo, il venait de remporter l'ATP 1000 de Rome.
« On a attendu que le tremblement de terre s'arrête et les joueurs ont repris »
Son anecdote la plus croustillante, ou plutôt la plus effrayante, a eu pour joli décor le tournoi brésilien de Costa do Sauipe. « Un énorme serpent est entré sur le court, raconte Emmanuel Joseph. C'était une espèce protégée. Il a fallu évacuer le court et le libérer en milieu sauvage. Les joueuses n'ont plus voulu jouer sur ce court ensuite. Elles avaient peur qu'il y en ait d'autres. » Un autre souvenir tropical fait froid dans le dos. À Acapulco, au Mexique, un tremblement de terre a été ressenti en plein match. « On a attendu que ça s'arrête et les joueurs ont repris. »
La colère de Federer
Mais ce qui lui a valu un surcroît de notoriété involontaire, c'est l'avertissement infligé à Roger Federer au deuxième tour de Roland-Garros en 2021. Ce champion adulé avait quelque peu tardé à se placer en position de relancer le service du Croate Marin Cilic. D'ordinaire imperturbable, le Suisse n'avait pas du tout apprécié. La scène a fait le bonheur d'Internet.
« J'avais tout le public contre moi »
Au-delà de sa réaction à chaud, il y a une explication de fond. Après deux opérations du genou droit en 2020, « Rodgeur » revenait à peine. Ce n'était que son cinquième match de l'année. En son absence, la pandémie de Covid-19 avait nécessité des précautions pour éviter les contaminations. Jusqu'à l'été 2024, pour s'éponger le visage et les mains, les joueurs n'ont plus été autorisés à demander aux ramasseurs de balle de leur apporter leur serviette. C'était à eux d'aller la chercher dans une corbeille personnelle accrochée en bord de court et de l'y redéposer ensuite. « Entre la fin d'un point et la mise en jeu suivante, on dispose de vingt-cinq secondes, explique Emmanuel Joseph. Mais le relanceur doit se mettre au tempo du serveur. Il ne peut pas le faire attendre. La règle n'avait pas changé. » Et ce malgré la nouvelle procédure sanitaire, qui, forcément, prend plus de temps. Les joueurs sont obligés de faire vite. « Il pensait être dans son bon droit », comprend Emmanuel Joseph. L'homme aux 20 titres du Grand Chelem lui en a-t-il voulu ? « Non. On en a reparlé au Wimbledon suivant, où il m'a dit : « Excuse-moi, je n'avais pas compris que ça n'avait pas changé. » Une attitude de gentleman. « J'avais tout le public contre moi », se souvient l'ancien arbitre international. Badge d'or ou pas, il fallait du cran pour prendre une telle décision à l'encontre d'un monument du tennis devant un Central plein.



