Une crise institutionnelle au cœur du tennis gardois
Le club historique de l'AS Bas-Rhône, fort de sept décennies d'existence, traverse une période de turbulences sans précédent. La démission en bloc du conseil d'administration et du bureau le 23 janvier dernier a révélé au grand jour les tensions latentes qui minent cette institution sportive nîmoise.
Un projet de rénovation ambitieux bloqué par les contraintes réglementaires
La situation trouve ses racines dans le refus préfectoral, en 2024, d'un projet porté par le Comité départemental de tennis (Codep). Ce plan ambitieux prévoyait la rénovation complète des infrastructures vieillissantes du club, situé route d'Arles sur des terrains municipaux exceptionnels.
Le site comprend dix terrains en terre battue naturelle, dont trois couverts, ainsi que deux courts en dur, mais les installations annexes (club-house, vestiaires, bureau) nécessitent une modernisation urgente. Le projet initial du Codep, élaboré en collaboration avec la Fédération française de tennis, envisageait non seulement la rénovation des courts existants mais aussi la création de nouvelles surfaces pour les pratiques émergentes comme le padel et le pickleball.
Le principal obstacle réside dans la localisation du club en zone rouge du Plan de prévention des risques inondation (PPRI), ce qui interdit toute nouvelle construction en dur. Malgré une proposition de rehaussement sur pilotis à 1,80 mètre, le projet a été rejeté par les autorités préfectorales.
Changement politique et apparition d'un investisseur privé
Les discussions entre le Codep et la municipalité de Nîmes avaient pourtant bien avancé, notamment grâce à la médiation de l'adjoint aux sports Nicolas Rainville. Un nouveau projet avait même été élaboré, prévoyant la rénovation de trois terrains par chaque partie et la modernisation du club-house.
Mais la scission au sein de la majorité municipale a tout bouleversé. Après la déclaration de candidature du premier adjoint Julien Plantier, le maire Jean-Paul Fournier lui a retiré ses délégations ainsi qu'à tous ses soutiens, dont Nicolas Rainville. Thierry Procida est alors devenu le nouvel adjoint aux sports.
La situation s'est encore compliquée en septembre 2025 lorsque le club a découvert l'existence d'un appel à candidature du domaine public concernant précisément les terrains qu'il occupe. "On a appris qu'il y avait un appel à projet, avec un porteur de projet qui s'était manifesté", explique Réginal Perrier-Mourrier, président du club de 2022 à 2026.
Un entrepreneur local au centre des interrogations
Le projet concurrent est porté par Xavier Severan, un ancien du club qui a récemment repris une licence. Cet entrepreneur, connu pour avoir lancé plusieurs affaires dont un restaurant à Kilomètre Delta, a créé le 7 octobre une SCI nommée Sporting Bas-Rhône.
Son projet, estimé entre 2 et 3 millions d'euros, prévoit la réalisation de plusieurs courts de padel à la place des terrains couverts actuels, l'aménagement de surfaces pour le beach tennis et le pickleball, la couverture des six courts de terre battue ouverts par des ombrières, et la rénovation des deux terrains en dur plus un troisième inutilisé depuis des années. Un projet de restauration serait également envisagé.
Thierry Procida, l'adjoint aux sports, justifie cette approche : "Aujourd'hui, un investisseur privé a répondu à l'appel à projets lancé par la municipalité, avec objectif de redonner vie au site et d'assurer sa viabilité économique."
Des questions cruciales restent en suspens
Plusieurs interrogations majeures persistent cependant :
- Comment ce nouveau projet pourrait-il contourner les restrictions du PPRI qui ont fait échouer les propositions précédentes ?
- La transformation de terrains de tennis en surfaces de padel peut-elle être validée par la Fédération française de tennis ?
- Les terrains municipaux actuellement occupés par l'association seront-ils cédés à l'investisseur privé ?
Stéphane Duplissy, président du comité départemental, exprime ses inquiétudes : "Ces terrains sont importants pour nous. Nous y entraînons nos meilleurs jeunes gardois. Que se passera-t-il si les terrains deviennent privés ?"
Une situation institutionnelle troublante
Le rebondissement le plus surprenant intervient avec la nomination du nouveau bureau du club suite à la démission de l'ancienne direction. Xavier Severan, le porteur de projet et dirigeant de la SCI Bas-Rhône, en devient le président.
Cette situation interroge profondément Stéphane Duplissy : "Il n'était pas licencié depuis 2014 et devient, d'un coup, licencié, président et peut-être investisseur."
Alors que Xavier Severan n'a pas répondu aux sollicitations et que Thierry Procida a déclaré qu'il s'exprimerait ultérieurement sur le sujet, l'avenir de l'AS Bas-Rhône reste incertain. La trésorerie du club, selon l'ancien président, souffre déjà du transfert de certaines charges précédemment assumées par la municipalité.
Cette crise met en lumière les défis complexes auxquels font face les clubs sportifs historiques dans un contexte de contraintes réglementaires croissantes, de besoins de modernisation urgents et de recherche de nouveaux modèles économiques.



