Christophe Deylaud : « Je me suis mis dans le moule des Toulonnais »
Christophe Deylaud : « Je me suis mis dans le moule des Toulonnais »

Quelques semaines après avoir rangé définitivement son sifflet d’entraîneur, et avant le choc de ce samedi 9 mai 2026, le Toulousain de 61 ans revient sur cette période de sa carrière.

Qu’est-ce que le RCT vous évoque ?

Toulon, c’est un club qui m’a marqué. Déjà par le biais des mecs que j’ai pu côtoyer. J’arrive quand même sous la houlette de Daniel Herrero, une personnalité emblématique du rugby français. Moi qui venais de Blagnac, un petit club, se retrouver avec Éric Champ, Manu Diaz… Je me demandais si j’allais être capable de jouer à ce niveau-là, avec ces mecs-là. À Toulon, je suis resté onze mois, mais c’est comme si ça avait duré dix ans. Je n’en ai gardé que de très bons souvenirs, et même des amis, comme Léon Loppy. Il y avait aussi Louvet, Motteroz, « Brique » Dasalmartini, Jaubert… Je pourrais tous les citer.

Comment êtes-vous recruté ?

Après le titre de 1987, Toulon m’avait déjà contacté. Je n’y étais pas allé, car je ne pensais pas avoir le niveau. En plus, ça marchait plutôt bien à Blagnac. Je n’allais pas quitter mon pays de Toulouse. Et puis, finalement, il y a eu la catastrophe au club, avec le capitaine et les entraîneurs qui ont été écartés ou ont arrêté. Toulon est revenu à la charge et j’ai fait le choix de tenter l’aventure.

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L’ex-Toulonnais « Jeff » Tordo a parlé de vous comme d’une « terreur ». Étiez-vous « RCT compatible » ?

Je crois que oui à la fin. Même si pas du tout à la base. J’étais plutôt un mec qui relançait de son camp. Au départ, je jouais tous les ballons. Au bout du deuxième ou troisième match, Daniel (Herrero) m’avait dit : « Maintenant, il va falloir que tu te serves de ton pied ! » Je ne l’avais pas encore compris, mais c’était une arme très importante. Au-delà de ça, j’étais compatible car les mecs d’à côté avaient ce qu’il fallait entre les jambes et que, sur cet aspect-là, je ne devais pas me manquer. Je me suis donc mis dans le moule des Toulonnais. Cette relation forte au sein du groupe, j’en garde un énorme souvenir. Si ces mecs-là m’appelaient maintenant pour faire une connerie, j’irais avec eux.

Avez-vous commencé à buter dos aux poteaux à Toulon ?

Alors non, je ne butais pas. Pour l’anecdote, quand on est arrivés avec ma femme, on s’est aperçu qu’elle avait de la famille italienne qui vivait là. Et ces Toulonnais d’adoption m’appelaient « pied de cochon », car je ne savais pas taper dans un ballon. Bon, eux n’avaient jamais joué au rugby, donc ils donnaient juste des leçons depuis les tribunes. Mais c’est vrai que je n’étais pas spécialement buteur. J’avais loupé quelques coups de pied et on m’en avait d’ailleurs un peu voulu, du moins au départ. Je n’étais pas prédestiné à buter. Je tapais, je dirais, à la sensation.

Vous ne resterez finalement qu’une saison…

Je ne vais pas le cacher : quand je suis revenu à Toulouse en 1991, ça n’a pas été la panacée. Avec ma femme, on était rentrés au pays en partie car on y avait obtenu du boulot. Mais quelques mois après, moi, je serais bien reparti à Toulon. Là-bas, j’avais trouvé ce qu’il me fallait. Et même si en termes de mentalité, on pourrait dire « ah, ce sont des branques, des fous », non ! J’ai découvert des mecs incroyables, des mecs de parole. Aujourd’hui encore, ça reste un univers où je me régale. Je vais chez les cousins et on peut bouger au marché, dans un bar… Pour moi, c’est du Pagnol. J’écoute les mecs parler, j’adore. Et puis, ce stade… C’est mythique. J’en ai eu les frissons la première fois.

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Auriez-vous aimé que l’aventure dure davantage ?

J’aurais voulu que ça dure beaucoup plus. D’ailleurs, quand je vois que Charles Ollivon et Anthony Étrillard sont restés faire leur vie sur Toulon alors qu’il n’y a pas plus Basques qu’eux, ça veut dire quelque chose. Je crois que moi, en tant que Toulousain, j’aurais pu faire un parcours beaucoup plus long là-bas. La vie en a décidé autrement. Au bout de quelques mois au RCT, le Stade (toulousain) m’avait rappelé. Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux m’ont dit qu’ils s’étaient trompés. Et comme à Toulon, il y avait un hic sur des emplois que je n’avais pas réussi à avoir, j’ai décidé de rentrer. Et la saison suivante… Le RCT finit champion de France ! Alors qu’ils jouent presque le match pour ne pas se descendre ! Je les suis cette année-là. Le Stade est éliminé en huitièmes, donc je fais les matchs jusqu’à la finale, où je me retrouve à partir en Argentine avec les Bleus. Sincèrement, j’étais le premier supporter. Et puis, je ne pensais pas aller décrocher la lune un jour. Au final, j’ai décroché plus que ce qu’il fallait. C’est le moins qu’on puisse dire.

Toulon a-t-il été un tremplin pour votre carrière ?

Je ne sais pas. Disons que ça m’a donné une autre vision du rugby. Malgré cette qualité de création que je pouvais avoir, Éric Champ me disait toujours : « Tu n’inventes rien. » J’ai compris la rigueur qu’il fallait sur le jeu au pied. À chaque entraînement, j’arrivais avant les autres, je tapais dans les filets. Peut-être que ce travail-là m’a donné des qualités que je n’avais pas soupçonnées.

Pour vos retours à Mayol, aviez-vous droit au « comité d’accueil » ?

Bizarrement, avec le Stade, pas trop. Il y a eu plus d’insultes après, quand je suis revenu avec Agen. Alors, des insultes, mais des insultes à la toulonnaise. Quand tu as baigné un peu là-dedans, tu sais comment ça se passe. Ça peut être les plus gros cons dans les paroles sur le terrain ou en tribunes, mais après, quand tu te retrouves au club house, ce sont des mecs fabuleux.

Si vous deviez partager une anecdote de votre passage sur la rade ?

C’est lorsque j’arrive pour signer. Je dois voir Daniel Herrero, mais suis malade comme un chien. Je suis dehors avec ma femme, sur le trottoir, et je vomis tout ce que je peux. À ce moment-là, je vois la porte qui s’ouvre, puis un grand mec qui court avec un chien derrière. Ce chien, c’était Vulcain, le bouledogue de Manu Diaz. Et le gars, c’était Léon Loppy, qui est devenu un vrai frangin pour moi.

Lorsque vous entraîniez en Top 14, votre nom était un temps sorti pour intégrer le staff du RCT. Auriez-vous pu revenir ?

Moi, je n’en ai jamais entendu parler. Mais oui, j’aurais pu. C’est vraiment un endroit où, de toute façon, je me sens à l’aise. Il y en a où ce serait moins le cas. À Toulon, je suis dans mon élément.

Vous avez rangé le sifflet d’entraîneur le 12 avril dernier, dans votre club de Blagnac. Qu’allez-vous faire maintenant ?

J’ai fait un bilan mercredi soir avec mes joueurs. Désormais, je vais m’occuper de mes petits-enfants. J’ai deux petits-fils, l’un de 3 ans, l’autre de 5 mois et demi, et c’est ça que j’ai envie de faire. Je crois que le rugby, c’est bon. J’étais revenu à Blagnac (Fédérale 1) pour aider pendant deux saisons, mais là, j’ai envie d’être avec les miens… même si je filerai toujours un coup de main aux éducateurs.

28 avril 1991 : le coup d’envoi d’un pugilat

Si la saison varoise de Christophe Deylaud s’était arrêtée en huitième de finale du championnat, elle avait été marquée par ce fameux match aller du 28 avril 1991, contre Bègles, théâtre d’une bagarre aussi épique que tristement violente, toujours considérée la plus « célèbre » de l’histoire du rugby français. Malgré sa carrure peu imposante, le Toulousain d’origine n’avait pas donné sa part au chien ce jour-là. « Au tout départ, je rentre sur le terrain sans l’intention de me battre. Mais quand tu vois les actions après par contre, oui, j’y vais bien avec tout le monde ! », en sourit aujourd’hui l’ex-ouvreur, qui était comme transformé par le maillot au muguet : « C’était le paradoxe. Je n’étais pas bagarreur à la base. Mais il est vrai qu’à Toulon, j’ai développé ça. Il ne fallait pas baisser les yeux. Ça m’a donné plus d’agressivité pour la suite de ma carrière. » Face aux Rapetous, c’est d’ailleurs lui qui avait balancé le coup d’envoi directement en touche, comme pour signifier que les hostilités allaient pouvoir démarrer : « Un journaliste m’avait demandé si je l’avais fait exprès. J’avais dit : “Bien sûr que non !” ». Et aujourd’hui ? « Je réponds qu’il fallait que je dévisse un peu. (sourire) J’ai la jambe qui avait poussé trop haut vers l’extérieur… »