Il était une fois dans l’est-Var. Lundi matin, quelques heures seulement après la victoire contre Sélestat (31-28), le gardien du Saint-Raphaël Var handball n’est pas du genre à rester en pantoufles. Mais plutôt enfiler une paire de santiags. En plein milieu de la matinée, chapeau vissé sur la tête, couteau à la ceinture, Alexandre Demaille fait tourner sa jument à l’intérieur du rond de longe. Nymeria, une Appaloosa marron de 3 ans aux taches blanches, obéit aux gestes et aux bruits selon la méthode du dressage western. Une discipline qu’il a découverte presque par hasard lors de son passage à Nîmes (2022-2024) et qu’il entretient au ranch « My little western pony » de Puget-sur-Argens pendant ses jours de repos.
« J’ai commencé en prenant un cours, raconte celui qui s’intéressait déjà aux équidés depuis quelques années. Puis j’ai continué en autodidacte. C’est une technique plus douce. Il y a tout un langage corporel avec le cheval. Tu le diriges du bout des doigts. Ton regard donne la direction au cheval. » Un animal qui peut s’utiliser comme un réel outil de travail pour la vie d’un ranch. Le gardien a d’ailleurs prévu de partir à la découverte du métier de cow-boy cet été dans le Wyoming.
Une sorte de thérapie
En s’inspirant des chuchoteurs américains et de l’univers de Monty Roberts où on fait démarrer son destrier en faisant le bruit d’un bisou, le gardien n’a pas peur de prendre de la hauteur. Malgré sa taille (1,96m) : « J’apprends doucement. Il y a la satisfaction d’être dessus, glisse ce tireur occasionnel. Ça m’extirpe du hand et des émotions négatives. Des fois, je regarde juste les chevaux travailler. » L’équithérapie à sa façon. Pour l’instant, il est le seul de l’équipe à avoir mis le pied à l’étrier. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : « J’ai mis Jonathan Mapu (pivot au SRVHB) une fois sur un cheval. C’était très marrant. » Ce matin-là, sous un soleil presque estival, la jument enchaîne courses, stops and spins et autres exercices. « Les chevaux sont des éponges à émotions, pointe-t-il. Elle est super bien ce matin. » Peut-être parce que son propriétaire a signé une belle prestation la veille avec 12 arrêts.
« Je bosse comme un chien »
Un regain de forme après une petite période où il a été moins efficace alors qu’il réalisait une saison pleine. « Il y a eu un temps d’adaptation avec le retour de blessure de Jorge (Pérez). Je bosse comme un chien depuis deux semaines, avoue-t-il. Il y a toujours des petits creux dans la saison. L’équipe était aussi en perte de confiance. Cela fait partie du truc. On sent qu’on a repris du poil de la bête. On n’a pas craqué contre Sélestat. » Depuis le début de cet exercice, le natif de Draguignan fait partie des meilleurs joueurs varois. Il figure même à la 4e place des gardiens de Starligue riche de 251 arrêts (27 % d’efficacité). Son meilleur total après 2020-2021 (244 parades). Vit-il à 33 ans la meilleure saison de sa carrière ? « On dira ça à la fin, plaisante celui qui portera le maillot raphaëlois au moins jusqu’à l’année prochaine. J’aimerais finir comme j’ai commencé. Jusqu’à décembre, c’était topissime. J’étais le deuxième meilleur gardien en Ligue européenne derrière Charles Bolzinger (Montpellier). J’ai su être présent deux fois par semaine. Être plus constant. Quand tu es seul (avec la blessure de sa doublure), tu n’as pas le temps de tergiverser. Tu prends confiance. À ce poste, plus tu joues, mieux tu es. »
« Jouer sur la confiance et l’expérience »
Le Varois brille particulièrement sur jets de 7 m où il est le deuxième meilleur gardien du championnat dans cette configuration (21 arrêts) : « J’ai toujours aimé ce jeu où on piège le tireur. Je me mets dans une certaine condition pour réussir. Comme un lion en cage à faire des allers-retours (avant le tir). » Ce vendredi, il retrouvera Dunkerque, un club qui lui a permis de s’aguerrir pendant deux saisons (2015-2017) avec l’ambition de leur jouer un mauvais tour : « Ils jouent leur vie. Ils ont fait des beaux matchs dernièrement chez eux. On doit continuer de reprendre confiance. On est bien même si on n’est pas encore sereins. À nous de jouer sur la confiance et l’expérience. » Et ainsi consolider la 6e place en attendant la confirmation qu’elle soit synonyme d’Europe. « Il faut la jouer, insiste-t-il. On verra ensuite. »



