Une carrière exceptionnelle
Via une vidéo, la talonneuse de Bordeaux et du XV de France aux 63 sélections a annoncé qu'elle rangerait ses crampons à la fin de la saison avec raison, fierté et passion éternelle. Partout où elle est passée, elle a été une joueuse cadre, un phare, un modèle. De Montpellier avec qui elle a remporté ses trois premiers titres de championne de France aux Lionnes du Stade Bordelais où elle en a glané trois de plus, en passant par ses 63 sélections en équipe de France et le dernier Grand Chelem français en 2018, Agathe Gérin (née Sochat) a marqué le rugby français et le rugby féminin.
La décision difficile
Encore sur les terrains d'Élite 1 jusqu'à la fin de saison, celle qui est aussi ergothérapeute va donner le maximum avec ses coéquipières pour défendre leur triplé et pourquoi pas se payer un quadruplé. Mais la réalité de son non-renouvellement de contrat par la FFR juste avant la dernière Coupe du monde l'a obligé à repenser son quotidien avec une place importante de sa famille et l'arrivée d'un deuxième enfant né prématuré l'été dernier. Après avoir pris sa décision et avant son officialisation, la Limougeaude s'était confiée à « Sud Ouest ».
Comment avez-vous pris cette décision ?
Quand j'ai su que mon contrat avec la FFR ne serait pas renouvelé, je me suis beaucoup questionnée. Jusque-là, j'étais joueuse pro, c'était mon métier et c'était ma passion avant tout. Mais quand tu passes au chômage et que tu sais que ta compagne est avec les deux petits à la maison, ce n'est plus pareil.
Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Je suis très heureuse de tout ce que j'ai fait et d'avoir eu la chance de vivre tout ce que j'ai vécu grâce à ce sport parce que quand je repense à mes débuts, ce n'était pas gagné (sourire) ! Je fais 1,60m et je n'avais ni la vitesse, ni les qualités physiques. Mais j'ai acquis des qualités techniques et j'ai travaillé comme une acharnée pour en arriver là. Je préfère retenir tout ça.
Est-ce tout de même un choix un peu contraint ?
Je n'avais pas mis de date de fin parce que je me projetais encore. Un cycle de 4 ans c'était peut-être long mais à la fois j'étais prête à prendre un autre rôle. D'autres nations font ça avec des joueuses hors groupe qui sont là pour transmettre. Le choix de la Fédération n'a pas été celui-là. Physiquement je me sens encore très bien, j'étais engagée avec le club donc je termine avec le club mais l'année prochaine il va falloir que je travaille et avec les deux petits, j'ai pris cette décision d'arrêter.
Vous étiez de la dernière Coupe du monde mais le nouveau sélectionneur, votre ancien entraîneur François Ratier, ne vous a pas appelé pour son premier Tournoi, comment l'avez-vous vécu ?
De ne pas être convoquée est aussi une étape. On se dit « ça y est, c'est fini » mais ça fait partie du process. Je m'entraîne toujours et je me prépare toujours à fond en club parce qu'une blessure ça pouvait vite arriver mais c'est comme ça. On ne va pas se mentir, je m'en doutais un peu mais ce n'est jamais facile.
« Je fais 1,60m et je n'avais ni la vitesse, ni les qualités physiques mais j'ai travaillé comme une acharnée »
Comment voyez-vous cette fin de saison avec le Stade Bordelais ?
Il a fallu accepter qu'on n'était pas favorites. C'est nous qui sommes les outsiders et c'est ok. Aujourd'hui on est troisième et on est à notre place avec deux défaites contre Clermont et une contre Toulouse. Cette bascule de chassées à chasseuses n'a pas été pas facile mais je pense qu'on l'a réussie sur la dernière victoire à domicile contre Toulouse (34-29). Désormais, on n'a rien à perdre et il y a un truc à aller chercher.
Qu'est-ce qui vous anime encore et toujours ?
Les phases finales, c'est hors du temps. Toute la saison, tu te donnes le droit d'y participer et ça a un terrible goût de « reviens-y ». T'aimes gagner, t'aimes les émotions que ça procure et la liesse collective que tu partages.
Comment voyez-vous l'avenir du Stade Bordelais et de la pratique féminine en général ?
Je me considère comme une enfant de ce club où je suis arrivée à 18 ans. Donc j'aimerais qu'il continue à exister, à se structurer. Tout va très vite dans le sport. Le sport féminin et le rugby avancent aussi, même si c'est trop doucement. Il ne faut pas prendre de retard, c'est la base, et si on peut même être en avance, c'est encore mieux. Comme Lyon ou le PSG l'avaient fait en foot, avec les clubs, il faut qu'on trouve notre propre modèle de fonctionnement féminin. Cadre de l'équipe de France, la talonneuse de 30 ans est une capitaine d'exemple avec son club du Stade Bordelais.



