Douze ans après son arrivée à Lyon, Ada Hegerberg disputera samedi face à Barcelone sa neuvième finale de Ligue des champions… chez elle en Norvège. Derrière son éternel sourire, la première Ballon d’Or de l’histoire aborde peut-être le rendez-vous le plus symbolique de son immense carrière lyonnaise.
Une finale à domicile pour la star norvégienne
Comme le résumait en souriant la capitaine Wendie Renard cette semaine : « Moi aussi, j’aimerais bien jouer une finale en Martinique ». Car cette neuvième finale européenne a évidemment une saveur beaucoup plus intime pour Ada Hegerberg.
La première Ballon d’Or féminin de l’histoire s’apprête à disputer la plus grande affiche européenne… chez elle. « Je n’aurais jamais imaginé jouer une finale de Ligue des champions en Norvège, j’en ai parfois des frissons », reconnaît-elle doucement.
Dans l’entourage lyonnais, certaines parlent déjà de « la finale d’Ada ». Elle sourit quand on lui rapporte l’expression. « C’est Wendie (Renard) qui a chauffé le groupe », plaisante-t-elle. Mais elle refuse soigneusement d’en faire une histoire personnelle. « Je n’ai pas voulu anticiper. Je n’ai pas voulu prendre des places. Je voulais juste rester focus sur le travail et essayer de se qualifier. »
Le chemin semé d'embûches
Parce qu’à 30 ans, avec six Ligues des champions remportées, la Norvégienne sait mieux que personne ce que représente une finale européenne. Et surtout ce qu’elle exige. « Les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est dur de recréer le succès », souffle-t-elle. « À l’époque, on rendait presque facile le fait de gagner cinq Ligues des champions d’affilée. »
Depuis plusieurs saisons, l’OL ne règne plus sur l’Europe. Le dernier sacre remonte à 2022 et la dernière finale à 2024. Arsenal, tenant du titre, et Barcelone, qualifié pour une sixième finale consécutive, ont pris le pouvoir. Pour Lyon, les déceptions se sont accumulées.
Ada Hegerberg a tout connu avec OL Lyonnes : la machine écrasante des années 2010, les blessures interminables, les doutes, puis cette évolution autour d’un effectif renouvelé et d’un nouveau staff emmené depuis l’été dernier par Jonatan Giráldez.
L'évolution du jeu d'Ada Hegerberg
Et c’est peut-être là que se situe la plus grande transformation de la Norvégienne. Longtemps, Ada Hegerberg a incarné la superstar absolue : l’attaquante clinique, la Ballon d’Or, la tueuse de surface. Aujourd’hui, ses coéquipières parleraient presque davantage de son travail défensif que de ses buts. « Son boulot dans le pressing est extraordinaire », insiste la capitaine Wendie Renard : « On ne le souligne pas assez. »
Le changement est aussi visible dans le discours de la principale intéressée. « Le rôle de numéro 9 a changé », explique-t-elle. « Le coach veut une attaquante extrêmement active dans le pressing, avec beaucoup de courses défensives. Si c’est ça qu’il faut faire pour gagner, je le fais. »
Jonatan Giráldez détaille cette exigence collective : « L’équipe comprend que quand 11 joueuses jouent de la même manière, elle a plus de possibilités de gagner. Si tu penses seulement aux buts ou à la phase offensive, il manque beaucoup de choses. » Un discours qui pourrait faire écho à un autre entraîneur espagnol, qui va lui aussi bientôt disputer une finale de Ligue des champions sur le banc d’une équipe française…
Un mental d'acier face aux blessures
En dehors du terrain, dans ce vestiaire plus international et plus jeune, Ada Hegerberg (30 ans) conserve une place centrale. Melchie Dumornay, nouvelle pépite du club et candidate au Ballon d’Or, témoigne : « Depuis mon arrivée, elle m’a beaucoup aidée dans mes placements, mes finitions. »
Selma Bacha insiste, elle, sur la personnalité de la Norvégienne : « Ada ne triche jamais. Elle veut vraiment voir l’évolution du football féminin. C’est une femme avec un grand F, avec des principes et des valeurs. »
« Même dans les moments difficiles, elle n’a jamais lâché », admire Wendie Renard. Car entre 2020 et 2024, les blessures ont fait vivre « l’enfer » à Ada Hegerberg. « N’importe quelle joueuse aurait arrêté le foot, témoigne le directeur général Vincent Ponsot. Elle a un mental d’acier. Pour nous, elle représente bien plus qu’une joueuse. L’énergie qu’elle apporte au quotidien à ce club est rare et précieuse. »
Samedi dernier encore, face à Nantes en demi-finale des playoffs (8-0), elle revenait tout juste d’un pépin physique qui l’avait privée de finale de Coupe de France. Entrée en jeu, elle a signé un triplé en neuf minutes, comme un rappel brutal de ce qu’elle reste capable de produire.
Même si son rôle a évolué, Jonatan Giráldez sait ce qu’Ada Hegerberg peut encore représenter dans une finale de Ligue des champions à domicile : « Toute cette motivation, toute cette émotion, c’est important de canaliser, de trouver l’équilibre pour préparer le match. Mais je sais qu’Ada a très bien travaillé. Bien sûr qu’elle sera une joueuse très importante dans cette finale. »



