Paul Seixas, troisième meilleur coureur mondial, face à un dilemme majeur
Paul Seixas, le prodige lyonnais de 19 ans, s'apprête à vivre une semaine cruciale sur le Tour du Pays Basque, du 6 au 11 avril. Cette course exigeante, au profil montagneux et accidenté, pourrait être déterminante pour une décision bien plus lourde : sa participation au prochain Tour de France, prévu du 4 au 26 juillet. Dès que son nom apparaît sur une liste de partants, la question fuse : ce jeune talent, actuellement classé troisième meilleur coureur du monde derrière Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, doit-il affronter la Grande Boucle dès cet été ?
Un débat qui divise le monde du cyclisme
La question suscite des avis tranchés. D'un côté, les partisans de la prudence, comme l'ancien champion Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour en 1985, s'opposent à une participation précoce, craignant de "cramer" le prodige sur l'épreuve la plus exposée au monde. Stéphane Goubert, directeur sportif de Groupama-FDJ, partage cette réserve : "Il a besoin d'un grand tour de référence, d'apprendre à gérer une course de trois semaines. Actuellement, Paul est le troisième meilleur coureur du monde. Dès la première année, il peut faire un podium sur le Tour. Mais est-il construit pour faire podium ou pour gagner ? Moi je le construirais d'abord pour gagner. Une Vuelta ou un Giro lui permettrait de faire des erreurs sans conséquence."
Romain Bardet, double podium du Tour, abonde dans ce sens : "Je suis contre. Personne ne tolérera à Paul Seixas de faire un Tour de France de découverte. Les attendus sont trop importants. Il ne faut pas non plus oublier de considérer les volontés personnelles et profondes de l'athlète. Ça reste un critère déterminant. Mais il n'y a pas le feu."
Des résultats impressionnants qui poussent à l'optimisme
Pourtant, les performances récentes de Seixas bousculent les certitudes. Première victoire professionnelle en février sur le Tour de l'Algarve face à des rivaux de haut niveau comme Juan Ayuso ou Joao Almeida, démonstration sur l'Ardèche Classic, et deuxième place aux Strade Bianche derrière l'intouchable Tadej Pogacar : à chaque apparition, il joue la gagne. Dominique Serieys, patron de son équipe Decathlon CMA-CGM, se montre plutôt "favorable" à une participation. La décision finale sera prise après Liège-Bastogne-Liège le 26 avril, où Seixas sera aligné pour la première fois. "Après Liège, on analysera toutes ses courses, surtout le Pays basque, car c'est une course difficile d'une semaine", a-t-il expliqué.
Le Tour du Pays Basque, un test révélateur
Avant toute décision, Seixas doit se concentrer sur le Tour du Pays Basque, une épreuve World Tour de six étapes. Il y affrontera des rivaux de taille comme Isaac Del Toro (22 ans, UAE), Juan Ayuso (23 ans, Lidl-Trek), et le vétéran Primoz Roglic (36 ans, Red Bull). "Je me sens prêt et je serai entouré de la plupart des meilleurs grimpeurs de l'équipe. Il y a un plateau très relevé et ça me donne de la motivation pour ma première course par étapes World Tour de l'année", déclare le jeune prodige, accompagné de coéquipiers tels que Matthew Riccitello et Aurélien Paret-Peintre.
Le parcours, avec un contre-la-montre individuel de 13,8 km dès le premier jour et cinq étapes truffées d'ascensions, constitue un terrain de jeu idéal pour Seixas, excellent grimpeur et ancien champion du monde juniors du chrono. Ces qualités sont essentielles pour briller sur le Tour de France, qu'il dispute en 2026 ou plus tard.
Une pression médiatique colossale
Stéphane Goubert souligne un autre enjeu : "La pression médiatique et populaire française du Tour est colossale. Pogacar et Vingegaard n'ont pas cette pression." Il ajoute : "Si Pogacar était à cinq victoires dans le Tour et un triomphe sur Paris-Roubaix, on pourrait se dire qu'il a moins d'objectifs, qu'il est peut-être usé. Et à ce moment-là, banco ! Mais là, Pogacar est toujours au top."
Le suspense demeure donc entier, mais une chose est sûre : le cyclisme français est à l'aube d'une nouvelle ère prometteuse, avec Paul Seixas en figure de proue. Sa performance au Pays Basque livrera des indicateurs précieux pour l'avenir.



