Tadej Pogacar à l'assaut de l'histoire cycliste
Ce dimanche, le champion slovène Tadej Pogacar va tenter l'impossible : s'imposer sur Paris-Roubaix, la seule course manquante à son impressionnant palmarès des Monuments cyclistes. Avec son physique de grimpeur, la tâche semble particulièrement ardue sur cette épreuve plate et pavée, pourtant le quadruple vainqueur du Tour de France figure parmi les grands favoris.
Un défi historique à portée de pédale
L'enjeu est immense pour Pogacar qui pourrait devenir seulement le quatrième coureur de l'histoire à remporter les cinq Monuments cyclistes. Après avoir déjà conquis Milan-Sanremo, le Tour des Flandres à trois reprises, Liège-Bastogne-Liège également trois fois et le Tour de Lombardie à cinq occasions, seule la Reine des Classiques lui résiste encore.
Seuls trois coureurs, tous belges - Eddy Merckx, Rik Van Looy et Roger de Vlaeminck - ont réalisé ce Grand Chelem au cours de leur carrière. Mais Pogacar nourrit une ambition encore plus folle : gagner les cinq Monuments la même année, exploit jamais réalisé dans l'histoire du cyclisme.
Paris-Roubaix, l'ultime obstacle
« C'est vraiment la course qui lui correspond le moins. C'est tout plat. Il aura du mal à lâcher ses adversaires », souligne Thierry Gouvenou, directeur de Paris-Roubaix et ancien coureur. Contrairement aux autres Monuments, le parcours ne comporte aucune ascension significative permettant à Pogacar d'exprimer ses qualités de grimpeur.
Le principal handicap du Slovène réside dans son gabarit. Les vainqueurs de Paris-Roubaix au XXIe siècle pèsent en moyenne 77 kg, contre seulement 66 kg pour Pogacar. Le parcours, truffé de 55 kilomètres de secteurs pavés, favorise traditionnellement les rouleurs puissants comme Mathieu Van der Poel, Wout Van Aert ou Mads Pedersen.
Des atouts insoupçonnés
Pourtant, la deuxième place obtenue l'an dernier lors de sa première participation « a prouvé qu'il était plus qu'au niveau », reconnaît Thierry Gouvenou. L'ex-champion belge Philippe Gilbert estime même qu'une victoire de Pogacar dimanche constituerait « peut-être sa plus grande performance ».
Le double champion du monde possède des qualités souvent sous-estimées : excellent pilote, agilité naturelle sur les pavés, et une puissance qui dépasse son gabarit. « Il a montré l' an dernier qu'il était excellent sur les pavés aussi. Mais on le savait déjà. Il sait juste tout faire », résume Mathieu Van der Poel, triple vainqueur sortant.
Une maturité nouvelle
L'Espagnol Juan Antonio Flecha, triple podium sur Paris-Roubaix, observe une évolution mentale chez le Slovène : « Mentalement, il est plus mature. L'an dernier, quand il est tombé, il n'était pas convaincu dans sa tête de pouvoir revenir sur Van der Poel. Ça a changé, surtout après sa chute à Sanremo où il est tombé aussi avant de revenir et gagner la course. Je pense qu'il est prêt. »
Greg LeMond, dernier vainqueur du Tour de France à s'être aligné sur Paris-Roubaix avant Pogacar, est catégorique : « Bien sûr qu'il peut gagner, car c'est peut-être déjà le meilleur coureur de tous les temps. » Un statut que le Slovène dispute désormais ouvertement au légendaire Eddy Merckx.
Alors que la plupart des leaders du Tour de France évitent soigneusement les pavés du Nord, Pogacar affronte l'épreuve avec l'ambition de marquer l'histoire. Sa participation elle-même est déjà exceptionnelle : l'an dernier, il était le premier vainqueur sortant de la Grande Boucle à s'aligner sur Paris-Roubaix depuis Greg LeMond en 1991.
Ce dimanche, sur les terres mythiques du Nord, Tadej Pogacar ne court pas seulement pour une victoire, mais pour une place dans le panthéon du cyclisme mondial. L'exploit semble improbable, mais comme le rappelle Sean Kelly, légende irlandaise : « Si quelqu'un m'avait dit il y a quatre ou cinq ans qu'un coureur allait être en mesure de gagner les cinq Monuments la même année, je l'aurais traité de fou. » Avec Pogacar, l'impossible semble désormais à portée de roue.



