La passion s'étiolait peu à peu. Tadej Pogacar, sans rival et sans limite, s'appliquait année après année, victoire après victoire, à transformer chaque prétendu exploit en une normalité attendue et monotone. Depuis Bernard Hinault en 1985, dernier tricolore vainqueur à Paris, le public français avait cédé au fatalisme : il n'avait pas le droit au bonheur. Bien sûr, il y avait eu quelques champions de passage, pour entretenir un petit espoir. Mais ni Richard Virenque au cœur des sombres années 90, ni Romain Bardet, ni Thibaut Pinot, ni Julian Alaphilippe (pourtant tous montés très haut sur les podiums comme dans le cœur des Français) n'ont jamais incarné l'espérance que vient de raviver Paul Seixas.
Incroyables cracks français
À 19 ans, le prodige lyonnais est une apparition dans le désert. Il s'engagera sur le Tour de France dès cette année. Sans attendre, sans les précautions que lui réclamaient tant d'anciens. Mais pourquoi attendre ? Que risque-t-il ? Rien.
Abîmer son corps dans la violence de ses combats avec Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard ? Se brûler les ailes sous la pression médiatique et populaire ? En 2026, ce ne sont plus des questions que se posent les incroyables cracks dont la France a la chance de disposer. « Tu me parles pas d'âge », disait Kylian Mbappé à l'évocation de ses débuts triomphants. Léon Marchand, Victor Wembanyama, les frères Lebrun, Désiré Doué ou Isack Hadjar ont suivi le précepte. La préparation physique est devenue scientifique, la maturité sportive est devenue plus précoce et les jeunes générations qui grandissent au contact des réseaux sociaux maîtrisent leur communication bien mieux que les trentenaires d'autrefois.
Le podium ? Objectif réaliste
Paul Seixas sera une attraction médiatique. Une idole pour le public qui rêvera de le voir détrôner Pogacar. Peut-il le faire ? Oui, selon les circonstances. Le fera-t-il ? Probablement pas. Mais qui lui en fera le reproche ? Personne. Le podium semble en revanche un objectif tout à fait réaliste au vu des incroyables capacités démontrées depuis deux ans qu'il évolue chez les pros. Mais évidemment, tout ne se passera pas forcément comme dans un rêve. Peut-être explosera-t-il après dix jours, quinze jours de course, peut-être même devra-t-il abandonner. Il n'en reviendra que plus fort, plus instruit des choses de cette course à nulle autre pareille et probablement encore plus populaire.



