Paul Seixas, 19 ans, défiera le Tour de France 2026
Paul Seixas, 19 ans, au départ du Tour de France 2026

Il y avait mille manières de l'annoncer, mais Paul Seixas a choisi de le faire en nous tirant une petite larme, avec cette vidéo tournée dans la maison de ses grands-parents, qui s'achève sur un câlin si attendrissant de sa mamie Suzanne. Le prodige du cyclisme participera bien au Tour de France l'été prochain, à 19 ans, et il tenait à l'officialiser là où tout a commencé pour lui. Comme si tout ce qu'il avait vécu depuis l'avait amené à ce moment : se présenter au départ de la plus grande course du monde avec, tout de suite, le poids de 40 ans d'attente sur le porte-bagages.

Une promesse immense, mais encore à concrétiser

Enfin, ça, c'est ce que racontera la grande histoire, un jour. Car en réalité, Seixas reste pour le moment une promesse, aussi grande soit-elle. On ne peut pas demander au plus jeune coureur à s'aligner dans la grande lessiveuse de juillet depuis 1937 de gagner tout de suite, surtout quand l'un des plus grands cyclistes de l'histoire est à son "prime". Et on ne pourra pas davantage lui en vouloir de ne pas accrocher le podium ni même le top 5 à Paris au bout de trois semaines d'efforts dont il ne connaît pas encore la violence. En revanche, on aurait pu éventuellement lui reprocher, ainsi qu'à son équipe, de ne pas y aller dès cette année.

Un phénomène fait pour les grandes compétitions

Les phénomènes dans son genre sont faits pour les plus grandes compétitions de leur sport, c'est comme ça que ça marche. On n'a pas dit à Victor Wembanyama de ne pas se présenter à la draft NBA parce qu'il était trop jeune, ou à Kylian Mbappé de ne pas aller à la Coupe du monde 2018 après à peine deux saisons pleines chez les professionnels. Voir Paul Seixas sur le Tour a quelque chose d'une évidence, même s'il ne faudra pas se tromper de focale quand on scrutera ses performances après le grand départ donné de Barcelone, le 4 juillet.

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Un apprentissage avec humilité

« Le Tour de France, un truc de malade », prévient Steve Chainel. L'ancien coureur, consultant pour Eurosport, fait partie de ceux qui auraient trouvé logique que le Lyonnais se fasse d'abord les dents sur le Giro ou la Vuelta avant de goûter à la frénésie de la Grande Boucle. « Sur la partie sportive, il n'y a pas photo, c'est un coureur de grande classe, poursuit-il. Mais là on parle quand même d'un gamin de 19 ans qui n'a jamais fait de course de trois semaines, et le Tour de France, c'est un truc de malade. Il faut le vivre pour s'en rendre compte. »

C'est bien l'objectif, justement. Dominique Serieys, le patron de l'équipe Decathlon CMA CGM, évoque dans un communiqué publié ce lundi « une logique d'apprentissage » et une approche « avec beaucoup d'humilité ». On imagine que ce sera le leitmotiv de l'équipe, même si Seixas tient toujours le même discours depuis ses débuts chez les grands, l'an dernier. « L'âge n'est ni un frein ni une excuse, a-t-il prévenu dans le même communiqué. Ce n'est pas mon état d'esprit ni ma conception du cyclisme de m'aligner sur le Tour de France dans un seul objectif de découverte. Je me sens prêt et j'aurai des objectifs ambitieux. »

Des anticorps mentaux déjà solides

Denis Troch, préparateur mental ayant travaillé avec la FDJ de Marc Madiot pendant sept ans, est bluffé par « le mélange d'insouciance et de force » du jeune coureur français. Il souligne le chemin que ce dernier a parcouru, déjà. La révélation lors des Mondiaux de Kigali en septembre dernier, sa troisième place au championnat d'Europe derrière Tadej Pogacar et Remco Evenepoel, sa manière de gérer le Tour du Pays basque, le fait d'avoir longtemps résisté au Slovène sur Liège-Bastogne-Liège, tout ça sont des marqueurs qui ne trompent pas.

« Il est jeune, mais il a déjà passé des étapes et emmagasiné ce que j'appelle des anticorps mentaux, développe le spécialiste. On le voit à sa manière de s'exprimer après les courses, et ce qu'il réussit à faire à la suivante. A chaque fois qu'il monte une marche, il valide et il restitue instantanément son expérience. Il s'en sert pour construire durablement, pour avancer. »

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Attention aux traumas

L'ancien coach en Ligue 1 et Ligue 2 l'assure, cette caractéristique est l'apanage des champions. « Souvent, on voit des jeunes qui montent, mais qui ne savent pas vraiment comment ni pourquoi, reprend-il. Et arrivés au sommet, tout tangue parce qu'ils n'ont rien validé, et ça devient dangereux pour eux. Lui, il arrive à monter sans redescendre de deux ou trois marches, et il en a déduit qu'il pouvait envisager le Tour de France. C'est une belle démarche, elle est digne des grands. »

La seule inquiétude, s'il devait y en avoir une, sera de voir comment sont gérés les coups de moins bien. « Il faut les anticiper, pour qu'ils ne se transforment pas en moments traumatisants pour l'avenir », conseille Troch. Dit autrement, faire attention à ne pas se consumer au fil des jours jusqu'à exploser en vol.

Un tournant excitant

« C'est là toute la beauté mais aussi toute la cruauté de notre sport : on ne peut pas savoir comment son corps va réagir après 15 jours de course, conclut Chainel. Oui c'est une pépite, oui c'est peut-être le futur Bernard Hinault, mais aujourd'hui c'est impossible de dire si oui ou non ce sera un Tour réussi, s'il va faire top 5, top 10 ou top 20. Mais il va le découvrir et c'est excitant. » Des millions de curieux seront là pour l'accompagner, mamie Suzanne en première de cordée.