Luis Ocaña, le tragique destin du grand rival de Merckx
Luis Ocaña, le tragique destin du rival de Merckx

Un destin tragique

Le 19 mai 1994, le célèbre champion cycliste espagnol Luis Ocaña mettait fin à ses jours à l'âge de 48 ans. L'article paru à l'époque rend hommage à ce coureur au tempérament de feu.

Qui aurait pu imaginer que Luis Ocaña se donnerait la mort ? Car dans la fabuleuse histoire du cyclisme, peu de coureurs se sont battus avec autant d'acharnement que celui qu'on appelait « l'Espagnol de Mont-de-Marsan ». Très tôt, l'enfant de Cuenca, arrivé à 11 ans dans l'Armagnac, à Magnan puis au Houga, laissa apparaître un fier tempérament. Apprenti menuisier comme son père, il effectuait chaque jour les 12 kilomètres vers Aire-sur-l'Adour à vélo pour aller travailler.

Pierre Cescutti, l'ancien président du Stade Montois, repéra le jeune homme et l'enrôla, puis l'introduisit auprès d'Antonin Magne, chez Mercier. Mais Magne n'en voulut pas, et Luis repartit en Espagne chez Fagor. Cescutti conserve encore dans sa cave le dossier complet de sa naturalisation française. « S'il avait signé chez Mercier, il ne serait jamais resté espagnol », confiait-il.

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Une carrière contrastée

Dès lors, une carrière toute en contrastes commença, faite de mémorables barouds, de fulgurants triomphes, de monumentales gamelles et d'invraisemblables malheurs. Inlassable attaquant, ce guérillero des pelotons demeure dans la légende comme le premier homme à avoir fait vaciller Eddy Merckx sur un Tour de France. C'était en 1971, lors de la fameuse étape d'Orcières-Merlette. Le matin, Ocaña avait lancé au Belge : « Aujourd'hui, cannibale, je vais te faire plier », avec cet œil noir et ce ton vindicatif qui dissimulaient sa fragilité. « Luis était un faux-dur, un homme sensible, un artiste qui peignait des tableaux magnifiques », avouait son ami, l'ancien coureur rochelais « Titi » Favreau.

Mais chez Ocaña, le triomphe préludait souvent au drame. Le Tour 1971 fut aussi celui de sa chute dans le col de Mente. Des images inoubliables le montrent tordu de douleur sous l'orage, pendant que son rival Eddy Merckx s'en allait vers la moins convaincante de ses victoires. L'année suivante, une congestion pulmonaire l'écarta à nouveau de la consécration. Il dut attendre 1973 pour remporter son seul Tour de France, en l'absence de Merckx. Et en 1974, un différend avec son employeur le priva d'un nouveau duel avec celui dont il était devenu l'indispensable révélateur.

Le grand rival d'Eddy Merckx

En dix ans de carrière, de 1967 à 1977, Luis Ocaña n'aura finalement remporté qu'un Tour, une Vuelta, trois Dauphinés, un Grand Prix des Nations et quelques succès de moyenne envergure. C'est peu au regard du nom qu'il laisse dans l'histoire. Mais outre la malchance d'être l'exact contemporain de Merckx (ils sont nés en mai 1945 à huit jours d'intervalle), Ocaña était trop peu comptable de ses efforts et trop enclin à tirer les marrons du feu pour engranger les succès.

Toujours la guigne

Une fois le vélo mis au clou, il aurait pu espérer un destin plus souriant. Mais la guigne ne voulait pas le lâcher. Lancé dans la viticulture à Caupenne-d'Armagnac, grêles et gelées semblaient se donner rendez-vous sur ses 35 hectares de vigne. Son retour aux affaires du cyclisme au milieu des années 80 se traduisit par un fiasco : le groupe Fagor, qu'il avait ramené dans le peloton, le congédia au bout d'un an pour lui préférer Pierre Bazzo au poste de directeur sportif. Ocaña fut même victime d'un escroc, le « célèbre » Jean-Claude Dumas, alors qu'il voulait remonter une équipe. Enfin, il connut plusieurs accidents de voiture, dont l'un pendant l'étape de repos des Menuires dans le Tour 1979 : il y laissa un œil et beaucoup de sang.

Luis Ocaña aurait avancé l'hypothèse que cet accident et la transfusion qui suivit auraient été à l'origine de l'hépatite C qui le minait depuis quelques mois. Cette maladie le contraignait à un régime draconien et à un traitement de cheval. Tous ceux qui l'avaient approché ces derniers temps étaient frappés par son teint blême. Mais à presque 49 ans, le lion rugissait toujours : il venait de couvrir la Vuelta pour la chaîne TV espagnole Antena 3, et s'apprêtait à la rejoindre au Giro, en attendant le Tour, où son accent rocailleux faisait les délices des suiveurs.

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Pourquoi cet infatigable lutteur a-t-il soudain cessé de lutter ? Insondable mystère du suicide…