Le 10 juillet 1926, il y a pile un siècle, la douzième étape du Tour de France cycliste arrivait à Toulon après 427 kilomètres parcourus depuis Perpignan. Il s'agit de l'une des plus longues étapes de l'histoire de la course, lors de la plus longue Grande Boucle jamais organisée (5 745 km au total).
Une nuit noire et un vent mauvais
« Le départ fut donné à minuit, à cinquante hommes. La nuit était noire, le vent soufflait. Durant dix-huit heures, les gars ont appuyé sur leurs manivelles, vaincu le mistral, la canicule, la blancheur fantomale des routes », écrivait Henri Desgrange, directeur du Tour et patron du journal L'Auto. Les coureurs, déjà éreintés par une traversée des Pyrénées dantesque trois jours plus tôt, devaient affronter une étape « horriblement longue ». Dans l'étape de Luchon, le peloton avait perdu trente éléments ; le vainqueur Lucien Buysse avait mis 17 heures sur des routes cahoteuses, dans le brouillard et le froid, certains allant jusqu'à uriner sur leur roue libre pour la dégeler.
La chaleur accablante et les fontaines convoitées
Rien de tel à l'approche de la Méditerranée : le soleil cuisait les organismes. « Chaque fontaine voit son filet convoité par une grappe de coureurs », rapportait Desgrange. Certains tentaient des remèdes plus audacieux : « Cédant à l'invitation de braves cantonniers, Moïse Arosio but un grand coup de vin du pays aux environs de Perpignan. Coïncidence ou fait : nous n'avons pas revu le Toulonnais ! »
Le destin tragique d'Henri Tesi
Ce jour-là, un coureur local allait marquer les esprits. Henri Tesi, jeune immigré italien classé dans la catégorie des « touristes-routiers », avait déjà gagné une étape du tour du Sud-Est deux ans plus tôt. Le journaliste de La République du Var le décrivait comme doté d'une « éternelle bonne humeur ». Dès le départ, il se hisse dans le groupe de tête. « Et c'est La Crau. Le soleil, la sécheresse, la poussière, le vent. Le petit Toulonnais, qui a choisi son moment, alors que l'ardeur de tous ralentit, fonce désespérément. Derrière lui, un seul répond à son effort : le premier du classement général, Buysse. La lutte devient âpre. Tesi est toujours devant. Les cigales crissantes l'encouragent de leur chant familier. […] Un dérapage, une chute, c'est fini. » À 20 km d'Aix, alors qu'il comptait deux minutes d'avance, Tesi se casse un bras dans une descente. Il rejoint l'arrivée en taxi, acclamé en héros, mais sa carrière s'arrête là. Engagé dans l'armée, il sera tué en 1939 lors d'une escarmouche à Damas (Syrie), alors qu'il servait dans un régiment colonial. Aujourd'hui encore, une impasse à son nom dans le quartier des Routes à Toulon lui rend hommage.
Une arrivée jugée boulevard Circulaire
L'organisation avait disposé la ligne d'arrivée à l'entrée ouest de la ville, sur le boulevard Circulaire, 60 mètres avant la Porte de France, soit dans l'actuelle avenue Rageot de la Touche, derrière l'hôtel Holiday Inn. Une tribune avait été édifiée pour les autorités, la presse et les invités. Des chaises étaient réservées au premier rang pour les anciens combattants mutilés. La foule envahissait les remparts Napoléon III. « Il ne reste pas une place de libre. Une pierre ne tomberait pas du ciel sans écorner une ou deux têtes », écrivait Desgrange. « Les cols bleus sont légion, piquetant, avec leurs bérets, des taches blanches sur le tapis de têtes qui s'échelonne tout au long des fortifications. » Le contrôle de signatures était installé au Café de la Paix et des Sports, boulevard de Strasbourg.
Nicolas Frantz s'impose au sprint
Finalement, le Luxembourgeois Nicolas Frantz remporta l'étape au sprint devant Félix Sellier, Cuvelier et Marcel Bidot. Le premier Toulonnais, Édouard Teissere, se classa 37e et eut droit à une belle ovation. Son nom reste gravé dans le récit d'un des plus beaux Tours de France de l'Histoire.



