Jesse Owens : le héros olympique de 1936 et son héritage complexe quarante ans après sa mort
Jesse Owens : héritage complexe du champion olympique de 1936

Jesse Owens : la légende olympique et son héritage contrasté

Le 31 mars 1980 s'éteignait à Tucson, aux États-Unis, Jesse Owens, quadruple champion olympique des Jeux de Berlin en 1936. L'athlète afro-américain, qui avait triomphé sous les yeux d'Adolf Hitler en remportant quatre médailles d'or (100 mètres, 200 mètres, 4x100 mètres et saut en longueur), laissait derrière lui une histoire bien plus complexe que sa simple légende sportive.

Un symbole malgré lui

En août 1936, à seulement 22 ans, Jesse Owens entre dans la légende olympique. Un homme de couleur qui domine les épreuves de sprint devant l'Allemagne nazie devient instantanément un symbole puissant. Pourtant, comme le souligne l'ancienne athlète française Maryse Ewanjé-Epée, auteure de "Jesse : La fabuleuse histoire de Jesse Owens" en 2016 : "Dans l'imaginaire, c'est un mec qui a lutté contre le nazisme, mais ce n'est pas du tout le cas. Il n'a lutté contre rien du tout."

Quarante ans après sa mort, son héritage reste marqué par cette contradiction fondamentale : devenu symbole de l'anti-racisme malgré lui, Owens n'a jamais véritablement endossé ce rôle de héros politique qu'on attendait de lui.

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La difficile vie post-olympique

Après son heure de gloire berlinoise, la carrière de Jesse Owens prend une tournure bien différente. L'athlète enchaîne les emplois précaires : gérant d'un pressing, créateur d'une ligue féminine de base-ball, et même participant à des exhibitions dégradantes où il court contre des chevaux, des chiens ou des voitures.

En juillet 1951, il se produit à Bordeaux avec les Harlem Globe-Trotters lors d'un gala exceptionnel de la presse. Le journal "Sud Ouest" l'accueille alors comme la "merveille noire" et le "Dieu du Stade" de Berlin, témoignant de la fascination qu'il continue d'exercer.

L'absence controversée durant le mouvement des droits civiques

C'est dans les années 1960 et 1970, à l'apogée du mouvement Black Power, que la position de Jesse Owens devient particulièrement problématique. Critiqué pour son absence de prise de position contre les discriminations raciales, il est même envoyé par l'équipe américaine pour "calmer" les velléités contestataires des athlètes afro-américains avant les Jeux de Mexico en 1968.

Maryse Ewanjé-Epée explique cette attitude par son éducation : "Son éducation évangéliste, c'était le travail et la réussite avant tout. Il était obsédé par l'idée de rentrer à l'université, et il a réalisé très tôt qu'il avait cette chance en tant que sportif." Né James Cleveland Owens le 12 septembre 1913 dans l'Alabama ségrégationniste, petit-fils d'esclaves, il voyait dans le sport son unique échappatoire.

La prise de conscience tardive

Ce n'est qu'après 1968, influencé par d'autres Afro-Américains mieux nés et politiquement engagés, que Jesse Owens commence à comprendre l'étendue de son héritage manqué. En 1972, il publie "I have changed" ("J'ai changé"), une succession de lettres d'excuses adressées à la communauté afro-américaine.

"Il a compris que malgré tout ce qu'il avait traversé, on ne reconnaissait toujours pas son héritage", poursuit Maryse Ewanjé-Epée. Pourtant, l'ancienne athlète reconnaît en lui "un vrai modèle" qui montre qu'on peut sortir de sa condition par le travail.

Un héritage familial et sportif préservé

Décédé d'un cancer à 66 ans, Jesse Owens laisse derrière lui un héritage familial touchant. Deux de ses filles, Beverley et Gloria, évoquaient en 2013 leur père comme un homme "profondément simple et bon", révélant les conseils qu'il leur avait donnés : "J'espère que tu auras les dons de sentir le parfum des fleurs, d'écouter ton coeur, de voir le soleil dans le sourire des gens."

Sur le plan sportif, son héritage reste vivant. En août 2009, lors des Championnats du monde de Berlin, l'équipe américaine lui rendait hommage en portant ses initiales "JO" sur leurs maillots, tandis que Tyson Gay déclarait : "A plus d'un titre, Jesse Owens est un héros pour moi."

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Quarante ans après sa mort, Jesse Owens demeure donc cette figure paradoxale : un athlète exceptionnel dont la performance sportive a dépassé la personne, un symbole malgré lui, et un homme qui a mis toute une vie à comprendre la portée de ses propres actes.