Une retraitée de 74 ans et son smartphone : 3h34 d'écran quotidien
Verdict sans appel : 3 heures 34 minutes. C'est le temps moyen que Marie*, 74 ans, ancienne journaliste à la retraite, passe chaque jour sur son iPhone 16. Cette habitante de la banlieue parisienne, aujourd'hui bénévole dans une association culturelle, a accepté d'ouvrir les portes de son téléphone et de révéler ses usages numériques, entre fidélité à l'actualité et découverte des outils d'intelligence artificielle.
Une addiction assumée à l'information
« Le Point, Libé, Le Parisien, Le Monde, Le New York Times, France Info, Le Canard enchaîné… » : la litanie matinale de Marie témoigne d'un réflexe professionnel jamais perdu. « Tous les matins, pendant au moins deux heures, je lis la presse avec mon café », confie-t-elle. Ces applications d'actualité, qu'elle consulte à plusieurs reprises dans la journée, sont devenues ses indispensables, particulièrement lors de ses voyages. « J'ai été journaliste 35 ans, je n'ai jamais décroché, ce n'est pas maintenant que ça va arriver ! », affirme-t-elle avec conviction.
ChatGPT, un nouvel allié avec des limites
Parmi ses récentes habitudes, ChatGPT occupe une place centrale. Marie s'est même abonnée à la version payante de l'agent conversationnel, qu'elle utilise principalement pour ses recherches, notamment en histoire de l'art. « J'ai été scotchée : c'est complet, et globalement, de qualité », reconnaît-elle, impressionnée par la rapidité de l'outil. Elle précise cependant : « Je n'ai réussi à le coller qu'une fois, sur un souverain indien du deuxième siècle avant Jésus-Christ ! ».
Cette fascination n'empêche pas un questionnement profond : « Je ne peux que constater, avec effroi, la négation du savoir quand on utilise ChatGPT. Il suffit de demander, puis de recracher ce que l'IA répond. Que reste-t-il, alors, de notre apprentissage de la réflexion ? ». Pour compléter ses connaissances, elle utilise également YouTube pour visionner des conférences et l'application éducative Herodote.
Un boycott assumé des réseaux sociaux
En revanche, Marie maintient une distance ferme avec les réseaux sociaux. « Je boycotte les systèmes fascisants, j'ai donc tout naturellement arrêté X au moment du rachat par Elon Musk », déclare-t-elle sans ambages. Instagram ne trouve pas plus grâce à ses yeux, évoquant « toutes les campagnes de haine et de cyberharcèlement ».
Quant à Facebook, elle conserve l'application mais ne la consulte presque jamais, « glacée de ce qu'on peut lire dans les commentaires ». Seul LinkedIn échappe à ses critiques, principalement pour suivre l'actualité professionnelle.
Motrix, le jeu fétiche d'une génération connectée
Côté divertissement, un jeu captive particulièrement Marie : « Je ne jure que par Motrix ! Tous les matins, je suis dessus, et tant que je n'ai pas trouvé la solution, je ne décolle pas. Je l'adore ! ». Cette passion pour les jeux de mots croisés n'est pas un cas isolé chez les seniors.
Selon la dernière édition du panorama « Les Français et le jeu vidéo » du SELL, publiée en septembre, la part des joueurs de 65 ans et plus augmente et se stabilise autour des 5,4 millions d'adeptes en 2025, soit 0,7 million de plus qu'en 2024. Cela représente 49% des seniors, dont 19% jouent plusieurs fois par jour et 31% quotidiennement. Plus de la moitié utilise son smartphone pour jouer.
Le téléphone, un compagnon inséparable
Interrogée sur son rapport à l'appareil, Marie reconnaît : « Je ne me sens pas particulièrement accro, mais je me rends bien compte que je l'ai toujours à la main, dans ma poche ou dans mon sac. Il ne me quitte jamais, c'est fou ! ». Ses applications indispensables restent les journaux en ligne et les outils de mobilité comme Google Maps ou SNCF Connect.
Elle communique principalement par messages écrits, sauf sur WhatsApp où elle privilégie les notes vocales. « Beaucoup, beaucoup, beaucoup de messages ! », souligne-t-elle. Son dernier appel ? « À mes filles, ce matin ». La nuit, son téléphone reste en mode « ne pas déranger », mais ses contacts favoris peuvent toujours la joindre.
Marie avoue ne pas avoir de « lieux sanctuaires » où le téléphone est banni, et utilise même son appareil devant la télévision, une habitude héritée de sa carrière journalistique. Sa dernière photo ? « Au pied de la stèle du Code de Hammurabi au Louvre », lors d'un cours sur la naissance de l'écriture sumérienne.
*Le prénom a été modifié.



