Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a confirmé que l'usage du téléphone portable sera bien interdit dans les lycées à la rentrée scolaire, malgré la décision du Conseil constitutionnel d'invalider l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Cette mesure, qui s'inscrit dans une volonté de réduire l'exposition des élèves aux écrans, a été annoncée lors d'un entretien accordé à la presse quotidienne régionale, dont Nice-Matin et Var-matin, lundi 24 août 2026.
Une interdiction promulguée et publiée ce mardi
« Le président de la République Emmanuel Macron a pris la décision de la promulguer, elle sera publiée ce mardi », a déclaré le ministre. Concrètement, les élèves pourront avoir leur téléphone sur eux, mais les appareils devront être éteints et rangés dans les sacs. En cas de transgression, des confiscations seront effectuées. Des dérogations permettront aux établissements d'adapter cette règle dans leur règlement intérieur, par exemple pour régler le repas à la cantine ou dans les internats.
Cette décision s'appuie sur le constat d'une « urgence sanitaire et démocratique » liée à l'exposition aux écrans et aux réseaux sociaux. Selon le ministre, « certaines plateformes sont à l'origine d'une destruction cognitive massive chez nos jeunes ». Il a notamment évoqué des enfants qui « n'arrivent plus à se concentrer plus de deux minutes » ou à apprendre leurs tables de multiplication. Il a également souligné que sur certains réseaux sociaux, « la moitié des vidéos sont des fake news, souvent générées par l'IA », ce qui pose la question du rapport à l'information et de l'esprit critique des élèves.
Un dispositif déjà en place au collège
L'interdiction du téléphone portable au collège, instaurée par la loi de 2018, est déjà largement appliquée. Le ministre a indiqué que « 55 % des chefs d'établissements rapportent que l'interdiction ne pose aucun problème chez eux ». La règle est claire, avec une possibilité de sanction, allant de la confiscation à des sanctions disciplinaires en cas de réitération.
Au-delà de l'application de la règle, Édouard Geffray insiste sur un « devoir collectif » : « il faut faire prendre conscience à nos enfants du processus de destruction qui est à l'œuvre avec l'abus d'écrans ». Cette mesure intervient alors que le Conseil constitutionnel a censuré l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais le texte est en cours de réécriture. Le ministre a rappelé que le Conseil constitutionnel a lui-même reconnu la validité et la légitimité de cette interdiction, et il a réaffirmé son intention de réduire l'exposition des enfants aux écrans.
Une rentrée sous le signe de la sécurité et des réformes
Lors de cet entretien, le ministre a également abordé d'autres sujets de la rentrée. Il a assuré que l'objectif d'avoir un professeur devant chaque classe dès le premier jour était « très clairement » visé, même s'il est impossible de garantir le zéro exception dans un système qui compte 800 000 personnes intervenant dans 60 000 implantations et 600 000 classes. Il a également évoqué la cyberattaque subie par le ministère, dont il a rendu publique le 31 juillet, et qui a conduit à interrompre l'accès à certains services. Les applications sont rouvertes progressivement, et la double authentification sera déployée jusqu'à début 2027.
Sur le front de la sécurité, le ministre a rappelé les mesures de contrôle aux abords des établissements : plus de 27 500 contrôles ont été réalisés depuis mars 2025, permettant de récupérer un peu moins de 1 000 armes blanches. Il a également annoncé le lancement d'un nouveau dispositif en novembre pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, avec l'ajout de questions sur ce sujet au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire. De la grande section à la terminale, 10 millions d'élèves seront interrogés. « Un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles en France », a-t-il rappelé, soulignant que l'école est « le premier signaleur de France », avec 88 000 informations préoccupantes ou articles 40 émis l'année dernière.
Enfin, le ministre a répondu aux critiques sur le bilan éducatif. Il a notamment cité la hausse du salaire net des enseignants, passé de 2 649 € en moyenne en 2021 à 3 090 € en 2024, et l'augmentation des postes pourvus au concours, passant de 90 % en 2025 à 96,1 % cette année. Il a également annoncé que l'Inspection générale publierait des éléments de barème pour les examens, afin de clarifier les attendus sur la maîtrise de la langue, et que des sujets zéro pour le brevet seraient diffusés dès la semaine prochaine.



