Sylvie devient Joséphine : « Une part de mes souffrances s'est envolée »
Sylvie devient Joséphine : « Une part de mes souffrances s'est envolée »

À 56 ans, Sylvie a officiellement changé de prénom pour Joséphine, un choix mûri depuis l'adolescence qui l'a libérée d'un poids. Dans un témoignage recueilli par Natacha Tatu pour « Le Nouvel Obs », elle raconte comment ce nouveau départ a transformé sa vie.

Un prénom subi, une adolescence difficile

Née au début des années 1960, Sylvie a été prénommée ainsi par ses parents, fraîchement arrivés d'Égypte. « Ils ne connaissaient pas bien la culture française, et rêvaient d'intégration », explique-t-elle. Ils ont choisi un prénom dans le calendrier « le plus français qui soit ». Jusqu'à ses 16 ans, elle s'en est accommodée, même si elle le trouvait « terriblement banal ». Dans sa classe, il y avait chaque année « 5 ou 6 Sylvie ».

La situation a basculé à la fin du collège, lorsque sa famille a quitté sa banlieue pour un quartier parisien plus chic, où ses parents avaient décroché un logement social. En classe de seconde, elle découvre qu'elle est la seule à s'appeler Sylvie. « J'en ai eu un peu honte. C'était ordinaire, ça m'a paru vulgaire », se souvient-elle. Dans sa bande d'adolescentes, les plaisanteries sur les prénoms ont commencé, et son deuxième prénom, Joséphine, celui de sa grand-mère juive, est devenu une source de moquerie.

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Un deuxième prénom devenu refuge

À l'époque, Joséphine lui semblait « ringard et démodé », un prénom vieillot et ridicule qu'elle ne voulait pas révéler. Pourtant, c'est ce prénom qu'elle a choisi d'adopter à l'adolescence, en hommage à sa grand-mère paternelle. « J'ai préféré me faire appeler Joséphine pour faire page blanche et reprendre ma vie en main », confie-t-elle. Ce choix lui a permis de tourner le dos à une identité qu'elle ressentait comme imposée et de se réapproprier son histoire.

Aujourd'hui, à 56 ans, tout le monde a oublié qu'elle s'appelait Sylvie. Le changement de prénom a eu un effet libérateur : « Une part de mes souffrances s'est envolée quand j'ai changé de prénom », affirme-t-elle. Ce témoignage s'inscrit dans une série de quatre épisodes consacrés aux prénoms, publiée par « Le Nouvel Obs » en août 2026.

Un acte symbolique aux répercussions concrètes

Le changement de prénom, bien que symbolique, a des répercussions concrètes sur la vie quotidienne. Pour Sylvie, il a marqué une rupture avec un passé douloureux et lui a permis de se sentir enfin en accord avec elle-même. Son entourage a rapidement adopté ce nouveau prénom, au point que son ancienne identité est tombée dans l'oubli.

Cette histoire illustre l'importance du prénom dans la construction identitaire et la possibilité de s'en affranchir. Pour Sylvie, le choix de Joséphine n'est pas anodin : il rend hommage à sa grand-mère juive, tout en lui offrant une nouvelle naissance sociale. À 56 ans, elle assume pleinement ce choix, qui a transformé sa perception d'elle-même et ses interactions avec les autres.

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