Pourquoi mon bébé ne dort pas ? Quand fera-t-il ses nuits ? Faut-il dormir avec lui ? Devenir parents, c’est se poser mille questions sur le sommeil. La psychologue bordelaise Héloïse Junier a écrit un livre sur le sujet. Psychologue et spécialiste de la petite enfance, elle est aussi mère. Elle connaît l’importance du sommeil pour les parents et a voulu comprendre comment il fonctionnait chez les tout-petits. Dans son livre, « Le Sommeil du jeune enfant », elle répond aux nombreuses questions que se posent les parents sur ce sujet. Rencontre.
Pourquoi le sommeil de l’enfant devient-il un sujet central à la naissance ?
Le sommeil de l’enfant devient un sujet central à la naissance d’un enfant. Pour les parents fatigués, évidemment, mais aussi pour l’entourage. Comment expliquer cela ? Il y a une pression sociale. Elle est liée à notre culture éducative, et elle arrive dès les premiers jours de vie de l’enfant. C’est souvent l’une des premières questions que pose la famille ou les amis : « Est-ce qu’il fait ses nuits ? » On idéalise le sommeil du jeune enfant. Si on ne le faisait pas, si on ne le comparait pas à celui de l’adulte, les parents vivraient mieux les choses.
À quoi ressemble le sommeil d’un jeune enfant ?
Il est chaotique ! La première particularité, c’est que les enfants ont des cycles de sommeil beaucoup plus courts que les nôtres. Or, entre ces cycles, il y a des microréveils, normaux mais, forcément, plus nombreux. Il faut que les parents se rassurent : plus l’enfant grandit, plus les cycles s’allongent et moins il y a de réveils. Ensuite, il faut savoir qu’avant l’âge de 2 ou 3 ans, le sommeil lent et profond existe moins. Il y a aussi des parasomnies, les terreurs nocturnes par exemple, qui sont propres à la petite enfance.
Quand peut-on dire qu’un enfant fait ses nuits ?
Faire ses nuits, cela veut tout et rien dire. Dans la recherche, on considère qu’un enfant « fait ses nuits » quand il enchaîne 6 à 8 heures de sommeil. C’est beaucoup moins que ce que pensent la plupart des parents, qui imaginent que leur bébé fait ses nuits quand il dort 12 heures d’affilée.
À partir de quel âge le sommeil de l’enfant ressemble-t-il à celui d’un adulte ?
Certains scientifiques estiment que c’est vers 10-13 ans. Pour d’autres, c’est avant, vers 6 ou 7 ans. Ce qui est certain, c’est que plus l’enfant grandit, plus son sommeil va se rapprocher de celui d’un adulte. Mais cela prend beaucoup de temps. Quand on sait que le cerveau n’est pas mature avant l’âge de 25 ans, on relativise beaucoup le sommeil. Il faut vraiment que les parents soient patients.
Quelle est la pire idée reçue sur le sommeil ?
Celle qui dit qu’il faut laisser les bébés pleurer. Longtemps, des pédiatres et des chercheurs l’ont recommandé car, en effet, cela marche : si on laisse pleurer un enfant seul, il désactive ses signaux d’attachement et il se tait. Au bout de trois ou quatre jours, il « fait ses nuits ». Mais les études montrent que lorsqu’il émet des signes d’alerte comme des pleurs, le bébé est programmé pour retrouver la proximité de l’adulte. Pour de nombreuses raisons, et notamment pour créer le lien d’attachement si important entre l’enfant et l’adulte, on devrait donc laisser pleurer un bébé le moins possible. Bien sûr, il peut arriver d’être dépassé, et là, il faut aussi savoir le poser pour souffler.
Que pensez-vous du cododo ?
Pour moi, le fait de dormir avec son enfant est un non-sujet. C’est un acte naturel, universel, qui s’observe dans la majorité des cultures. Mais en France, où on prône l’autonomisation précoce du petit et le maternage distal, il est l’objet de controverses. Je pense surtout qu’il faut laisser les parents faire comme ils veulent.
Les rituels sont-ils vraiment importants ?
Oui. La recherche a montré que l’enchaînement de petites pratiques, dans le même sens, aux mêmes horaires, réduit le temps d’endormissement de l’enfant, améliore la qualité et le temps de sommeil.
Outre les rituels, qu’est-ce qui peut aider un enfant à dormir ?
Les parents devraient connaître les grandes bases de la chronobiologie. Par exemple, pour qu’un enfant puisse s’endormir, il faut augmenter son niveau de mélatonine, l’hormone du sommeil : pour cela, on peut, trente minutes avant le coucher, créer un environnement moins lumineux. Il faut aussi diminuer le taux de cortisol, l’hormone du stress. On peut le faire avec des massages, un moment de lecture à voix lente… Enfin, il est important de diminuer la température corporelle de l’enfant, de ne pas trop le couvrir, ni surchauffer sa chambre. Ce sont des choses simples, elles ne changent pas la vie, mais peuvent changer des nuits.
Et si vous aviez un seul conseil à donner à de jeunes parents…
Ne pas avoir trop d’attente sur le sommeil de leur bébé. Plus ils vont en avoir, plus ils seront déçus, moins ils supporteront les nuits. Leur parentalité pourrait en souffrir. Il ne faut pas oublier : tout passe.
Article publié initialement le 24 mai 2022.



