Pourquoi les mouches se posent sur nous : ce que dit la science
Pourquoi les mouches se posent sur nous ?

La mouche domestique (Musca domestica) ne pique pas : sa trompe spongieuse absorbe des liquides. Or une peau qui transpire porte de l'eau, des sels et diverses molécules. Pour cet insecte opportuniste, s'y poser permet donc d'examiner une ressource possible. Ce comportement, souvent perçu comme une nuisance, repose sur des mécanismes sensoriels et chimiques précis, que les scientifiques commencent à mieux comprendre.

Un festin sensoriel sur notre épiderme

La mouche ne « goûte » pas seulement avec sa bouche. Des chimiorécepteurs existent sur les tarses, à l'extrémité des pattes. Le contact lui fournit des informations chimiques. Si le substrat convient, elle déploie sa trompe. Sur un aliment solide, elle peut même déposer salive ou régurgitat pour le liquéfier avant de l'aspirer. Atterrir, marcher et tester la surface font partie de sa recherche alimentaire.

Cette exploration est minutieuse : des vidéos à haute vitesse montrent qu'elle ajuste sa décélération à l'approche d'une surface puis étend ses pattes, même pour se poser sur un mur ou un plafond. La mouche combine ainsi plusieurs informations sensorielles pour décider si une surface vaut la peine d'être exploitée.

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Le CO₂ n'explique pas tout

On lit souvent que notre chaleur et le CO₂ expiré attirent les mouches. Pour la mouche domestique, ce raccourci va trop loin. Une expérience a comparé plusieurs signaux émis par des mouches en train de se nourrir. Malgré une production accrue de CO₂, ni ce gaz, ni l'élévation de température ou d'humidité n'ont modifié l'attraction de ces animaux. En revanche, leurs excréments et régurgitats étaient attractifs : certaines molécules odorantes jouent donc un rôle.

La vision compte également. Des essais montrent que le contraste d'une cible modifie son attractivité, tandis que couleurs et motifs changent les réponses. La mouche combine donc plusieurs informations. Mais la contribution précise des signaux émis par un humain reste mal quantifiée. Dire qu'elle choisit quelqu'un uniquement parce qu'il « sent plus fort » n'est pas démontré.

Pourquoi revient-elle sans cesse ?

La chasser ne supprime pas ce qui l'a poussée à explorer la zone. Elle peut donc recommencer. Cette persistance s'explique par le fait que les stimuli qui déclenchent son atterrissage – comme les composés volatils de nos excréments ou régurgitats – ne disparaissent pas avec un geste de la main.

Cette proximité n'est pas seulement agaçante, l'espèce fréquentant déchets et excréments. Une expérience a montré qu'après avoir ingéré une souche pathogène de la bactérie Escherichia coli, des mouches pouvaient la conserver plusieurs jours dans leur système digestif puis la rejeter dans des gouttelettes. Un passage sur votre bras ne signifie toutefois pas une contamination automatique, mais cela explique pourquoi la mouche domestique est considérée comme un vecteur mécanique potentiel, notamment lorsqu'elle se pose ensuite sur des aliments.

Des gestes simples pour s'en protéger

Pour décourager l'importune, inutile donc de multiplier les grands gestes : mieux vaut couvrir les aliments, éliminer rapidement déchets et restes de nourriture et, à l'intérieur, installer des moustiquaires. De quoi rendre notre peau – et surtout notre cuisine – un peu moins intéressante à ses yeux.

Cet article est réalisé par Le Monde des Animaux et hébergé par 20 Minutes. Le magazine Le Monde des Animaux & de la Nature propose un regard unique sur le monde animal, avec le numéro 57 actuellement en kiosque, à travers des récits immersifs et des photographies spectaculaires.

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