Les poissons qui mordillent les baigneurs ne le font pas tous pour la même raison, et l'explication des « peaux mortes » est loin d'être universelle. Une étude publiée en 2024 a documenté les premiers cas de blessures attribuées au sar commun (Diplodus sargus) sur les côtes italiennes, remettant en cause les idées reçues sur ces comportements.
Des dents variées selon les espèces
Contrairement à une idée répandue, de nombreux poissons possèdent des dents. Leur forme et leur emplacement varient selon les espèces et leur alimentation. Le sar commun, fréquent en Méditerranée, possède par exemple des incisives à l'avant des mâchoires et des dents plus arrondies adaptées au broyage. Lorsqu'un poisson vient « pincer » vos pieds, il peut donc réellement utiliser sa bouche et ses dents, mais cela ne signifie pas qu'il cherche à vous attaquer.
Le comportement consistant à prélever de la peau kératinisée est documenté chez Garra rufa, le « poisson-docteur » des fish spas, mais on ne peut pas généraliser cette explication aux poissons rencontrés à la plage. Chez le sar commun, omnivore, l'alimentation comprend notamment algues et invertébrés. Sur la côte portugaise, l'analyse du contenu digestif de 354 jeunes individus fréquentant les petits fonds a révélé surtout de minuscules proies, comme des copépodes, des ostracodes et des amphipodes. Rien ne permet donc d'affirmer qu'un sar qui mordille un baigneur cherche spécifiquement à manger sa peau.
Le rôle de la nourriture et de l'apprentissage
La présence régulière de baigneurs peut modifier le comportement des poissons, surtout lorsqu'ils sont nourris. Dans une aire marine protégée du Brésil, des chercheurs ont comparé leur comportement en présence de touristes selon que de la nourriture était distribuée ou non. Lorsque les visiteurs les nourrissaient, les poissons s'approchaient davantage et se concentraient autour d'eux pour accéder aux aliments. Cette compétition pouvait aller jusqu'à des comportements agressifs et à des morsures accidentelles envers les baigneurs.
À force d'être nourris, certains poissons peuvent ainsi associer la présence humaine à l'arrivée de nourriture et perdre une partie de leur méfiance. Cela explique pourquoi, dans certains sites très fréquentés, les poissons viennent spontanément au contact des nageurs. Un pincement peut alors correspondre à une tentative d'obtenir de la nourriture plutôt qu'à une véritable agression.
Des morsures documentées en Italie
Les pincements peuvent parfois devenir de véritables morsures. En 2024, une étude a documenté trois cas survenus sur les côtes italiennes. À Syracuse, en Sicile, une femme de 70 ans a été mordue à plusieurs reprises aux jambes par un poisson de 15 à 20 cm, identifié avec une forte probabilité comme un sar commun. L'une des blessures, au mollet, atteignait 4 à 5 cm de diamètre.
Un deuxième cas a été observé à Portopalo di Capo Passero, également en Sicile : un garçon de 11 ans a été mordu à plusieurs reprises, sur plusieurs jours, par un sar que son père a pu observer et identifier. Enfin, près de Sanremo, un homme de 60 ans a subi une morsure unique sous le genou. Dans ce dernier cas, le poisson n'a pas pu être identifié avec certitude.
Des causes encore inexpliquées
Ces observations constituent les premiers cas de blessures attribuées au sar commun décrits dans la littérature scientifique. Elles restent toutefois exceptionnelles, et leur cause n'est pas établie. Les auteurs évoquent notamment les hypothèses liées aux fortes températures et aux vagues de chaleur, déjà avancées pour expliquer ce comportement inhabituel, mais soulignent qu'aucune preuve expérimentale ne permet aujourd'hui de les confirmer.
Ces observations rappellent surtout que nous comprenons encore mal ce qui déclenche ces comportements inhabituels. Température de l'eau, fréquentation humaine, disponibilité de la nourriture : plusieurs facteurs ont été avancés, mais aucun ne permet aujourd'hui d'expliquer à lui seul pourquoi un poisson habituellement inoffensif se met à mordre un baigneur. Une chose est sûre : un petit coup de dent dans l'eau n'a pas une explication unique, et encore moins celle, souvent répétée, des « peaux mortes ».



