Menton : le centre pour auteurs de violences devient un refuge pour victimes
Menton : le centre pour auteurs devient refuge pour victimes

Un revirement annoncé par la nouvelle maire

La maire RN de Menton, Alexandra Masson, a tranché : le centre pour auteurs de violences conjugales change de cap. Initialement prévu pour accueillir des auteurs de violences intrafamiliales, l’ancien hôtel mentonnais sera finalement dédié aux victimes. Un revirement acté par la nouvelle maire, qui ne surprend pas mais suscite des regrets dans l’ancien camp.

Toujours en travaux, l’ancien hôtel Le Chouchou n’accueillera plus les auteurs mais les victimes de violences intrafamiliales. La maire, Alexandra Masson, l’a annoncé lors d’une visite d’un chantier qui devrait se terminer à l’automne 2026.

Un projet initial controversé

Il aura fallu moins d’un an pour que le destin du Chouchou bascule. L’ancien hôtel à l’abandon, collé au parvis de la gare de Menton, avait été au cœur d’une polémique retentissante à l’été 2025 : la municipalité Juhel y prévoyait un centre de prise en charge pour auteurs de violences intrafamiliales, une première dans le département. Un projet novateur, salué par le parquet de Nice, l’ARS et la préfecture, mais qui avait cristallisé les oppositions, y compris au sein du conseil municipal. Certains n’avaient pas hésité à qualifier le dispositif d’« hôtel 5 étoiles pour auteurs de violences conjugales ». La polémique avait débordé au-delà des murs du conseil, s’invitant dans la campagne municipale qui s’annonçait.

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Une nouvelle orientation pour le bâtiment

Aujourd’hui, et sans grande surprise, Alexandra Masson en a décidé autrement. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, la nouvelle maire de Menton a annoncé le changement de destination du bâtiment : le Chouchou accueillera désormais des femmes victimes de violences conjugales et des publics féminins vulnérables. La délibération officialisant ce revirement doit être soumise au conseil municipal en septembre.

Un chantier bien avancé

Le bâtiment, dont la rénovation est engagée à 80 %, devrait être livré à l’automne 2026. Le coût total de l’opération s’élève à 1,48 million d’euros TTC, dont 714 900 euros financés par le Fonds Vert, pour un reste à charge communal de 769 321 euros. Il comprendra neuf chambres, des espaces collectifs, une buanderie et deux bureaux administratifs. Une chambre témoin doit être visible dès juillet 2026.

« Quand on veut protéger une femme menacée, la première urgence est physique : l’éloigner du danger. C’est tout le sens de ce choix : ce lieu protège celles qui sont en danger, pas ceux qui les mettent en danger », a déclaré Alexandra Masson.

Un partenariat pour l'hébergement d'urgence

La prise en charge sera assurée conjointement par le CCAS et la Maison des solidarités du Département (MSD), dans le cadre de l’hébergement d’urgence. Alexandra Masson entend par ailleurs inscrire le projet dans la dynamique nationale du Pack Nouveau Départ, dispositif dédié aux femmes victimes de violences conjugales. Le Département envisage d’en devenir coordinateur, ce qui pourrait faire de l’ex-Chouchou un équipement pilote à l’échelle des Alpes-Maritimes.

Les regrets de l'ancien élu

Ce revirement ne surprend pas Florent Champion. L’élu — aujourd’hui dans l’opposition — avait porté le projet initial au sein de la précédente majorité, à travers deux délibérations successives. « Ce n’est pas une surprise. On savait depuis de nombreux mois, à travers ses représentants au conseil municipal et ses positions personnelles, qu’elle était hostile à l’idée de créer un centre pour les auteurs », confie-t-il. Sans amertume apparente, il reconnaît ce que le nouveau projet a de positif : « Il y a un vrai besoin sur le territoire. Aujourd’hui, on n’a aucune structure de ce type à l’Est du département. » Mais il ne cache pas sa déception sur le fond. La configuration du bâtiment — neuf petites chambres individuelles réparties sur 300 m² — lui semble peu adaptée à l’accueil de familles. « Si une femme arrive avec deux ou trois enfants, la famille occupera à elle seule deux ou trois chambres. Au final, on bénéficiera peut-être à trois familles. C’est une avancée, mais c’est un peu dommage. »

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Un enjeu de récidive

Pour lui, le vrai enjeu reste entier : celui de la récidive. « S’il n’y avait pas de conjoints violents, il n’y aurait pas de femmes battues. Sans accompagnement des auteurs, même si la femme part, il y a de grandes chances qu’elle revienne, ou que cet homme reproduise les mêmes comportements avec une autre. » Il plaide toujours pour que Menton « marche sur ses deux jambes » : accueil des victimes d’un côté, prise en charge des auteurs de l’autre. « Peut-être que le seul tort, c’est d’avoir raison trop tôt », lâche-t-il. Il regrette également l’absence de concertation préalable : ni table ronde avec les associations, ni échanges en commission — « il n’y en a plus » — ni discussion en conseil municipal avant l’annonce. « Sur des sujets aussi sensibles que les violences intrafamiliales, écouter les professionnels du monde social, judiciaire et policier était peut-être un prérequis. C’est un sujet transpartisan, nous aurions pu trouver un terrain d’entente mais c’est le mode de gouvernance de Mme Masson, il faudra s’y habituer… »

Un besoin criant sur la Riviera

Le besoin, lui, est réel. Lors de la Semaine internationale de lutte contre les violences intrafamiliales, fin novembre 2025, le Réseau VIF de la Riviera française avait tiré la sonnette d’alarme sur le manque de logements d’urgence sécurisés. « On manque cruellement de places pour héberger les femmes dans un centre sécurisé et pérenne sur notre territoire », résumait alors Najoua Mogaadi, directrice du CCAS de Roquebrune-Cap-Martin. Le centre le plus proche reste celui de Nice. Ce futur lieu, s’il ne résoudra pas tout, comblera au moins en partie ce vide territorial à l’Est.