Une décision qui divise les commerçants mentonnais
Le 17 avril dernier, le premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé un projet de loi autorisant les boulangers et fleuristes indépendants et artisanaux à ouvrir et faire travailler leurs salariés volontaires ce vendredi 1er mai 2026, à condition qu'ils soient payés double. À Menton, cette décision suscite des réactions contrastées parmi les commerçants concernés.
Certains fleuristes dénoncent un agenda trop serré. « Jusqu'au dernier moment, on ne savait pas si on allait pouvoir travailler, il nous aurait fallu plus de temps pour se préparer. Donc on a été très prudent sur la commande de nos stocks », explique Nicolas Gerbaudo, fleuriste dans la boutique familiale. Il précise que son commerce sera ouvert, mais avec un effectif réduit. « On sera bien ouvert, mais à petit effectif », assure-t-il.
Nicolas, qui a grandi dans les fleurs, se souvient de ses premières journées du muguet et constate l'évolution autour de la fête du travail. « À l'époque, il y avait un vrai engouement. Dès 12 ou 13 ans, je tenais le stand sur le trottoir pour distribuer les bouquets de muguets. Là, si on mettait un jeune, il se sentirait bien seul ! », estime-t-il, ajoutant avoir diminué par dix ses commandes de muguet ces dernières années. Selon lui, le vrai moment fort se jouera le 30 avril plutôt que le 1er mai, pour la fête des mères.
Plus loin, la boutique Fleurs Spirale tournera à plein régime demain. « Les clients seraient outrés que l'on soit fermé ce vendredi », lance Nathalie, la gérante, tandis que Béatrice renchérit : « Le muguet s'achète le 1er mai, pas le lendemain ou la semaine d'après. D'autant que cette année, il est très beau. »
Plus craintif, le fleuriste franco-monégasque Stanislas Ducreux a pris ses précautions. « Nous, il n'y aura pas d'employé. On a toujours peur qu'il y ait un changement de loi à la veille du 1er mai », raconte Clara Lancioli, qui regrette ce jour de repos imposé. « C'est une fleur et une fête emblématique dans notre métier », explique-t-elle, ajoutant que le muguet rencontre toujours un certain succès. « Désolée, je n'ai plus de fleurs aujourd'hui, il faut revenir demain », annonce-t-elle aux clients. Clara Lancioli assure : « C'est notre Saint-Valentin. Donc on est préparé, il n'y a quasiment que ça en boutique jusqu'à vendredi. »
Les boulangers partagés entre ouverture et repos
Autres commerces autorisés au travail ce vendredi : les boulangeries. Comme pour le muguet, les Mentonnais seraient très attachés aux traditions. « S'ils pouvaient venir la nuit, ils viendraient. Donc on se doit d'être ouvert le 1er mai », pose Cathy, de la boulangerie de la Madone, qui sera ouverte demain matin, comme pour tous les autres jours fériés.
Sur le front de mer, Atelier Boulangerie complète : « C'est une très bonne chose pour nous, et pour nos clients. Ce matin encore, l'une d'entre elles me disait : 'On a besoin que vous soyez ouvert'. » Sandra Vilaca, gérante, se réjouit de l'autorisation. « On est ravi. C'est aussi le résultat d'un appel du syndicat des boulangers, auquel nous sommes adhérents. » Elle poursuit : « Les employés se sont proposés avant même que je ne leur demande, on sera au complet. » Avec la brocante du 1er mai dans le centre-ville mentonnais, la boulangère s'attend à une grosse matinée, d'autant que c'est un week-end prolongé.
Sur la place George-Clémenceau, François, 20 ans, se disait très heureux de pouvoir travailler ce vendredi. « C'est payé double, ça va m'aider car je travaille avant tout pour payer mes études. » Celui qui aspire à devenir journaliste sportif poursuit : « Cette journée est le symbole de la lutte des travailleurs, c'est vrai. Mais si c'est sur la base du volontariat, je pense que c'est une bonne chose. »
Mais l'ouverture n'est pas automatique dans toutes les boulangeries. « Ordre de la direction, nous serons fermés ce vendredi », lâche un employé de la boulangerie Jean-Luc Pelé. « On travaille tous les jours de l'année, sauf le 1er janvier. On ne va pas cracher sur un jour de repos ! », conclut-il en rigolant. Idem chez Mitron Bakery, où un panneau au comptoir prévient les clients : « Fermeture exceptionnelle le vendredi 1er mai. » Avec noté plus petit, en bas : « En mai, fais ce qu'il te plaît. »



