Plongée à l'école hôtelière : résignation et dignité face au déterminisme social
École hôtelière : résignation et dignité face au déterminisme

« Ici, personne n’est là par choix. » L’aveu, lâché dès les premières minutes, donne le ton. Alma, Moussa, Sarah, Nawata et les autres sont en première année de bac professionnel à l’école hôtelière Jean Drouant, à Paris. Du jour au lendemain, à la suite de la décision d’un conseil de classe, ces adolescents ont été propulsés, malgré eux, du collège à l’apprentissage des arts de la table. Dans cet établissement proche du parc Monceau, Julie Talon les filme, tirés à quatre épingles, encore maladroits, apprenant à porter des verres sur un plateau, à dresser une table et à annoncer un menu dont ils ignorent parfois les ingrédients. Cela donne lieu à des scènes cocasses : « L’andouille de Vire, c’est quoi ? », interroge la professeure. « Un poisson », répond l’un.

Stigmatisation et sexisme

Pendant toute une année, à un âge où ils aspirent encore à l’insouciance, ces gamins et gamines se voient imposer les exigences du métier et une discipline stricte : dos droit, langage châtié, interdiction formelle de s’asseoir, même lorsque les pieds brûlent. La maîtresse d’apprentissage gronde, soupire mais encourage – une rudesse tempérée d’une réelle attention. La réalisatrice, elle, ne juge pas : elle écoute. Car entre deux services, ils se confient. Ils disent la stigmatisation : « La pro, c’est un peu le truc des cassos » ; « Je me disais que j’étais con » ; « T’as raté ta vie à 15 ans ». Alma a découvert trop tard son envie de devenir criminologue. « Je vais m’en tenir aux séries sur Netflix », glisse-t-elle, résignée. Mais il y a aussi la fierté, comme celle de cette mère qui envoie la photo de son fils en costume « jusqu’au bled » via WhatsApp et le sens que certains commencent à trouver, malgré tout.

Un documentaire puissant

Le film capte aussi ce que personne ne nomme tout à fait : l’injonction à la docilité – dire « oui madame », sourire aux clients, « même quand ils nous traitent comme leur chien » – et le sexisme ordinaire, des remarques sur le physique aux gestes déplacés. Un documentaire puissant, qui dépasse le cadre de l’immersion professionnelle pour interroger, sans condescendance ni apitoiement, le poids du déterminisme social, et montre la dignité dont ces jeunes font preuve pour se construire un avenir. ◗ Mercredi 29 avril à 22h25 sur Arte. Documentaire de Julie Talon (2025). 59 min. (Disponible en replay jusqu’au sur Arte.tv).

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