La 'Catch Up Culture' : pourquoi nos relations amicales se limitent à des rencontres rapides ?
Catch Up Culture : l'évolution des relations amicales vers des rencontres rapides

La 'Catch Up Culture' : quand les relations amicales se réduisent à des rencontres éclair

Traduite de l'anglais, l'expression « catch up » peut se comprendre en français par « se capter » de manière familière, sous-entendant « se voir rapidement » de façon ponctuelle pour échanger des nouvelles. Ce schéma relationnel, autrefois réservé aux connaissances éloignées, s'immisce désormais dans nos cercles amicaux les plus proches. Mais quelles sont les raisons profondes de cette évolution ? Manquons-nous réellement de temps ? Le confinement nous a-t-il rendus plus introvertis ? Le psychologue Kévin Heridjee propose à 20 Minutes deux analyses distinctes de ce phénomène social grandissant.

La marchandisation inquiétante des liens affectifs

« Aujourd'hui, on ne veut plus vraiment s'engager dans des relations », constate avec lucidité le psychologue Kévin Heridjee. Ces dernières exigent en effet un investissement émotionnel conséquent et du temps sur la durée. Dans une ère contemporaine qui valorise excessivement la « culture de la rapidité », la notion de « catch up culture » prend tout son sens sociologique. « Beaucoup ne cherchent plus véritablement à s'engager », et investissent donc moins dans la continuité relationnelle, décrypte l'auteur du livre « Ce que les hommes ne disent pas ». Ainsi, on préfère généralement prendre un verre trente minutes tous les deux mois, plutôt que de se libérer plus fréquemment toutes les deux semaines.

Le professionnel avance également une part de « narcissisme » dans ce comportement, avant de poursuivre son analyse : « Chacun souhaite agir en fonction de ses propres disponibilités, de son agenda personnel, de ce qui l'arrange individuellement, et moins en fonction de l'autre et de ses besoins ». C'est en quelque sorte une « marchandisation des liens » affectifs, estime-t-il avec préoccupation. Or, aimer véritablement, c'est donner de soi-même ! Et puisque nous donnons moins spontanément aujourd'hui, cela se traduit concrètement par de courts moments, suffisamment furtifs pour prendre des nouvelles et entretenir un lien superficiel, mais suffisamment irréguliers pour éviter tout engagement profond.

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Une interprétation positive : loin des yeux mais près du cœur

Pourtant, la vision de la « catch up culture » n'est pas nécessairement négative ou alarmante. En réalité, « tout dépend fondamentalement de la qualité intrinsèque de la relation », nuance avec sagesse Kévin Heridjee. S'il s'agit d'un ami de longue date, à qui l'on pense régulièrement et avec qui l'on parvient à partager de véritables moments de qualité, il existe une lecture positive qui suggère qu'« on n'a pas besoin de la présence permanente de l'autre pour l'aimer sincèrement ». « C'est ce qui survient souvent après un deuil », remarque le psychologue avec sensibilité : « Le proche n'est plus physiquement présent, mais tout dans notre quotidien nous rappelle constamment sa présence. Il vit durablement dans notre cœur et nos souvenirs ».

Cette interprétation apparaît plutôt positive, voire rassurante, car elle permet d'établir une distinction cruciale avec le sentiment de solitude qui peut persister même lorsqu'on est entouré de nombreuses personnes, un ressenti particulièrement amplifié par l'usage des réseaux sociaux. Dans certains cas spécifiques, le fait de se voir rapidement et ponctuellement peut également témoigner d'une grande maturité émotionnelle, où les individus vivent en valorisant délibérément la création de souvenirs forts et mémorables, plutôt que de simples rendez-vous réguliers répétés sans profondeur.

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