Canicule : le dilemme culpabilisant des parents entre école et garde
Canicule : le dilemme culpabilisant des parents

Chaque matin depuis le début de la semaine, Louise Auvitu dépose un de ses enfants à l'école et l'autre à la crèche, en alternance avec leur père. Mais avec des températures atteignant 40 °C à l'ombre, elle a l'impression de les abandonner en pleine rôtissoire. « Quelle infamie que de donner sa progéniture par 40 °C à l'ombre ! Quelle mauvaise mère je suis… », confie-t-elle dans un billet publié le 26 juin 2026.

Un sentiment de culpabilité exacerbé par la canicule

Louise Auvitu ne blâme pas les enseignants ou les professionnels de la petite enfance. Face au goudron qui fond et pour des salaires peu attractifs, leur droit de retrait est légitime. Elle comprend que les horaires d'accueil s'adaptent aux températures extrêmes, même si cela perturbe les emplois du temps des parents. « Garder des gosses dans une étuve ou leur enseigner des phonèmes n'a rien d'une sinécure », écrit-elle.

Ce qui l'énerve au plus haut point, c'est la culpabilité renvoyée aux parents. Elle évoque les regards appuyés aux abords des écoles, les e-mails passif-agressifs qui remercient en lettres capitales les parents « responsables » ayant gardé leur enfant chez eux parce que, dans les salles de classe, il fait jusqu'à 35 °C. « Tant pis si vous vivez dans une passoire thermique exiguë et sans volets, ou s'il faut s'enquiller quarante minutes de RER pour emmener sa progéniture au travail. Tant pis aussi si cela signifie jouer les équilibristes et boucler un énième Google Doc en maintenant un enfant de 6 ans hydraté et calme. À ce stade, on ne cherche plus des bras, on rêve d'être un poulpe. »

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Les inégalités face à la chaleur

Pour ceux qui ne peuvent pas télétravailler, il faut poser un jour de congé. « Inutile de chercher les chiffres, on sait déjà que ce sont les femmes qui font ce sacrifice », déplore-t-elle. Le pire, selon elle, c'est que lorsqu'on doit gérer les enfants, la culpabilité monte d'un cran. On s'en veut de les laisser devant « Shaun le mouton » à 2 ans et 11 mois, de leur octroyer cinq glaces dans la journée pour acheter la paix sociale, ou simplement de les laisser s'ennuyer dans la pénombre poisseuse. Contrairement aux confinements de l'ère pandémique, il n'y a ni pain fait maison, ni applaudissements à 20 heures, juste le vrombissement des ventilateurs, beaucoup de chaleur et une immense fatigue.

Mercredi, elle a ressenti la pression de trop. Dans un long message, le responsable de la crèche de son fils indiquait que les aménagements d'horaires seraient maintenus et que beaucoup d'enfants « souffraient de la chaleur » malgré la climatisation des locaux. Mais il ne fait pas plus frais chez eux qu'à la crèche ou à l'école. « Face à la canicule, nous ne sommes pas tous égaux. Quand certains ont la possibilité d'envoyer leurs gosses au vert, à la mer ou chez les grands-parents, d'autres sont tenus de tenir le coup dans le béton surchauffé. »

Un appel à l'adaptation des infrastructures

Louise Auvitu conclut en s'adressant aux parents : « Quels que soient vos choix pour arriver au bout de ce marathon climatique, dites-vous bien que vous faites de votre mieux. Et croisons les doigts pour que nos politiques se décident à adapter nos crèches et nos écoles à ces chaleurs extrêmes qui, bien qu'elles se dissipent d'ici quelques jours, sont vouées à revenir. »

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