Depuis leur ouverture le 16 décembre 1968, les aires d'Ambrussum nord et sud, situées sur la commune de Villetelle (Hérault), sont devenues des pôles majeurs du réseau autoroutier de l'A9. Avec une moyenne de 12 000 à 15 000 passages par jour, et jusqu'à 25 000 lors des pics estivaux, elles ont profondément et durablement modifié la vie de ce petit village, de l'approvisionnement en eau potable à la gestion des eaux usées.
Une implantation décidée par l'État, subie par le village
Le maire de Villetelle, Jérôme Boisson, rappelle que la commune n'a pas demandé à accueillir ces équipements. « Villetelle n'a pas demandé à accueillir les deux aires d'autoroute d'Ambrussum. Lors de la construction de l'A9, l'État aurait choisi ce site après avoir calculé qu'un poids lourd venant de Murcia (Espagne) ou d'Allemagne pouvait venir jusqu'ici mais pas au-delà avec un seul plein de gas-oil », explique-t-il.
Les aires ont été inaugurées en même temps que le tronçon Nîmes-Montpellier, en présence du pilote automobile Maurice Trintignant. Elles portent le nom du site archéologique gallo-romain situé à proximité, que l'on peut toujours rejoindre à pied depuis Ambrussum sud. « Des conducteurs de camions qui passent le week-end sur l'aire font parfois la balade jusqu'aux vestiges gallo-romains », témoigne Jérôme Boisson. Ce site abrite notamment plusieurs dizaines de mètres de la Via Domitienne, ancêtre de l'A9, ainsi que les traces d'un important relais routier antique.
L'eau, un défi permanent pour la commune
Dès les années 1960, l'approvisionnement en eau des aires a posé problème. « À l'époque, le village de 150 habitants disposait d'un seul forage, il n'était donc pas possible d'alimenter les deux aires. Un forage électrique avec surpresseur a donc été installé au pont de Lunel, sur une autre nappe que celle de Villetelle », raconte Jean-Pierre Navas, ancien maire de la commune (1991-2026).
Quelques années plus tard, une pollution a contraint l'État à abandonner ce captage et à connecter les aires au réseau de Villetelle. « On a dû revoir et corriger notre approvisionnement en eau potable. On a réalisé un deuxième forage mais pour pouvoir répondre aux besoins 7 jours sur 7 et 24 h/24, on était obligé de faire fonctionner les pompes quasiment en continu », précise Jérôme Boisson. De nombreux habitants ont constaté des baisses de débit à leur robinet, surtout pendant les chassés-croisés estivaux. « Prochainement, nous allons passer à trois forages et jouer sur les trois », annonce le maire.
Une station d'épuration surdimensionnée et modernisée
Avec 4 commerces au nord et 3 au sud, les aires sont les premières productrices d'eaux usées de la commune. « Tous les réseaux sont surdimensionnés à Villetelle », résume Jérôme Boisson. Pendant une décennie, leurs rejets ont été traités en autonomie, mais dans les années 1980, la croissance du trafic a conduit à une mutualisation avec le réseau du village. Villetelle a alors été dotée de sa première station d'épuration à boues activées et lagunage, très surdimensionnée pour les quelque 200 habitants de l'époque.
Le fonctionnement de l'équipement nécessitait des adaptations à la saisonnalité du trafic. En hiver, il fallait « nourrir » suffisamment les bactéries. Au milieu des années 2010 et surtout en 2023, la station a été agrandie et modernisée, avec une capacité portée à 43 000 équivalents habitants (Villetelle compte un peu plus de 1 700 habitants) et un traitement anticipant les nouvelles normes européennes. « Ici, d'ores et déjà, nous traitons l'azote et le phosphore. D'ailleurs, nous travaillons pour avoir l'autorisation de récupérer l'eau traitée pour arroser les espaces verts du village », précise le maire.
Des charges sans compensation financière
La présence des aires a apporté des emplois et un temps d'avance, mais aussi des désagréments. « La commune supporte financièrement les interventions des pompiers dont 80 % concernent l'autoroute, glisse Jérôme Boisson, et si un début d'incendie ou un accident mortel interviennent, c'est le maire de Villetelle qui doit aller faire le constat. » Le cimetière de la commune accueille les dépouilles de trois automobilistes sans sépulture, et la mairie gère les objets trouvés sur la partie communale de l'autoroute et des aires.
« Ces deux aires d'autoroute font partie de notre quotidien mais nous n'avons aucune compensation financière liée à leur fréquentation contrairement aux stations du littoral et la cotisation foncière des entreprises installées part intégralement à l'État », conclut Jérôme Boisson.



