Ce mardi 1er septembre 2026, 365 079 élèves font leur rentrée dans l'académie de Nice, qui couvre les Alpes-Maritimes et le Var. Si les effectifs des collèges et lycées restent globalement stables, la diminution du nombre d'écoliers, amorcée depuis 2023, se poursuit. Le nouveau recteur de l'académie, Emmanuel Roux, a annoncé lors de la conférence de presse de rentrée : « On aura 3 200 écoliers en moins. » Il a qualifié cette tendance de « début d'une déprise démographique qui va être importante dans les dix ans à venir et sera plus marquée dans les zones rurales que sur le littoral. »
Une baisse démographique sans précédent
Selon les projections du service statistique public de l'éducation (DEPP), publiées en 2026, les écoles maternelles et élémentaires de l'académie vont perdre 12 % de leurs effectifs dans les dix prochaines années. En 2035, l'académie comptera 22 000 élèves en moins en primaire. Le recteur Emmanuel Roux évoque un « séisme démographique » qu'il faudra anticiper et accompagner dans les territoires. Les collèges et lycées seront également touchés : « En 2035, nous aurons 10 % de collégiens en moins, et 5 à 6 % de baisse d'effectifs au lycée », a-t-il précisé.
Des classes moins chargées, mais des disparités
Malgré cette baisse, le rectorat maintient le nombre d'enseignants : « Nous avons maintenu le même nombre d'enseignants, à 3 postes près, malgré cette baisse du nombre d'écoliers », a souligné Emmanuel Roux. La moyenne s'établit à 22,6 élèves par classe pour l'année scolaire 2026-2027, contre 25 il y a dix ans. Cependant, Gilles Jean, secrétaire départemental 06 du SNUipp-FSU, le principal syndicat enseignant du premier degré, nuance : « De fortes disparités subsistent. Dans les zones urbaines du littoral on peut se retrouver avec des classes qui atteignent 28 écoliers. » Il ajoute : « On est quand même la dernière Académie de France en matière de taux d'encadrement des élèves. »
Dans les collèges et lycées, le rectorat annonce une moyenne de 27,7 élèves par classe, mais les syndicats pointent des effectifs trop lourds. Fabienne Langoureau, secrétaire académique du SNES-FSU Nice, déclare : « Au lycée, dans les zones urbaines comme Nice, nous tournons à 35-36 élèves par classe, c'est beaucoup. Du côté du collège, on est à 30 par classe. »
Un repli des naissances depuis 2013
Cette baisse s'explique par un repli des naissances. Après la forte fécondité des années 2000, culminant à un indice de 2,07 enfants par femme en PACA en 2013, l'indice est tombé à 1,61 en 2025, selon l'Insee. Les Alpes-Maritimes et le Var devraient perdre environ 10 800 collégiens d'ici 2035, et les lycées un recul de 3 500 élèves.
Des risques de fermetures d'écoles
Face à ces chiffres, certaines écoles en zones rurales ou de montagne pourraient fermer. Gilles Jean redoute que cela « nuirait gravement à la vie des villages et éloignerait les enfants de leurs lieux d'enseignement ». Le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, dans une interview accordée à Nice-Matin la semaine dernière, s'est voulu rassurant : « On veut avoir une politique d'aménagement du territoire autour de l'école. C'est-à-dire choisir délibérément d'implanter ou de laisser ouvertes des écoles dans des logiques d'aménagement du territoire. » Il a annoncé la création « d'ici le 1er novembre, d'une direction de la politique territoriale de l'école, en charge de piloter et d'animer toute cette politique. »
Le recteur Emmanuel Roux insiste sur l'importance du dialogue avec les maires : « Il y a une question sociologique majeure de savoir si une école reste ouverte dans un village, si une classe garde un sens quand elle a moins d'élèves. » Il ajoute : « J'irai sur le terrain, dans les établissements, à la rencontre des élus locaux, pour ne pas gérer cette situation au fil de l'eau. » Dans un premier temps, cette baisse peut se traduire par des classes avec moins d'écoliers, comme c'est le cas cette année. « On ne remet pas en cause le nombre de classes par écoles, mais on améliore les conditions d'enseignement. »
Des solutions locales pour maintenir les écoles
Dans le petit village de Bauduen, sur le lac de Sainte-Croix, l'école qui affiche 26 élèves a été dotée d'un deuxième enseignant. Dans le moyen et le haut pays, des regroupements pédagogiques intercommunaux permettent déjà à plusieurs communes rurales de s'associer pour maintenir des écoles ouvertes. Depuis trois ans, des observatoires des dynamiques territoriales ont été mis en place, et les chiffres de la démographie scolaire sont partagés avec les élus. La baisse des effectifs peut aussi conduire à regrouper deux niveaux dans une même classe. Gilles Jean voit un avantage : « ça crée une émulation entre les deux niveaux, où les plus jeunes sont tirés vers le haut par les plus grands. » Mais il tempère : cette organisation impose une « pédagogie différenciée » complexe, et « cette compétence n'est pas abordée dans la formation initiale des professeurs des écoles. »
Les lycées les plus touchés dans 15 ans
Le nombre d'élèves scolarisés dans les Alpes-Maritimes et le Var connaîtra un pic en 2028, avant de décroître. Selon les projections de l'Insee, les territoires les plus impactés seront : Menton avec 500 lycéens en moins attendus en 2042, Cannes et Grasse avec un recul de 700 élèves chacun. En volume, c'est la zone de Nice qui connaîtra la plus forte perte avec 1 800 lycéens en moins, et Toulon 1 200 élèves. Les secteurs de Brignoles et Draguignan enregistreront une baisse de moins d'une centaine d'élèves en lycée. Jean-Roger Ribaud, directeur académique des services de l'éducation nationale dans le Var, explique : « Le Var, un peu comme les Alpes-Maritimes, a une particularité, c'est que le coût de l'immobilier étant très important sur le littoral, on a un déplacement des populations vers l'arrière-pays. Donc on a une ruralité qui se porte bien avec une certaine dynamique. » L'installation de familles avec enfants compense presque entièrement le déficit naturel lié à la baisse historique de la natalité.



