Abandons d'animaux : des propriétaires témoignent de leur déchirure
Abandons d'animaux : des propriétaires témoignent

En France, un animal est abandonné toutes les 94 secondes. Avec 335 258 compagnons à quatre pattes recueillis par les refuges en 2025, l'Hexagone détient le record d'Europe, selon les données de l'I.CAD et de l'association solidarité peuple animal. Chaque été, les refuges poussent les murs pour accueillir un déferlement de chiens et chats. Comment un propriétaire en vient-il à prendre cette décision ? Rencontre avec celles et ceux qui ont choisi de se séparer de leur boule de poils.

Des propriétaires dépassés par l'éducation de leur animal

Anne Isabelle a une trentaine d'années lorsqu'elle décide d'accueillir son premier chien, un petit chiot Briard. La Bretonne habite alors dans une "maison en location avec un petit terrain clos". Rapidement, "le chien s'est trouvé à l'étroit au vu de son gabarit et surtout nous n'avons pas su l'éduquer", regrette Anne Isabelle, qui reconnaît un "manque d'expérience". Une fois adulte, son compagnon à quatre pattes prend régulièrement la poudre d'escampette. Jusqu'au jour où tout bascule : l'animal prend la fuite sur les routes du village et "fait tomber des enfants qui circulaient à vélo". Dépassée par les événements, la trentenaire décide de confier son chien à la SPA. "Je n'oublierai jamais ses gémissements ce jour-là, ni mes larmes", écrit la femme, aujourd'hui âgée de 59 ans.

Un chiot adopté sur un coup de tête, puis une maladie qui change tout

Ce déchirement, Rosine et son mari le connaissent bien. En 2006, le couple dîne avec des amis dont le chien vient d'avoir une portée lorsqu'ils "craquent sur un des chiots". La nuit portant conseil, les trentenaires se réveillent le lendemain avec quelques doutes : "On savait qu'il fallait qu'on y réfléchisse davantage", se remémore-t-elle. Mais c'est déjà trop tard : leurs amis frappent à leur porte, boule de poils dans les bras. "On s'est retrouvé un peu bête", souffle-t-elle. Malgré ces circonstances, les deux Isérois sont confiants : "On avait déjà eu des chiens, on pensait connaître l'organisation que demanderait Baggio", explique la quinquagénaire, qui précise avoir même suivi des cours d'éducation canine. Pourtant, le couple se retrouve submergé. Le chiot, un croisement entre un boxer et un berger allemand, grandit à une vitesse folle. Et son énergie suit cette courbe de croissance. Mais, surtout, Baggio fuit. "Il pouvait faire des trous de 50 cm sous le grillage, bondir au-dessus de la clôture pour courser les vaches… Ce sont des choses que l'on n'avait pas envisagées", reconnaît-elle. Le couple travaille à plein temps et ses trois enfants sont à l'école durant la journée : "Baggio souffrait d'être seul, tout simplement". Consciente du problème, Rosine "décide de rentrer tous les midis pour promener le chien", espérant que ce trait de caractère passe avec le temps.

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Une maladie grave oblige à se séparer du chien

Puis, quelques mois plus tard, un rendez-vous chez le médecin fait basculer sa vie : "J'ai appris que j'étais atteinte d'une maladie grave qui m'épuisait, physiquement comme mentalement. Je ne pouvais plus tout gérer." À contrecœur, Rosine et son époux se mettent à la recherche d'une autre famille pour le jeune chien et ce, sans passer par la SPA : "Ce chien était notre responsabilité, c'était à nous de lui trouver un foyer équivalent ou mieux", martèle l'Iséroise. Au détour d'une visite à l'hôpital, elle discute avec une infirmière cherchant un chien pour ses parents retraités, qui venaient tout juste de perdre leur berger allemand. Rosine prend ça comme un signe : "Nous sommes allés rencontrer ces gens avec Baggio, voir les conditions dans lesquelles ils vivaient… Et tout était parfait. Baggio est allé tout de suite vers eux." Malgré tout, les deux trentenaires repartent avec leur chien, tiraillés. "On a réfléchi encore, et encore. Abandonner notre Baggio c'était un crève-cœur, pour nos filles comme pour nous". Après de longues discussions, le couple et ses trois enfants apportent ensemble Baggio à sa nouvelle famille. "Quelques jours plus tard, on a reçu une photo de Baggio avachi sur le canapé, la truffe devant la cheminée, sourit-elle. On a su qu'on avait fait le bon choix."

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Les causes profondes des abandons selon la SPA

Le tableau que nous dépeignent les deux quinquagénaires est loin de celui, quelque peu caricatural, qui vient en tête lorsque la question des abandons d'animaux est évoquée. "Nous avons toujours un petit pourcentage de chiens ou chat qui sont retrouvés jetés sur le bord de la route, mais ce ne sont pas les histoires qui ressortent le plus", reconnaît Annie Benezech, adjointe au maire et directrice de la SPA Montpellier Méditerranée Métropole. Les propriétaires qui laissent leurs animaux au refuge font plutôt état "d'histoires de famille, de divorces, de difficultés financières et plus rarement de problèmes de santé". Ce sont des personnes qui, lorsqu'elles ont adopté un animal, "n'ont pas réalisé combien ça allait leur coûter, les inconvénients que ça pouvait représenter", explique la présidente. Selon elle, la faute incombe aux particuliers "qui vendent ou donnent des chiens à n'importe qui, n'importe comment". Celles et ceux qui font des reproductions tous azimuts "font beaucoup de mal à la protection animale". Certains animaux donnés sans aucun contrôle se retrouvent chez des personnes qui "n'ont pas conscience qu'un animal est un membre de la famille" et qui s'en séparent au premier désagrément, "comme ils vont se débarrasser d'un vieux salon".