Le Service Civique Solidarité Seniors fête ses 5 ans, un héritage du Covid-19
Service Civique Seniors : 5 ans de lien intergénérationnel

Le Service Civique Solidarité Seniors fête ses cinq ans, un héritage des confinements du Covid-19

Dispositif national, le Service Civique Solidarité Seniors (SC2S) célèbre en ce mois de mars son cinquième anniversaire. Créé en mars 2021, ce programme est un héritage direct des périodes de confinement liées à la pandémie de Covid-19. Il vise à renforcer les liens entre les générations et à lutter contre l'isolement des personnes âgées, un enjeu majeur de notre société.

Des rencontres intergénérationnelles autour du Scrabble et des jeux de société

Nasim, un jeune homme de 19 ans, en est un parfait exemple. Intervenant depuis octobre à la résidence autonomie Le Moulin, à Ambarès-et-Lagrave, il partage des moments privilégiés avec les résidents. « Je n'avais jamais joué au Scrabble de ma vie », confie-t-il avec un sourire. Ses débuts ont été difficiles, avec deux défaites contre des adversaires âgés de 94 ans. « Je me suis fait dégommer », raconte-t-il, soulignant que l'expérience compte triple dans ce jeu.

Entre eux, le courant passe facilement. Nasim a su établir le premier contact grâce à ses stages en Ehpad. « L'erreur à ne pas faire, c'est de se montrer un peu trop à l'aise, c'est-à-dire de ne pas avoir une posture professionnelle », conseille-t-il. Il insiste sur le respect, nommant les résidents par leur prénom ou en utilisant « monsieur » ou « madame » selon leur préférence. « D'entrée, j'ai été souriant, jovial, et ils me l'ont redonné directement », ajoute-t-il.

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Un rôle clé : créer du lien social sans remplacer les professionnels

Les jeunes en service civique, âgés de 16 à 25 ans, ne sont pas des auxiliaires de vie ni des membres d'une équipe soignante. Leur mission est strictement sociale. Marine Hébrard, coordinatrice du développement territorial du SC2S en Nouvelle-Aquitaine, explique : « Leur rôle est de faire des visites de convivialité, d'aller dans les chambres rendre visite aux personnes, de discuter avec elles, de leur lire le journal et, pourquoi pas, de faire une partie de belote. Il n'est pas question qu'ils fassent des soins, des toilettes ou distribuent des repas. Ils ne sont pas là pour faire le travail des professionnels. Ils sont vraiment là pour créer du lien social, intergénérationnel. »

Cette mission est capitale face à l'isolement croissant. « En 2025, le baromètre des Petits frères des pauvres présentait des chiffres alarmants », rapporte la représentante régionale. « On recense 750 000 Français en situation de mort sociale. » Cette solitude est particulièrement difficile à détecter chez les personnes vivant à domicile, qui n'osent pas toujours signaler leur isolement extrême.

Des interventions à domicile pour toucher les plus isolés

Le dispositif s'étend également aux visites à domicile. À Bassens, par exemple, Léa et Madison, deux jeunes de 17 ans, effectuent des visites accompagnées pour assurer la sécurité. « Jamais seules, toujours à deux », précise leur tutrice. Reconnaissables grâce à des tee-shirts et sweats jaunes, elles partagent des activités comme les Triominos ou des ateliers créatifs, comme la décoration d'une sphère géante pour le carnaval local.

Gaëlle Legrand, responsable du pôle seniors du centre communal d'action sociale (CCAS) de Bassens, souligne : « Un tiers de nos bénéficiaires du service d'aide à domicile sont des personnes isolées, qui n'ont plus de conjoint, pas d'enfant à proximité, voire pas d'enfant. »

Un tremplin professionnel pour les jeunes volontaires

Pour beaucoup de ces jeunes, le SC2S est une véritable révélation professionnelle. Nasim, après un bac pro accompagnement, soins et services à la personne, était indécis sur son avenir. « Je ne me sentais pas prêt », avoue-t-il. Aujourd'hui, grâce à cette immersion, il a trouvé sa voie dans l'animation. De même, Madison, qui a essayé la maroquinerie et la coiffure sans succès, et Léa, qui rêvait d'être aide-soignante militaire mais n'avait pas l'âge requis, voient dans cette expérience un pas vers leur futur métier.

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Les contrats, rémunérés 620 euros non imposables, durent de six à huit mois pour une mission hebdomadaire de vingt-quatre à vingt-huit heures. « Deux jeunes sur cinq en SC2S se destinent aux métiers du secteur médico-social », se félicite Marine Hébrard. « On en est très fiers. »

Un succès national avec des racines dans la crise sanitaire

Chapeauté par l'État et financé par le régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco, le SC2S a mobilisé 22 000 volontaires à l'échelle nationale en cinq ans. Actuellement, 110 jeunes sont engagés en Gironde. Ce dispositif puise ses origines dans la crise du Covid-19. « Pendant la crise sanitaire, seuls les professionnels avaient le droit d'entrer dans les Ehpad, ainsi que les services civiques, qui étaient considérés comme du personnel de première ligne », rappelle Marine Hébrard. « Les jeunes aussi s'étaient retrouvés isolés, confinés dans leur résidence universitaire ou leur tout petit logement. Beaucoup s'étaient alors mobilisés pour les personnes âgées. »

Ainsi, le Service Civique Solidarité Seniors continue de prouver son utilité, en tissant des liens précieux entre générations et en offrant aux jeunes une expérience formatrice et humaine.