Port Bloc : l'essor d'une association de pêcheurs plaisanciers et leur quête rare du thon rouge
Port Bloc : pêcheurs plaisanciers et leur thon rouge rare

Port Bloc : l'essor d'une association de pêcheurs plaisanciers et leur quête rare du thon rouge

Dans le Médoc, au Verdon-sur-Mer, une association de pêcheurs de plaisance s'est structurée ces dernières années à Port Bloc. Entre l'estuaire de la Gironde et le large, ses membres pratiquent une pêche très encadrée, où le thon rouge occupe une place aussi rare que spectaculaire.

Une croissance remarquable en trois ans

Entre Port Médoc et l'embarcadère des bacs, à Port Bloc, l'association de plaisanciers-pêcheurs a grossi à vue d'œil en seulement trois ans. L'Association des usagers de Port Bloc (AUPB) s'est dotée d'une émanation dédiée spécifiquement à la pêche : l'association Sport Fishing Port Bloc (SFPB). Aujourd'hui, cette structure compte pas moins de 115 adhérents actifs.

Son président, Marc Benayoun, revendique une pratique ultra-encadrée, tournée à la fois vers les eaux de l'estuaire et vers le large océanique. Cette initiative mérite particulièrement l'attention dans un territoire où la chasse et la pêche font partie intégrante des traditions locales.

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Un ancrage local profond

Port Bloc, surnommé « port d'Oc » par certains, ne ressemble en rien à une marina de carte postale. « C'est un port de travail, avec la division des Phares et balises, les pilotes, quelques pêcheurs professionnels… et toujours un peu de plaisance », rappelle Marc Benayoun.

Dès 1992, le Grand Port maritime autorise l'installation d'un ponton de 144 mètres, capable d'accueillir 85 bateaux. Les adhérents en deviennent copropriétaires « à 1/85e » et louent un « droit d'eau ». Historiquement, l'AUPB se limitait à cette fonction d'amarrage.

La naissance d'une structure dédiée à la pêche

Puis l'idée a germé de créer une structure spécifique pour organiser la pêche. « On s'est dit que ce serait bien de s'intéresser à des pêches hauturières et réglementées, comme le thon rouge », explique le président.

La nouvelle association démarre avec une soixantaine de membres, grimpe rapidement à une centaine puis atteint les 115 adhérents actuels. Au sein de la Fédération française de la pêche en mer, elle se classe première de Gironde et quatrième d'Aquitaine, derrière des « places fortes » comme Capbreton, Hendaye ou Bayonne.

Le thon rouge : un graal difficile à atteindre

Le thon rouge fait rêver tous les pêcheurs, mais il se mérite. Au large de la pointe de Grave, la fenêtre de pêche est particulièrement courte. « En gros, pendant quinze jours, c'est la frénésie, et après, c'est fini », précise Marc Benayoun.

Les sorties s'organisent le plus souvent face à Hourtin, à 50-60 km des côtes, en fonction des conditions météorologiques. Le combat avec ces poissons puissants représente le graal de la pêche sportive. « Lorsque vous sortez un thon de 80 kg, vous vous en souvenez ! » Une prise peut nécessiter entre une demi-heure et une heure de combat, parfois davantage selon la taille du poisson et la technique employée.

Une pêche marginale aux quotas ultra-stricts

Cette pêche au thon rouge reste pourtant marginale, principalement parce que la réglementation est « ultra-stricte » et que les quotas alloués aux plaisanciers sont extrêmement limités. « On a droit à 1 % du quota national », insiste le président.

Concrètement, avec une centaine de membres, l'association ne dispose que d'une capacité d'environ « cinq à cinq poissons et demi par an ». Le club possède une vingtaine de « bagues » et doit rester « au kilo près » dans le respect des quotas.

La valorisation des prises exceptionnelles

Lorsqu'un thon est prélevé, l'association valorise pleinement l'événement. La saison passée, quatre thons (de 30, 30, 60 et 80 kg) ont été capturés. Le partage est rigoureusement codifié :

  • 50 % pour le pêcheur et son équipage
  • 25 % pour les bateaux accompagnateurs
  • Au moins 25 % pour l'association

Ce système permet d'organiser une « soirée poisson rouge » en fin de saison, avec une découpe « japonisante » sophistiquée, loin des simples tranches « à la rondelle ».

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Une philosophie de pêche responsable

Au-delà de la quête du thon, la SFPB défend une philosophie particulière. « On se voit comme des sentinelles. On prélève un peu, mais on n'est pas des viandards », affirme Marc Benayoun.

L'association pratique également la pêche du bar, du maigre et des céphalopodes. « Le thon, oui, mais pas que », précise-t-il. Le collectif privilégie les sorties groupées, « à quatre ou cinq bateaux », pour des raisons de sécurité et d'entraide mutuelle.

Un contexte réglementaire en évolution

Reste un contexte réglementaire en constante évolution, qui suscite parfois des interrogations parmi les pêcheurs de plaisance. Il s'agit notamment de :

  1. La déclaration obligatoire des prises sur une plateforme européenne via smartphone
  2. L'encadrement renforcé de certaines espèces protégées
  3. Les discussions autour des motorisations et leur impact environnemental

« La mer est un espace de liberté », glisse Marc Benayoun, qui prévoit d'aborder ces sujets lors de l'assemblée générale du samedi 7 mars, au Verdon, salle Cordouan (centre Jean-Parès), à 15 heures. Un rendez-vous de passionnés sur la pointe du Médoc, là où l'estuaire de la Gironde s'ouvre majestueusement sur l'Atlantique.

Note : La pêche de loisir du thon rouge est soumise à la détention d'une autorisation administrative délivrée annuellement par les directions interrégionales de la mer (DIRM).