Ouverture de la pêche à la truite : une affluence en berne sur la Sorgue et le Cernon
Pêche à la truite : peu de pêcheurs pour l'ouverture en Aveyron

Ouverture de la pêche à la truite : une fréquentation en net recul

L'ouverture de la pêche à la truite, événement traditionnellement attendu par les amateurs, s'est déroulée ce week-end dans un climat morose en Aveyron. Le long de la Sorgue et du Cernon, les berges sont restées étonnamment désertes, témoignant d'un désintérêt croissant ou de conditions peu favorables.

Des pêcheurs isolés face à des conditions difficiles

Dimanche après-midi, seuls quelques passionnés bravaient les eaux froides et abondantes. Parmi eux, Mathieu Belmonte, 21 ans, originaire des Costes-Gozon, et Thibault Valentin, 19 ans, de Tiergues, pêchaient depuis leur enfance. Le premier a capturé une truite arc-en-ciel à Saint-Rome-de-Tarn, tandis que le second a pris une truite fario sauvage à Versols.

"L'ouverture, ce n'est pas terrible car il y a beaucoup d'eau et elle est froide", confie Thibault Valentin. "Les poissons ne sont pas très actifs." Ce sentiment est partagé par de nombreux pêcheurs qui peinent à réaliser des prises, contribuant à la frustration générale.

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Une association face à des défis multiples

L'Association agréée de pêche et de protection des milieux aquatiques (AAPPMA) de Saint-Affrique, connue sous le nom des Chevaliers de la Gaule, gère les bassins-versants de la Sorgue et du Cernon. Elle délivre environ 800 cartes de pêche annuellement. Frédéric Forzini, son président, dresse un constat alarmant.

"De nos jours, l'ouverture de la pêche à la truite n'est plus que l'ombre d'elle-même", souligne-t-il. "Il y a peu de pêcheurs au bord de l'eau pour l'ouverture. Notre garde en a contrôlé 26 sur la Sorgue le samedi matin et seulement 4 sur le Cernon l'après-midi." Pourtant, les conditions météorologiques et le niveau d'eau étaient relativement bons.

L'impact des cormorans sur les lâchers de truites

Cette année, l'AAPPMA a pris une décision radicale : aucun déversement de truites n'a été effectué pour l'ouverture. La présence massive de cormorans en est la cause principale. "Il y a encore trop de cormorans sur la Sorgue", explique Frédéric Forzini. Des comptages récents ont révélé leur présence en nombre : 3 à Saint-Félix-de-Sorgue, 6 à Versols, 8 à Saint-Affrique, 7 à Vabres-l'Abbaye et une trentaine à Montlaur.

"Nous déverserons des poissons dès que ces oiseaux seront partis en migration fin mars ou début avril", précise le président. "Nous ne souhaitons pas déverser des truites pour nourrir ces volatiles marins qui n'ont rien à faire dans nos cours d'eau."

Le parcours No-Kill : une alternative qui séduit

Face à ces difficultés, le parcours No-Kill de Saint-Affrique, situé en centre-ville, offre une lueur d'espoir. Il répond aux attentes des pêcheurs recherchant des sensations fortes sans tuer les poissons. En 2025, l'AAPPMA y a investi 5 000 € en lâchers, attirant une clientèle spécifique.

Cependant, cette initiative reste limitée. "Nous n'avons pas les moyens de faire ça ailleurs car nous n'avons aucune aide de la Fédération de pêche de l'Aveyron pour le No-Kill", déplore Frédéric Forzini. L'association doit donc chercher des financements via des subventions et des dons.

Des problèmes structurels et financiers

L'approvisionnement en poissons de qualité pose également problème. "La fédération ne produit que des truites justes à la maille de qualité très moyenne", critique le président. "Nous sommes obligés d'acheter les gros et beaux sujets dans des piscicultures privées. C'est inadmissible."

Sur une carte de pêche vendue 87 €, seulement 10 € reviennent à l'AAPPMA, une somme insuffisante pour mener des actions d'envergure. Malgré cela, l'association poursuit ses efforts, comme le déversement annuel de 7 000 alevins d'ombre depuis trois ans, pour un coût de 6 000 € par an, sans aide fédérale.

Les causes multifactorielles du déclin piscicole

Frédéric Forzini identifie plusieurs raisons à la raréfaction des poissons :

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  • Pollutions diverses
  • Présence accrue de prédateurs
  • Épisodes cévenols mal timing
  • Canicules répétées
  • Débits d'étiage faibles

"Cet effet cocktail accélère les choses", analyse-t-il. "Les pêcheurs ne sont en aucun cas responsables de cette situation." Il appelle à une adaptation de la réglementation piscicole, basée sur le cheptel actuel plutôt que sur celui d'il y a dix ans.

L'Aveyron, contrairement à d'autres départements, tarde à prendre ce virage. Un exemple frappant : un pêcheur a récemment prélevé six belles truites sauvages, ce qui est légal selon le quota aveyronnais. "Prélever des poissons, c'est rajouter un facteur aggravant à toutes les autres difficultés que rencontrent nos cours d'eau", conclut Frédéric Forzini, soulignant l'urgence d'une prise de conscience collective.