La Veilleuse : un réseau citoyen bordelais contre la rue pour les familles
Depuis l'été dernier, un réseau de citoyens bordelais se structure pour offrir des solutions d'hébergement d'urgence et temporaire aux enfants et à leurs familles. Cette initiative de solidarité de proximité vise à « pallier les manquements au droit international », selon ses coordinateurs. Combien d'enfants dorment à la rue dans Bordeaux et son agglomération ? « Difficile d'avoir des chiffres exacts », malgré les décomptes de la Nuit de la solidarité 2024, qui recensait 202 mineurs sans solution d'hébergement.
Un constat alarmant et une réponse locale
Pour La Veilleuse, le fait tangible est clair : « On reçoit des alertes toutes les semaines », explique Fiona Gedeon-Achi. Timothée Guérin ajoute que « depuis qu'on existe, nous avons proposé plus de nuits d'hébergement qu'il n'y a eu de nuits ». Malgré l'ouverture constante de places d'hébergement dans la métropole et un plan hiver offrant 2 200 places en Gironde cette année, des familles avec de jeunes enfants restent à la rue.
Investis dans le soutien aux enfants mal logés, Fiona et Timothée ont voulu aller plus loin en s'attaquant à la problématique de l'hébergement. Convaincus que des solutions simples, temporaires et de proximité existent pour répondre à l'urgence de manière inconditionnelle, ils sont aussi tiraillés par l'idée que leur engagement comble « les manquements des services institutionnels » au regard des droits français, européens et internationaux.
Le relais efficace des écoles
Six mois après la création du collectif La Veilleuse, dont ils sont deux des six coordinateurs, et la mise en place d'un réseau d'hébergeurs volontaires, le bilan est éloquent. « Depuis le 9 décembre dernier, nous avons permis l'hébergement de neuf familles différentes », détaille Timothée Guérin. Ces profils variés, du parent isolé à la famille avec trois enfants, n'ont pas pu être mis à l'abri par le 115. Timothée et Fiona insistent : « Nous nous positionnons en dernier recours », avec pour principe que « toute nuit qu'un enfant ne passe pas à la rue est une nuit gagnée ».
Une quinzaine de familles de Bordeaux et son agglomération ont rejoint la boucle WhatsApp où sont relayées les alertes. Souvent, ce sont des parents dont les enfants fréquentent la même école que les enfants sans solution d'hébergement, comme Fiona et Timothée. « Dès que nous avons une alerte, nous demandons aux familles si elles nous autorisent à communiquer auprès de l'école », précise Fiona. Si c'est le cas, l'école envoie un mail à tous les parents d'élèves. Ce relais s'est avéré efficace, comme lors d'une situation « la semaine dernière, où en une heure, six familles proposaient un hébergement », se réjouit la coordinatrice.
Accompagner la mise en relation et assurer le suivi
Consciente que l'hébergement d'inconnus peut freiner l'élan de solidarité, La Veilleuse accompagne les hôtes durant l'accueil. Le collectif, en partenariat avec l'Accueil des réfugiés en Val de l'Eyre (Areve), se porte caution pour la responsabilité civile. Il fournit aussi une « feuille de vie où chacun définit ses règles de cohabitation », pour préserver le rythme des accueillants. Une attention particulière est portée à la durée de l'hébergement, « pour ne pas épuiser les familles », souvent des actifs en plus d'être parents.
Le réseau s'inscrit « dans une logique d'hébergement de courte durée, de trois à dix jours, avec possibilité de rotation », spécifie Timothée. Les hébergeurs n'ont aucune obligation de fréquence, ni à justifier leur absence de réponse aux alertes. Certains profitent même de leurs absences pour laisser leur logement à disposition. Le réseau cherche aussi des lieux de stockage pour faciliter la logistique des déplacements.
Des retours positifs et des perspectives d'action
Après deux mois d'action, les retours des hôtes révèlent « un renversement des a priori ». Pour Nathalie Dugravelier, hébergeuse, « c'est un enrichissement », où la prise de risque est inhérente à toute rencontre, selon la philosophe et présidente de la Cimade. La Veilleuse assure la mise en relation et son terme, évitant aux hôtes tout sentiment de culpabilité.
Le collectif refuse de laisser des familles à la rue, utilisant ses fonds propres, alimentés par des donateurs, pour financer jusqu'à trois nuits d'hôtel, une disposition normalement dévolue à l'État. Cette initiative citoyenne montre comment la solidarité locale peut combler les lacunes institutionnelles, offrant un espoir concret aux familles en détresse.



