Éducation canine : les conseils d'un expert pour éviter les morsures et comprendre les chiens
Conseils d'expert pour éviter les morsures de chiens

L'expertise canine de Stéphane Brunel : quand la science rencontre la pédagogie

Stéphane Brunel dirige CynoSymbio, une entreprise d'éducation canine où convergent harmonieusement la science et la pédagogie, la connaissance théorique et l'expérience pratique, ainsi que le lien entre l'humain et l'animal. Ce projet unique est né d'une symbiose familiale profonde, unissant Stéphane à sa fille aînée, devenue éthologue, et à N'Joy, leur magnifique femelle Berger Australien. Leur parcours commun s'est construit sur le terrain : d'abord en tant qu'adhérents dans un club canin, puis comme moniteurs pendant plus de six années consécutives.

Stéphane a ensuite franchi le pas décisif en validant sa certification professionnelle, menant une reconversion réussie tout en maintenant l'équilibre entre ses deux vies. Professeur de français depuis plus de vingt-cinq ans, il conserve de son expérience scolaire une conviction fondamentale, applicable autant aux chiens qu'aux humains : personne n'apprend efficacement lorsqu'on lui hurle dessus.

Pourquoi éviter la fuite et les cris face à un chien menaçant ?

Stéphane Brunel : Ces deux réactions instinctives, la fuite et le hurlement, constituent en réalité des signaux aggravants pour le chien. Elles sont perçues comme des marqueurs de mal-être et réveillent des mécanismes comportementaux très anciens, directement liés à la prédation. À l'origine, le chien est fondamentalement un prédateur, et quelle que soit sa race, il conserve des séquences de prédation plus ou moins marquées génétiquement.

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La sélection des races au fil des siècles a d'ailleurs renforcé certains de ces traits prédateurs. Prenons l'exemple des chiens de berger : leur caractéristique de prédation peut atteindre des niveaux assez élevés sur l'échelle de l'agressivité. Chez ces races, la composante poursuite est particulièrement développée. Un Border collie, par exemple, a été spécifiquement sélectionné pour courir derrière le bétail et pincer les pattes des vaches ou des moutons afin de les faire se déplacer et se regrouper. Or, ce geste de pincement demeure, pour de nombreux chiens, un comportement tout à fait naturel. Ainsi, courir et crier peuvent suffire à enclencher cette mécanique prédaterice profondément ancrée.

Comment réagir face à un chien décidé à attaquer ?

Un chien qui fonce sur vous n'est pas nécessairement un chien qui va mordre. C'est souvent un chien qui cherche à vous menacer. La morsure, dans la majorité des cas, ne survient pas parce que le chien devient soudainement fou, sauf en cas de problèmes neurologiques spécifiques. Elle intervient plutôt dans des contextes précis, fréquemment déclenchés par un geste brusque, un cri ou un mouvement rapide.

C'est typiquement l'enfant qui a tiré les poils, qui a bougé trop vite, qui a pleuré ou s'est mis à hurler. Ces réactions peuvent déclencher une réaction de pincement instinctive. Ce qui peut être conseillé dans une telle situation, c'est d'avoir à disposition un objet transitionnel : un bâton de marche, une veste, un chapeau ou un sac à dos, destiné à être tendu dans la direction de l'animal, idéalement sans le regarder directement et sans être tourné vers lui.

Cet objet portant notre odeur permet à l'animal d'entrer en contact avec nous sans qu'il y ait de contact physique direct. Le chien vient sentir, parfois mordiller légèrement, et acquiert ainsi des informations sur les intentions de la personne en face de lui.

L'importance de l'objet transitionnel

Il serait illusoire de tendre un bâton horizontalement en visant la gueule du chien pour qu'il morde le bâton. Les chiens ont des cibles différentes selon leur race : le Border collie mord aux pattes, le Malinois vise les mains et les bras, tandis que certaines races ciblent directement la gorge ou le thorax. Face à un cycliste, la première chose que le chien va attaquer, ce sont généralement les pneus, c'est-à-dire ce qui bouge.

Si la personne s'acharne à protéger ses pieds en pédalant de plus en plus vite, le chien va voir le pied passer devant lui et finira par se rediriger vers la jambe. L'idée fondamentale de l'objet transitionnel, c'est précisément de désactiver l'acte d'attaque avant qu'il n'y ait contact physique.

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Comment les chiens perçoivent-ils nos intentions ?

Le chien possède l'organe de Jacobson, un organe sensoriel que les humains ne possèdent plus. Cet organe lui permet de percevoir les phéromones émises par le corps, des marqueurs olfactifs qui indiquent l'état de santé, l'état émotionnel, l'âge, le sexe de la créature en face, si elle est enceinte, ou même si elle a fumé du cannabis.

Quand deux chiens se rencontrent, ils savent à plusieurs mètres de distance s'il s'agit d'un mâle ou d'une femelle. Ils connaissent leur état de santé respectif, par exemple si l'un est porteur d'un cancer. Cette perception olfactive sophistiquée leur donne des informations cruciales sur leur environnement et les individus qu'ils rencontrent.

Les comportements à adopter une fois le chien calmé

Une fois que le chien s'est approché et a pris l'information via l'objet transitionnel, il faut s'éloigner lentement, sans mouvements brusques. On peut également lui permettre d'entendre notre voix, ce qui fait généralement baisser significativement l'anxiété du chien.

Plus la voix est neutre, basse et faible, plus il est facile pour un chien de sortir de son mode agressif. Aucun chien, quelle que soit sa race, dans une situation de conflit, ne choisira spontanément d'aller à l'affrontement direct, car cela représente, comme pour tous les animaux, une dépense d'énergie extrême et risquée.

Pourquoi certains chiens poursuivent-ils les joggeurs et les voitures ?

Cette tendance s'explique par des siècles de sélection génétique orientée vers la prédation. La base fondamentale de nombreuses races canines réside dans la capacité à repérer le mouvement, à poursuivre et à attraper. À partir de ce socle commun, les humains ont créé des spécialisations variées.

Aujourd'hui, on classe les races en 10 groupes distincts, et un seul groupe n'est pas directement construit sur cette logique de prédation : celui des chiens de compagnie. Cette réalité historique explique pourquoi tant de chiens conservent ces instincts prédateurs, même dans des contextes domestiques modernes.

Le paradoxe de la place du chien dans nos sociétés

Il est paradoxal et quelque peu hypocrite de la part des humains de se plaindre aujourd'hui d'avoir des chiens qui continuent de mordre, alors que la raison même pour laquelle on les a sélectionnés historiquement, et pour laquelle la plupart des gens les adoptent aujourd'hui, est directement liée à la prédation.

Actuellement, je m'occupe personnellement d'un Border collie, une race de berger croisée avec un Setter, une race de chasse. Lorsqu'on lui lance une balle, plus rien d'autre n'existe dans son monde. La première chose que j'ai demandée à sa propriétaire, c'est d'arrêter de jouer avec la balle et de passer à d'autres jeux comme la recherche d'odeur. Que propose-t-on généralement comme activité canine à un Malinois ? Du mordant où l'animal doit se suspendre à un boudin par sa mâchoire pour tirer le plus fort possible dessus.

L'affaire Elisa Pilarski et ses enseignements

Le procès d'Elisa Pilarski, décédée en forêt des conséquences de morsures de chien, a suscité de nombreuses discussions dans le milieu de l'éducation canine. Les résultats d'enquête ont été sujets à caution, notamment concernant la vérification des tailles de mâchoire.

Or, la différence de taille de mâchoire entre un chien de chasse et un Pitbull est souvent minime, rendant difficile toute conclusion définitive sur cette base. L'essentiel est de se demander : qu'est-ce qui a pu déclencher l'attaque ? La personne était enceinte, son corps dégageait des odeurs différentes et les marqueurs de peur devaient être extrêmement intenses.

Les circonstances des redirections d'agressivité

Le phénomène de redirection, très connu des éducateurs canins, survient lorsqu'un chien en surcharge émotionnelle décharge son agressivité sur une autre cible que celle qui a initialement déclenché le stress. Quand deux chiens se battent ensemble, intervenir expose à une morsure dans une très grande proportion des cas.

Le chien peut vous mordre, se rendre compte ensuite que c'était vous, c'est-à-dire quelqu'un qu'il connaît et apprécie, mais il sera déjà trop tard. L'effet de meute peut également modifier significativement le comportement d'un chien. Lors de promenades canines groupées, on observe parfois que six ou sept chiens habituellement adorables partent soudain comme des flèches vers un chien seul par effet de meute.

La décision difficile de l'euthanasie

J'ai travaillé avec des chiens en refuge classés de 1 à 4 en degrés mordeurs. Le niveau 4 correspond généralement à un avis d'euthanasie. La plupart des chiens mordeurs que j'ai connus étaient des chiens qui avaient été battus, traumatisés, ou placés dans des situations extrêmes.

Dans le cas d'Elisa Pilarski, ce n'était apparemment pas cette situation. Mon rôle en tant qu'éducateur n'est pas de sauver à tout prix, mais d'évaluer si le comportement du chien permet éventuellement une rééducation ou non. On peut parfois contester une ordonnance d'euthanasie prononcée par un vétérinaire lorsqu'on estime qu'un travail éducatif est possible, même avec un chien classé 4/4.

L'impact du dressage au mordant

Le dressage au mordant touche directement à la chaîne de prédation : saisir, tirer, tenir, monter en excitation... Pour certains chiens, c'est également une manière de se défouler. On peut tout à fait travailler le mordant de manière structurée avec des méthodes modernes.

Je travaille en éducation éthologique, c'est-à-dire basée sur les sciences du comportement. Un comportement qui est renforcé par quelque chose d'agréable a tendance à se reproduire et à s'amplifier. Un comportement qui n'est pas renforcé finit par s'éteindre progressivement.

À partir du moment où vous renforcez un chien sur des comportements qui ressemblent à de la prédation, le chien réagira davantage sur des choses qui bougent. Inversement, si vous apprenez au chien à se détourner de ce registre et à se canaliser sur d'autres activités, vous pouvez faire baisser son seuil de déclenchement.

Les méthodes éducatives concrètes

J'utilise personnellement une trottinette électrique pour travailler avec des chiens qui prédatent sur les roues. Dès qu'un chien tente de mordre, j'arrête immédiatement. Dès qu'il lâche et se calme, je récompense et je remets en mouvement. Petit à petit, le chien comprend qu'il est récompensé quand il n'agit pas selon son instinct prédateur.

Ainsi, on arrive généralement à éteindre en trois ou quatre séances seulement la prédation sur les vélos ou les joggeurs. Cette approche progressive et positive montre l'efficacité des méthodes éducatives modernes basées sur la compréhension du comportement animal.

Un dernier conseil crucial

Si vous avez de la nourriture sur vous et qu'un chien se dirige vers vous, attiré par l'odeur, ne cherchez surtout pas à la garder près de votre corps et ne la laissez pas à hauteur de museau. Cela peut paraître dérisoire, mais c'est une cause très fréquente d'incidents.

Un enfant marche dans la rue avec un biscuit à la main, à portée du museau du chien, et le chien veut simplement attraper la nourriture. Dans beaucoup de cas, ce n'est pas une agression intentionnelle : le chien a saisi la source de nourriture que l'enfant tenait juste devant son nez, et la main s'est retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. La prévention passe souvent par une simple attention à ces détails apparemment insignifiants.