Le centre social du Petit-Marseille menacé de liquidation avant l'été
Centre social du Petit-Marseille menacé de liquidation

Le centre social du Petit-Marseille menacé de fermeture définitive

L'avenir de l'Association d'animation populaire interquartiers (Aapiq), qui gère le centre social du Petit-Marseille, a été au cœur des débats lors du premier conseil municipal de la mandature, vendredi 20 mars. La réponse du maire Hervé Blanché à son opposant Fabrice Vergnier, bien que factuellement correcte, est apparue trop vague pour rassurer les nombreux usagers de cette structure essentielle du quartier.

Une situation judiciaire complexe

La situation est particulièrement délicate depuis que l'association a été placée en redressement judiciaire en février 2025. L'administrateur judiciaire a lancé officiellement la recherche d'un repreneur le 11 février 2026, avec une date limite de dépôt des offres fixée au 31 mars 2026. Cependant, l'ambiance délétère entre salariés et administrateurs n'a fait qu'aggraver les difficultés, rendant toute solution durable improbable.

Après une première réorganisation à l'été 2025 qualifiée de « renaissance » par la présidente Josiane Sauzereau, une deuxième restructuration devait être mise en place début 2026. Cette dernière impliquait 50 000 euros d'économies et de nouveaux licenciements. Mais les tensions internes ont empêché tout dialogue constructif, poussant Anne-Catherine Dupré, la directrice recrutée en août 2025, à annoncer son départ le 2 février 2026. « Certains salariés voulaient ma tête, j'y aurais laissé ma santé », a-t-elle déclaré. Son départ effectif le 2 mars a rendu caduque la restructuration envisagée.

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Un sursis judiciaire précaire

Lors de l'audience du 11 février 2026, le tribunal a constaté l'absence de dette postérieure au redressement, malgré un passif de 370 000 euros et une trésorerie redevenue positive. Ces éléments auraient normalement pu permettre d'envisager une poursuite d'activité. Cependant, les juges ont noté que les conflits internes avaient fini par « affecter les possibilités d'avenir de la structure », plaçant l'Aapiq dans une impasse manifeste.

Dans leur délibéré du 11 mars 2026, les magistrats ont accordé à l'association une ultime période d'observation de six mois, jusqu'à la prochaine audience fixée au 9 septembre 2026. Ce sursis ne signifie pas pour autant que les activités peuvent continuer normalement jusqu'à la rentrée. La justice a principalement compris que l'activité sociale de l'Aapiq ne pouvait s'arrêter brutalement sans conséquences graves pour les usagers.

Hervé Guedjali, directeur par intérim venu de la Fédération départementale des centres sociaux, explique la situation avec réalisme : « On ira jusqu'à la fin des vacances de Pâques pour ne pas abandonner les usagers, mais entre le 20 avril et l'été, on ne sait pas ce qui va se passer. »

La liquidation semble inévitable

Au Petit-Marseille, la plupart des observateurs s'attendent désormais à ce que l'Aapiq soit liquidée bien avant la date du 9 septembre 2026. Selon plusieurs experts judiciaires, tout devrait être réglé avant l'été. Quelques associations à caractère social ont étudié une éventuelle reprise, notamment l'Adef (association d'insertion par l'activité économique), mais elles ont finalement renoncé face à la complexité de la situation. Certaines pourraient revenir à la charge après la liquidation, mais sans garantie aucune.

Des rumeurs circulent également concernant l'intérêt potentiel de l'ADSEA, voire de certains salariés et administrateurs de l'Aapiq eux-mêmes. Cependant, aucune confirmation officielle n'est venue étayer ces possibilités, laissant planer un doute considérable sur l'avenir immédiat des services.

Des solutions temporaires à l'étude

Face à cette incertitude particulièrement pénible pour les usagers et les salariés, l'Aapiq ne reste pas inactive. « Avec nos partenaires, Ville, CAF et Département, on travaille à des solutions intermédiaires pour les usagers, le temps qu'une suite solide se mette en place », annonce Hervé Guedjali.

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Isabelle Gireaud, adjointe au maire chargée des affaires sociales, confirme que la municipalité se penche sérieusement sur la question de la continuité du service public. « Sans repreneur, la Ville assumera transitoirement le centre de loisirs, la crèche et le périscolaire ; le CCAS (Centre communal d'action sociale) pourrait gérer la Maison France services. Nous laisserons les bâtiments du centre social du Petit-Marseille à disposition des associations qui y interviennent aujourd'hui. »

En revanche, les missions concernant les activités familles, les gens du voyage, l'insertion et la prévention jeunesse seront probablement mises temporairement entre parenthèses, faute de structure pour les assurer.

Une mobilisation citoyenne en gestation

De nombreux usagers refusent de voir disparaître ce qu'ils considèrent comme le poumon social du quartier, garant de solidarité, de démocratie et de citoyenneté. Certains habitants commencent déjà à se mobiliser dans l'espoir de voir naître un nouveau centre social, une initiative que la Fédération des centres sociaux accueille favorablement : « On espère qu'il y aura une volonté des habitants ; en tout cas, bâtir un nouveau projet social sur une page blanche, leur appartient. »

Cette perspective de reconstruction à partir des bases, bien que prometteuse à long terme, ne résout pas l'urgence immédiate : le centre social du Petit-Marseille fermera ses portes après les vacances de Pâques, sauf cession miraculeuse dans les prochaines semaines. L'attente angoissée des usagers et des professionnels du social se poursuit, dans l'espoir ténu qu'une solution durable émerge avant la liquidation définitive.