Manifestation festive à Bordeaux : 170 professionnels du social dénoncent les coupes budgétaires
Bordeaux : 170 pros du social manifestent contre les coupes budgétaires

Une mobilisation festive pour des revendications sérieuses à Bordeaux

Près de 170 professionnels du secteur social, sanitaire et médico-social ont investi les rues de Bordeaux ce mardi 10 mars dans une manifestation à la fois colorée et déterminée. Derrière des déguisements de carnaval, des éducateurs spécialisés transformés en bananes et des pancartes humoristiques, se cachent des préoccupations profondes concernant l'avenir de leurs métiers et des publics qu'ils accompagnent.

Un rassemblement syndical massif devant le Conseil départemental

À l'appel de plusieurs organisations syndicales dont Sud Santé Sociaux, la CGT, quatre groupes de la CFDT et le collectif Prev'deter, les manifestants se sont d'abord rassemblés sur le rond-point de l'esplanade Charles-de-Gaulle avant de converger vers la place Gambetta. Le ton était paradoxal : festif dans la forme mais inquiet sur le fond. « C'est tellement n'importe quoi que c'est un peu le carnaval », confie Isabelle, 65 ans, éducatrice spécialisée venue soutenir la mobilisation.

Les revendications portées par les professionnels sont pourtant on ne peut plus sérieuses : ils réclament une augmentation générale des salaires et des moyens à la hauteur des besoins réels du terrain. Dans un secteur déjà fragilisé, la colère monte depuis plusieurs mois face aux restrictions budgétaires imposées par le Département de la Gironde, confronté à une grave crise financière.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La protection de l'enfance particulièrement touchée

Les manifestants dénoncent avec vigueur les réductions de budgets qui affectent directement la protection de l'enfance en Gironde. Ces coupes entraînent des restructurations douloureuses dans plusieurs associations du secteur, avec des licenciements annoncés dans des structures emblématiques comme l'Institut Don Bosco ou l'Association laïque du Prado.

La mobilisation intervient à quelques jours seulement du 60e anniversaire de la convention collective nationale du 15 mars 1966, qui encadre une grande partie des métiers du social. « On fête ses 60 ans, mais elle est en piteux état », regrette François Dabadie, éducateur spécialisé en protection de l'enfance et membre du syndicat Sud Santé Sociaux en Gironde.

Les éducateurs de rue en première ligne

Dans le domaine de la prévention spécialisée, les éducateurs de rue se disent particulièrement impactés par ces restrictions. Leur mission essentielle - aller à la rencontre des jeunes et des familles pour prévenir le décrochage scolaire ou la marginalisation - se trouve compromise par la diminution des moyens.

« On a déjà vu fermer plusieurs services », explique Thibault, éducateur au Prado. « Ces coupes budgétaires auront des effets bien plus coûteux à long terme si on laisse les jeunes décrocher. » Un constat partagé par Yannick, 53 ans, qui travaille dans l'addictologie : « On nous demande de faire plus avec moins de moyens. On nous parle de rentabilité et de quantité, alors que notre travail repose sur la qualité de l'accompagnement. »

Les chiffres contradictoires d'une crise annoncée

Dans un communiqué officiel, le Département de la Gironde met en avant que la politique de prévention spécialisée dispose d'un budget de 8,3 millions d'euros en 2025, contre 7,5 millions en 2015. Cependant, dans le cadre d'un plan de retour à l'équilibre, une baisse de 800 000 euros est prévue sur deux ans pour ce secteur spécifique.

Plus préoccupant encore : une réduction de 5,8 millions d'euros est programmée pour 2026 dans le budget de la protection de l'enfance, qui s'élevait à 325 millions d'euros en 2025. Face à cette situation, le président du Département, Jean-Luc Gleyze, affirme : « Nous nous associons pleinement aux demandes des professionnels qui dénoncent une situation nationale sans précédent au détriment des droits des enfants », tout en appelant à un engagement accru de l'État dans les domaines de la justice, de l'éducation et de la santé.

Cette manifestation bordelaise s'inscrit ainsi dans un mouvement plus large de défense des services publics sociaux, alors que les professionnels du secteur alertent sur les conséquences humaines et sociales des politiques d'austérité budgétaire.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale