Un cri d'alarme des associations luziennes avant les municipales
Dans un geste inédit, quinze associations basques et luziennes ont coécrit un manifeste de trois pages pour mettre en lumière leurs difficultés grandissantes. Ce document, intitulé « manifeste pour le soutien au tissu associatif », sera envoyé ce mercredi aux trois candidats aux élections municipales de Saint-Jean-de-Luz : Jean-François Irigoyen, Manuel de Lara et Pascal Lafitte.
Une démarche citoyenne et transpartisane
Né d'une initiative « citoyenne et transpartisane », ce manifeste détaille avec précision l'importance cruciale des associations dans la société contemporaine. Il souligne également les nombreuses difficultés auxquelles elles sont confrontées, qu'elles soient financières, structurelles ou humaines. Le texte, disponible sur le site Internet du centre social Sagardian et sur ceux des associations participantes, vise à être lu par le plus grand nombre possible d'habitants.
L'objectif est clair : faire connaître cette situation critique aux candidats et peser dans le débat des municipales avant le scrutin des 15 et 22 mars prochains. Les associations signataires représentent un large éventail d'actions sociales : Sagardian, Agir ABCD, Elkartasuna Larrun, Akna Diffusion, Denen Etxea, Le fer et la soie, Le club poussette de Saint-Jean-de-Luz, La Parent'bulle, Guiltzarry, Couples et Familles du Pays basque, Les alcooliques anonymes, Amnesty internationale, La Croix-Rouge, Les Restos du cœur et Eden Baratzeak.
Une situation financière alarmante
Si la problématique associative est nationale, son impact local est particulièrement tangible à Saint-Jean-de-Luz. Les quinze associations à l'origine du texte, toutes actrices de l'action sociale, en font l'amer constat. Le centre social Sagardian, qui héberge plusieurs de ces structures, est menacé de fermeture depuis plusieurs mois.
En 2025, la structure a accusé un déficit de 300 000 euros, et sa survie reste aujourd'hui encore en suspens. Des demandes de subventions ont été formulées et sont en attente de réponse. Face à cette incertitude persistante, les associations s'inquiètent ouvertement. « Si ces aides ne sont pas renouvelées, ça va être difficile pour nous de continuer à exister », confie un responsable associatif.
Au-delà des finances : un manque de reconnaissance
La problématique n'est pourtant pas uniquement financière, insistent les signataires. Elle découle également d'un « manque de visibilité de ce que produit le tissu associatif ». Stéphane Ingouf, directeur du centre social Sagardian, explique : « Les associations ne sont pas que ce qu'elles proposent. Elles produisent bien plus pour la société : elles contribuent à rompre l'isolement et à créer du lien, à valoriser le faire ensemble et la démocratie locale. Elles comblent les 'zones aveugles' des dispositifs publics et génèrent des emplois locaux. »
Un autre bénévole renchérit : « Nos actions sont encore trop méconnues. On ne réalise pas toujours ce que produisent les associations comme si elles faisaient partie du paysage, sans qu'on s'en rende vraiment compte, mais on ne pourra plus l'ignorer quand elles disparaîtront. »
La fin du silence associatif
C'est pour faire entendre cette inquiétude grandissante que les participants au projet ont décidé de « ne plus se taire ». « On va droit dans le mur et il faut le dire. Les associations sont généralement de mauvais lobbyistes. Par la nature discrète des associations et des gens qui y œuvrent, elles ne communiquent pas ou peu. Mais aujourd'hui, l'heure est grave », affirment-ils avec conviction.
Devant cette impasse préoccupante, elles appellent dans leur manifeste les pouvoirs publics à un soutien renforcé et durable. Elles interpellent directement les candidats aux municipales à travers une série de questions précises : « Quelles mesures concrètes prendrez-vous pour sécuriser les ressources des associations, soutenir l'emploi associatif ? », « Quelles politiques mettrez-vous en place pour aider les associations à mobiliser de nouveaux bénévoles ? ».
Le défi du renouvellement des bénévoles
Un autre enjeu majeur évoqué par le texte concerne le renouvellement des bénévoles, indispensable à la pérennité des projets associatifs. Les associations constatent avec inquiétude que leurs effectifs sont insuffisamment rajeunis, une conséquence à la fois d'une « société qui se fragilise du fait de l'individualisme » et d'un « pessimisme ambiant ».
Par leur manifeste, les associations invitent les habitants à ne pas uniquement « consommer » les activités proposées mais aussi à y prendre part activement. « Plus on parle des actions que l'on mène, plus ça peut provoquer des vocations », espèrent-elles.
Elles demandent enfin la mise en place d'aides concrètes pour encourager l'arrivée de nouveaux bénévoles : formations adaptées, accompagnement des parcours d'engagement, valorisation de l'utilité sociale, transmission du goût de l'engagement. Les prochaines semaines, à l'approche des élections municipales, diront si les candidats s'emparent de ces questions cruciales pour l'avenir du tissu associatif luzien.



