La proposition provocatrice d'une privatisation du Code de la route
Facétieux comme à leur habitude, les membres du groupe parodique Jalons avaient suggéré, au début des années 1990, une idée pour le moins originale : « privatiser le Code de la route ». Dans les pages de leur magazine, un entretien fictif avec le libéral Alain Madelin, intitulé « Que le meilleur gagne », faisait l'apologie parodique de la concurrence comme solution à tous les problèmes routiers.
L'ordre spontané et ses vertus selon Hayek
Sur le fond, il est vrai que l'ordre spontané, si cher au prix Nobel d'économie Friedrich Hayek, présente de nombreuses vertus en matière d'efficacité. Récemment, un jeune candidat à la mairie de Menton, Louis Sarkozy, a suscité la polémique en défendant une proposition radicale en ce sens. Il évoquait ni plus ni moins la suppression des feux rouges, des lignes blanches et des panneaux de signalisation. Cette « immense simplification de nos routes » a été jugée pour le moins saugrenue par de nombreux observateurs.
La critique de l'assistanat automobile
L'appel à la responsabilité individuelle de Louis Sarkozy et sa critique d'une forme d'assistanat automobile ont été longuement disséqués avec causticité sur toutes les chaînes d'information. Quelques voix originales, d'obédience philosophique libérale, ont toutefois souligné que de telles exagérations permettaient de nourrir la réflexion. D'un côté, des entraves nécessaires qui protègent les usagers ; de l'autre, des libertés bridées qui pourraient pourtant favoriser l'adaptation et la fluidité du trafic.
L'empilement réglementaire et ses complexités
Dans le domaine routier, chaque règle, chaque signalisation, chaque limitation vient effectivement corriger un risque identifié, tout en contribuant à complexifier un empilement déjà dense de prescriptions et d'interdictions. Supprimer, élaguer, simplifier : ces actions reviennent finalement à arbitrer constamment entre lisibilité et sécurité.
Les réformes récentes du secteur
Au-delà de ces propositions radicales, la période récente a été marquée par des évolutions concrètes. La libéralisation du marché des auto-écoles et l'externalisation de l'examen du Code de la route, initiées au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, visaient à réduire à la fois le coût de la formation et les délais d'obtention du diplôme le plus convoité de France.
Un sillon à approfondir
L'axe Jalons-Sarkozy junior-Macron génère controverse, amusement, mais aussi des pistes d'amélioration. Un chemin à explorer réside dans la simplification du Code de la route lui-même, et non pas uniquement de ses modalités d'obtention. Les racines de la réglementation routière sont anciennes. Dès les premiers temps, il a fallu établir des règles de circulation, qui se sont codifiées et densifiées avec l'augmentation des trafics hippomobiles puis automobiles. Napoléon décida ainsi de rendre obligatoire la circulation à droite de la chaussée.
L'évolution historique de la réglementation
L'ancêtre du permis de conduire pour véhicule motorisé remonte à la fin du XIXe siècle. À cette époque, les premières limitations de vitesse apparaissent. Des panneaux de signalisation fleurissent ensuite dans les villes et les campagnes. Avec l'ère contemporaine et toutes ses innovations, il a fallu constamment adapter droits et devoirs. Pensons notamment à l'usage du téléphone portable sans kit mains libres.
Une matière sérieuse aux enjeux multiples
La réglementation routière est une matière sérieuse, car elle vise à limiter les accidents et leurs coûts associés. Les assureurs suivent avec attention la qualité et l'ampleur du contentieux, qui doit éclairer la répartition des responsabilités. Pourtant, le Code de la route, ce texte qui encadre légitimement l'usage des voies ouvertes à la circulation publique, devient toujours plus dense et compliqué. La diversité des situations et les innovations technologiques imposent cette complexité croissante.
Vers une simplification par les grands principes
Pour le candidat au permis de conduire, cette complexité représente un défi majeur. Or, le détail de la législation importe souvent bien moins que le respect des grands principes fondamentaux. D'autre part, les questions posées aux examens, plus ou moins redoutées, versent fréquemment dans l'exégèse et des formulations alambiquées.
Dix à quinze principes fondamentaux
Concrètement, il faudrait peut-être se limiter à dix, voire quinze, grands principes qui doivent absolument être connus et respectés par tous les usagers. Ces énoncés sont aussi courants qu'évidents : respecter les limitations de vitesse signalées, accorder la priorité aux piétons, ne rien consommer de dangereux au volant, etc. Dans ces matières, les fragments précis du droit obscurcissent souvent plus qu'ils ne sont utiles au quotidien.
La nécessité de normes nationales claires
Bien entendu, des plafonds et planchers (de vitesse ou de consommation), établis nationalement, doivent être uniformément exprimés et régulièrement rappelés. L'utilité ? Éviter que les usagers ne se posent des questions inquiètes sur les routes départementales quant à savoir s'ils peuvent rouler à 80 ou à 90 km/h.
Les bénéfices potentiels d'une simplification
Basculer du temps et des moyens sur la conduite et l'expérience pratique permettrait de réduire, en partie, le nombre de conducteurs n'ayant jamais obtenu leur permis car incapables de maîtriser des textes trop détaillés. Une telle option diminuerait également le coût d'obtention de ce précieux sésame pour rouler. Tous les acteurs concernés, conducteurs comme assureurs, devraient y trouver leur compte. Le mot-clé de cette approche ? Responsabilité.
La simplification du Code de la route représente donc un défi complexe, à la croisée des enjeux de sécurité, de fluidité du trafic et d'accessibilité. Entre propositions radicales et réformes pragmatiques, le débat reste ouvert sur la meilleure manière d'équilibrer protection des usagers et liberté de circulation.



