Nîmes : le bilan contrasté de Jean-Paul Fournier après 25 ans de règne municipal
À Nîmes, le nom de Jean‑Paul Fournier ne laisse personne indifférent. Élu maire en 2001, cet octogénaire s'apprête à tirer sa révérence après quatre mandats et vingt‑cinq ans à la tête de la ville. Entre grands chantiers, choix assumés et critiques persistantes, son règne a profondément redessiné la Rome française.
Le centre-ville au cœur des transformations
L'action de Jean‑Paul Fournier est particulièrement visible dans l'hypercentre nîmois. « L'aménagement urbain, cela a vraiment été son truc ! » résume Richard Tibérino, président des Républicains du Gard et ancien adjoint. Premier grand chantier de l'ère Fournier : la rénovation de l'ensemble Arènes-Esplanade-Feuchères, initiée sous la mandature précédente mais concrétisée par son équipe.
Les réalisations spectaculaires se sont multipliées : le musée de la Romanité, écrin contemporain imaginé par Elizabeth de Portzamparc et ouvert en 2018, a accueilli plus d'un million de visiteurs. S'y ajoutent le centre des congrès H2, les chantiers de restauration des arènes et de la Maison carrée, et le classement du temple antique au patrimoine mondial de l'Unesco en 2023.
Urbanisme : une ville à deux vitesses ?
La critique récurrente des opposants porte sur une vision jugée trop centrée sur le centre-ville au détriment des quartiers périphériques. « Dès qu'on s'écarte du circuit touristique, le tableau est moins idyllique », déplore Vincent Bouget, candidat de l'union de la gauche. Pour Antoine Cotillon, ex-directeur de la Société d'aménagement du territoire, « il y a eu des opérations importantes, mais pas de vision prospective sur le long terme ».
La majorité municipale réfute cette accusation, mettant en avant la nouvelle salle Paloma, le lifting des allées Jean-Jaurès, ou les nouvelles écoles construites dans les quartiers. « Nous n'avons pas du tout abandonné ces quartiers », insiste François Courdil, adjoint chargé de la politique de la ville.
Défis environnementaux et sécuritaires
Dans une ville régulièrement classée parmi les plus chaudes de France, la végétalisation est devenue un enjeu majeur. Jean-Paul Fournier se défend : « On n'a jamais planté autant d'arbres : 5 000 entre 2020 et 2026 ». Mais Julien Plantier, son ex-premier adjoint, nuance : « Beaucoup sont morts faute de réflexion sur leur arrosage ».
La sécurité reste un sujet sensible, avec la montée en puissance de la violence liée au narcotrafic. La municipalité a renforcé les moyens : 135 policiers municipaux recrutés et 700 caméras de vidéosurveillance installées. « La sécurité reste une compétence de l'État », rappelle Richard Schieven, adjoint chargé de la sécurité.
Transports, finances et culture : des réalisations notables
Dans le domaine des transports, l'ère Fournier aura été prolifique :
- Mise en place du tram-bus qui a amélioré la desserte des quartiers périphériques
- Création de la gare TGV de Manduel-Redessan après un intense lobbying
Sur le plan financier, l'équipe municipale peut se prévaloir d'un endettement passé de 284,3 millions d'euros en 2001 à 179 millions en 2025. « Nous avons maintenu un niveau d'investissement régulier sans augmenter la taxe foncière », se réjouit Frédéric Escojido, adjoint aux finances.
La politique culturelle a largement misé sur l'héritage antique, parfois au détriment de la création contemporaine selon certains critiques. Mais la création de la scène Paloma est saluée par tous.
Dossiers en suspens pour la prochaine équipe
Plusieurs dossiers sensibles attendent le prochain locataire de l'hôtel de ville :
- Le stade des Costières, en mauvais état, dont la rénovation « coûterait très cher » selon le maire sortant
- L'avenir des quartiers Pissevin et Valdegour, parmi les plus pauvres de France
- La mise en sécurité du conservatoire, jugée « plus qu'urgente »
La tauromachie, culture forte à Nîmes, a bénéficié du soutien municipal avec l'ouverture du musée des Cultures taurines. Mais les clubs taurins estiment avoir été mis à l'écart, et la gauche reproche à l'équipe Fournier d'avoir rendu la Feria « moins populaire ».
Alors que Jean-Paul Fournier s'apprête à passer la main, son héritage apparaît aussi monumental que contrasté. Vingt-cinq ans de transformations urbaines qui ont magnifié le patrimoine antique, mais laissent en suspens des défis sociaux et sécuritaires majeurs pour la future municipalité.



