Martignas-sur-Jalle : une bataille municipale à trois pour la mairie
À Martignas-sur-Jalle, en Gironde, les élections municipales s'annoncent comme un duel serré entre trois candidats aux profils et visions distincts. Le maire sortant divers droite Jérôme Pescina, élu sur le fil en 2020 avec seulement vingt-trois voix d'avance, défend son bilan face aux critiques de ses deux principaux challengers : Éric Gentieu, candidat de gauche, et Grégory Adier, candidat sans étiquette et ancien colistier du maire.
Le sortant : un bilan à défendre et un style contesté
Jérôme Pescina, géographe de formation et urbaniste de métier, reste à 33 ans le plus jeune maire de Gironde. Il se présente avec une liste « divers droite et citoyenne » partiellement renouvelée, comptant vingt élus sortants sur vingt-deux. « J'avance mon projet et mon bilan », déclare-t-il, abordant la campagne avec sérénité.
Son programme met l'accent sur l'enfance et la jeunesse, la solidarité, la transition écologique, ainsi qu'un volet sécuritaire incluant le doublement des caméras dans l'espace public. Parmi ses projets phares figurent la création d'un « cœur de ville » avec une place piétonne et une quarantaine de logements (en partie sociaux), la renaturation du parc des Jalles doté d'un skatepark, et la construction d'une médiathèque. « Les gens ont besoin de local, qu'on leur parle de Martignas », insiste-t-il, minimisant les clivages politiques.
La gauche dénonce un « affichage » et des ambiguïtés
Éric Gentieu, candidat à la tête d'une « liste de gauche et citoyenne », ne partage pas cette analyse. Ce conseiller immobilier de 62 ans, ancien officier au camp de Souge et soutenu par des figures de l'ancienne majorité, critique « l'affichage » écologique et social du sortant, ainsi que son ambiguïté politique. « Il avance masqué », juge-t-il, pointant des mesures symboliques comme la suppression d'un partenariat avec une ville du Sénégal ou la multiplication des drapeaux tricolores dans l'espace public.
Il souligne également la présence dans l'entourage du maire d'au moins une personne ayant figuré sur une liste du Rassemblement national, évoquant la captation des « électeurs invisibles » de l'extrême droite, qui a recueilli près d'un tiers des voix aux dernières législatives. « Le RN a annoncé qu'il ne présentera pas de candidat là où ses idées seront représentées… », laisse-t-il entendre.
Le challenger du centre : un programme « apolitique » centré sur « l'humain »
Grégory Adier, troisième candidat et ancien directeur de campagne de Jérôme Pescina, se présente comme le « challenger du centre ». Ce cadre de l'aéronautique public de 43 ans, père de famille et ancien militaire, défend une liste « citoyenne, sans étiquette, avec une aile gauche et une aile droite », où personne n'est encarté.
Son programme, qu'il qualifie de « pragmatique » et « apolitique », est centré sur « l'humain », avec pour priorités les seniors, les aidants, les crèches et les écoles. « Pour être maire, il faut être parent », affirme-t-il, tout en évitant d'expliquer les raisons de sa démission du conseil municipal en 2022. De son côté, Jérôme Pescina rétorque : « Grégory Adier se bat d'abord pour lui-même ».
Des visions divergentes sur la méthode et l'exécution
Si les trois candidats s'accordent sur les enjeux majeurs de la commune – mobilité, aménagement du centre-ville, intégration des nouveaux habitants –, leurs visions divergent radicalement sur la méthode et l'exécution. Le maire sortant met en avant son action pour faire avancer les dossiers métropolitains, rompant avec l'immobilisme des mandats précédents.
Ses opposants l'accusent en revanche d'un manque de poids politique, illustré par les retards dans des projets phares comme le passage à deux voies de l'avenue Marcel-Dassault ou la lente requalification du centre-ville. Ils critiquent également son style « égocentré » et « hollywoodien », ainsi que ses priorités, jugées discutables, comme la construction d'un hôtel de police à 900 000 euros plutôt que la rénovation des écoles.
Une commune en quête d'identité politique
Martignas-sur-Jalle, commune en constante croissance démographique avec aujourd'hui 8 200 habitants et 6 300 électeurs inscrits (soit 800 de plus qu'en 2020), peine à définir son identité urbaine et politique. Chaque candidat estime que l'élection se jouera sur des facteurs personnels : la personnalité des colistiers, le travail de terrain, la capacité à convaincre les nouveaux arrivants.
Un point commun les unit cependant : tous trois s'engagent à présenter la même liste aux deux tours, quel que soit le résultat du premier. La bataille pour la mairie s'annonce donc intense, avec des enjeux locaux qui reflètent les divisions et les aspirations d'une France périurbaine en mutation.



