Éclairage nocturne éteint : une étude révèle un impact minime sur la délinquance
Extinction nocturne : impact minime sur la délinquance selon une étude

L'extinction nocturne de l'éclairage public n'augmente pas la délinquance

À l'approche des élections municipales de mars 2026, l'extinction nocturne de l'éclairage public, qui s'est généralisée ces dernières années, cristallise les inquiétudes en matière de sécurité. Pourtant, la première étude nationale menée en France révèle que cette politique n'entraîne pas d'augmentation générale des faits de délinquance.

Une tendance qui s'accélère dans les communes françaises

De nombreuses communes françaises ont choisi, ces dernières années, d'éteindre partiellement ou totalement leur éclairage public la nuit. Cette tendance s'est fortement accélérée à l'automne 2022, dans un contexte de flambée des prix de l'électricité. Une cartographie des extinctions nocturnes, publiée par le Cerema à l'été 2025, montre ainsi que 62% des communes étudiées ont mis en place une politique d'extinction nocturne.

Ces décisions permettent aux collectivités de réaliser des économies d'énergie substantielles et de réduire leurs dépenses, tout en limitant les effets néfastes de la pollution lumineuse sur la biodiversité et la santé humaine. Cependant, à l'approche des élections municipales, ces mesures sont de plus en plus contestées dans certaines villes en raison du sentiment d'insécurité qu'elles suscitent.

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Une étude pionnière aux résultats surprenants

Jusqu'à présent, aucune étude scientifique en France n'avait analysé le lien entre l'extinction de l'éclairage public et la délinquance. Les travaux internationaux sur cette question sont rares et ont abouti à des résultats contrastés. C'est pour combler ce manque qu'une thèse soutenue en décembre 2025 a mené la première étude empirique évaluant l'impact de l'extinction de l'éclairage public sur la délinquance à l'échelle nationale.

Les résultats sont clairs : éteindre l'éclairage la nuit n'a pas d'effet sur la plupart des faits de délinquance étudiés. L'étude, qui a passé au crible les statistiques de délinquance entre 2017 et 2023 des communes de plus de 1 500 habitants, montre que l'extinction de l'éclairage public n'a aucun effet pour la grande majorité des faits de délinquance.

Un impact très limité sur les cambriolages

Un faible effet positif a toutefois été mis en évidence pour les cambriolages. Celui-ci est statistiquement significatif, mais reste extrêmement limité : on parle ici d'une augmentation de 0,35 cambriolage pour 1 000 logements, soit environ 1 cambriolage supplémentaire par tranche de 3 000 logements. Cet impact correspond à environ 3,4% du nombre de cambriolages observés en moyenne par an dans les communes ayant recours à l'extinction nocturne.

Des analyses plus fines montrent que cet effet est concentré dans les communes à forte densité de population, que l'Insee considère comme grands centres urbains et centres urbains intermédiaires. Aucun impact n'est observé dans les communes à plus faible densité, telles que les ceintures urbaines et les petites villes.

Méthodologie rigoureuse et données inédites

Pour parvenir à ces résultats, la recherche a croisé deux sources de données. La première est une base inédite qui identifie, pour chaque commune, si et depuis quand l'éclairage public est éteint. Elle s'appuie sur les travaux du Cerema, qui a eu recours à des images satellites nocturnes pour détecter des ruptures soudaines dans les séries temporelles de radiance.

Cette base de données a ensuite été croisée avec les données administratives du ministère de l'intérieur, qui recensent, pour chaque commune et chaque année, le nombre de faits de délinquance sur la période 2017-2023. L'étude s'est appuyée sur la méthode des doubles différences, couramment utilisée en économie, pour isoler l'effet propre de l'extinction nocturne en neutralisant les tendances temporelles et les différences structurelles entre les communes.

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Pas de déplacement vers les communes éclairées

Des analyses complémentaires suggèrent que, s'agissant des cambriolages, il n'y a pas, a priori, de phénomène de déplacement vers les communes voisines restées éclairées lorsque certaines communes pratiquent l'extinction nocturne. En revanche, il serait pertinent de mener des travaux supplémentaires pour déterminer si de tels effets de report existent à une échelle plus fine, au sein même des communes.

Une étude menée en Angleterre et publiée en 2023 apporte à cet égard des éléments intéressants : elle met en évidence une baisse des vols dans les véhicules dans les rues éteintes, accompagnée d'une hausse de ces faits dans les rues voisines demeurées éclairées. En France, la granularité des données actuellement disponibles ne permet pas d'analyser ces phénomènes à une échelle infracommunale.

Implications pour les collectivités locales

Les résultats de cette étude ne permettent pas de conclure à une augmentation massive de la délinquance liée à l'extinction de l'éclairage public. Pour les communes qui souhaitent mettre en place ces politiques afin de réduire la pollution lumineuse ou maîtriser leurs dépenses énergétiques, ce constat est rassurant.

Pour autant, ces mesures peuvent susciter un sentiment d'insécurité chez une partie de la population, qui ne doit pas être négligé. Dans une autre étude, il a été montré qu'il est possible de concevoir des politiques d'éclairage à la fois socialement acceptables et bénéfiques pour la biodiversité.

Les résultats soulignent qu'une approche uniforme est peu efficace : les politiques d'éclairage nocturne doivent être pensées localement, à une échelle fine, au lampadaire près, afin d'être efficaces. Enfin, il est important de rappeler que la lutte contre la pollution lumineuse ne se limite pas à l'extinction de l'éclairage public.

De nombreuses mesures de réduction – comme l'adaptation de l'intensité ou de la température de couleur – sont largement mieux accueillies par la population, comme l'illustrent notamment les retours observés à Montpellier. Ces alternatives pourraient permettre de concilier les objectifs environnementaux avec les préoccupations sécuritaires des citoyens.