Une demande officielle de prolongation pour le projet industriel controversé
Christine Bost, présidente de Bordeaux Métropole, a formellement sollicité par courrier le préfet de la Gironde pour obtenir une prolongation du délai légal permettant à la collectivité de se prononcer sur la modification indispensable du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Cette mise en compatibilité urbanistique constitue une condition préalable absolument nécessaire à la construction de l'usine Emme sur le site de Grattequina, en bordure du fleuve.
Un projet qui pourrait connaître un nouveau rebondissement
Assiste-t-on à un possible retournement de situation concernant le projet d'usine de conversion de cobalt et de nickel porté par la société Electro Mobility Materials Europe (Emme) à Grattequina, située entre les communes de Parempuyre et Blanquefort ? Cette hypothèse n'est pas à exclure, la décision finale revenant désormais au préfet. Les explications détaillées suivent.
Christine Bost a officiellement adressé sa demande écrite au préfet Étienne Guyot le 27 février dernier, comme en témoigne le courrier que nous avons pu consulter. Ce document officiel marque une étape significative dans le processus décisionnel.
Le parcours administratif du projet Emme
Le projet industriel Emme a fait l'objet d'une enquête publique approfondie du 15 décembre au 15 janvier, concernant à la fois la demande d'autorisation environnementale et la mise en compatibilité requise du PLUi. Cette consultation a généré un intérêt considérable avec pas moins de vingt mille consultations enregistrées et 1 808 observations formulées par le public.
Le 17 février, la commission d'enquête indépendante a rendu un avis globalement favorable au projet. Selon ses conclusions, Emme présenterait des garanties substantielles au regard des exigences environnementales. Les mesures d'évitement, de réduction et de compensation (ERC) des impacts environnementaux iraient même au-delà des normes réglementaires exigées. De plus, la sécurité pour la construction d'une usine classée Seveso seuil haut en zone inondable serait correctement maîtrisée selon l'évaluation.
Le calendrier contraignant des collectivités
À compter de la publication officielle du rapport d'enquête, les collectivités concernées, en l'occurrence Bordeaux Métropole, disposent normalement d'un délai réglementaire de deux mois (soit jusqu'au 17 avril) pour formuler leur position officielle. Si ce délai venait à expirer sans qu'un vote n'ait été organisé, l'avis serait alors automatiquement considéré comme favorable par défaut.
L'enjeu central de cette mise en compatibilité des documents d'urbanisme consiste à rendre constructible le terrain de l'ancienne raffinerie, propriété du Grand Port maritime de Bordeaux, situé en bordure fluviale. Cette modification urbanistique est donc une étape cruciale pour la concrétisation du projet industriel.
La pression des oppositions et le contexte électoral
Ces dernières semaines, les associations environnementales et les riverains opposés au projet ont intensifié leurs actions pour convaincre les élus métropolitains de se réunir et délibérer avant les élections municipales des 15 et 22 mars. Leur espoir restait cependant limité.
Lors de ses vœux à la presse le 13 janvier dernier, Christine Bost avait clairement indiqué sa position : « C'est l'un des projets les plus débattus sur le territoire et à proximité. […] On s'est déjà prononcé. Je n'organiserai pas de grand débat supplémentaire dans une période fragilisante », avait-elle déclaré, faisant explicitement référence à la campagne électorale des municipales en cours.
Un changement de position notable
Il semblerait cependant que les positions aient évolué depuis. Le contexte particulier des récentes inondations en Gironde a probablement influencé cette réévaluation. Les élus du groupe Écologie et solidarités de Bordeaux Métropole ont formellement demandé à Christine Bost de saisir l'État afin d'obtenir une prolongation du délai pour se prononcer sur la modification nécessaire du PLUi.
Cette demande a été entendue, comme en atteste le courrier daté du 27 février adressé au préfet. La présidente de l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) souligne l'impossibilité pratique de réunir le conseil métropolitain dans le délai imparti, en raison de la période électorale, de l'installation des nouveaux conseils municipaux, puis de la constitution du conseil métropolitain.
Dans l'hypothèse où ce délai ne pourrait être prorogé, Christine Bost insiste particulièrement sur le fait que « cette absence d'avis dans le délai réglementaire ne pourrait être considérée comme un avis favorable ». Cette précision finale renvoie explicitement le préfet face à ses responsabilités décisionnelles, créant ainsi une situation institutionnelle particulièrement sensible qui pourrait influencer l'avenir de ce projet industriel controversé.



