307 ans de sagesse : les leçons de vie des centenaires Claudine, Léone et Guy à Nîmes
Dans la salle à manger de la maison de retraite Korian Mas de Lauze à Nîmes, trois centenaires apprêtés et souriants sont impatients de partager leurs vies. Claudine Aymond, 103 ans, Léone Rouyre, 101 ans, et Guy Zecchin, bientôt 104 ans, cumulent à eux trois 307 années d'existence. Dans cet Ehpad comme ailleurs, ils ne sont désormais plus une exception, mais leurs témoignages demeurent précieux.
Une étonnante robustesse et des souvenirs marqués par la guerre
Ces trois résidents partagent une étonnante robustesse : aucun d'eux ne souffre de pathologies significatives. Leur jeunesse, cependant, a été profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale, un événement qui a forgé leur résilience.
Guy Zecchin, né en 1922 en Italie, a participé au débarquement de Provence avec le général De Lattre de Tassigny. Les privations, après la perte de ses parents très jeune, ont également laissé une empreinte indélébile. "Je n'ai pas vu le temps passer", confie-t-il avec philosophie, ajoutant : "Moi je suis bien de partout. Le fait qu'on s'occupe de moi, c'est formidable."
Claudine Aymond, née à Uzès, avait une vingtaine d'années lorsque la guerre a bouleversé son existence. "Ça a surtout changé le destin de mon mari qui avait fait des études de droit. Il venait d'une famille de fabricant de chaussures. Avec la guerre, il a été obligé de s'occuper de l'entreprise", raconte-t-elle.
Le travail comme valeur cardinale
Pour chacun d'eux, le travail représente une valeur fondamentale. Guy, qui a œuvré dans la communication au sein de l'armée, lance avec conviction : "Il faut travailler !" Claudine a consacré sa carrière aux PTT, tandis que Léone a connu un labeur physiquement exigeant à l'hôtel de La Rose à Sumène, l'établissement tenu par ses parents.
Léone tient à préciser : "J'ai fait des études ordinaires", avant d'évoquer une scène d'un autre siècle, révélatrice de la condition féminine de l'époque : "La veille d'accoucher, j'étais allée à la fontaine laver huit draps de lit et une corbeille de petit linge." Claudine, quant à elle, se félicite de l'émancipation des femmes : "Elles sont heureuses dans un certain sens. C'est normal d'être féministe aujourd'hui."
L'amour et les relations humaines
La place de l'amour dans leurs vies suscite des réflexions variées. Léone entonne La java bleue en se remémorant la rencontre avec son mari lors d'un bal : "Il était à mon goût. Il m'a plu. Voilà tout." Devenue veuve à 33 ans avec deux enfants, elle confie : "L'amour ne m'a plus intéressé après ça et de toute façon je n'avais pas le temps avec le travail et les enfants."
Guy préfère évoquer "l'amour des autres, de son prochain", son vœu le plus cher étant que sa famille soit heureuse. "Le reste n'a pas d'importance", affirme-t-il. Claudine murmure avec pudeur : "L'amour c'est nécessaire", avant de se décrire comme "très gaie, très vive".
Une philosophie de vie positive
Ces centenaires partagent une approche positive de l'existence. Claudine déclare : "J'ai toujours eu une bande d'amis. On s'adressait toujours à moi pour organiser des choses. Je peux dire que j'ai été heureuse et je me suis sentie libre", comme si c'était bien cela qui importait.
Guy et Claudine ont en commun un goût prononcé pour le sport. Il a pratiqué beaucoup de vélo, elle la gymnastique et le tennis "jusqu'à ne plus pouvoir". Aucun regret ne les habite, et ils n'ont que peu cédé aux tentations : Guy reconnaît avoir profité des cigarettes offertes par les soldats américains pendant la guerre, tandis que Claudine avoue quelques verres "mais jamais au point d'être pompette".
S'adapter et accepter
Tous trois demeurent présents au monde, ancrés dans leur époque, mais Claudine souligne : "Il faut s'adapter." Léone se désole "des choses moches de cette terre. Ce n'est pas très agréable à vivre pour ceux qui ont 20 ans". Guy, toujours positif, se réjouit des progrès : "Tous les jours on découvre quelque chose. Je serai malhonnête de dire que quelque chose ne va pas pour ma part."
Ce qui frappe, c'est combien ils semblent détendus et joyeux. Avoir vécu l'insupportable de la guerre les a-t-il rendus imperméables au malheur ou dotés d'un recul existentiel ? Claudine résume : "Il faut se contenter de ce qu'on a", tandis que Guy, avec poésie, s'étonne : "Vous vous rendez compte, ma vie demeure."
Irène Laroche, 111 ans, la doyenne du Gard
Le 23 mars prochain, Irène Laroche fêtera ses 112 ans. Née au tout début de la Première Guerre mondiale, elle a traversé deux conflits mondiaux et changé de siècle. "Je n'arrive pas à mourir", lâche-t-elle avec un mélange d'espièglerie et de lucidité.
Depuis 2017, elle réside à la Maison Bleue, à Villeneuve-lez-Avignon. Avant cela, elle vivait seule chez elle à 103 ans ! Aujourd'hui encore, cette ancienne receveuse à la Poste tient à s'occuper de ses papiers, qu'elle aime classer. "Elle sait parfaitement quand il faut payer une facture", raconte une soignante.
Douce, gentille et très bavarde, elle est aujourd'hui dure d'oreille mais ne souffre d'aucune pathologie. Son fils, installé au Costa Rica, l'appelle tous les jours. Ce qui l'agace, c'est la dépendance imposée par son grand âge : "Ce qui me met en colère, c'est de ne pas pouvoir faire certaines choses. Je me sens comme une imbécile."
Ces témoignages de centenaires du Gard offrent une leçon de vie précieuse : accepter les aléas de l'existence avec résilience, cultiver la joie et rester ancré dans le présent, tout en s'adaptant aux évolutions du monde.



