Téléphone au volant : cinq départements suspendent le permis jusqu'à six mois
Téléphone au volant : suspension du permis dans 5 départements

Une expérimentation inédite contre l'usage du téléphone au volant

L'usage du téléphone au volant est un serpent de mer de la sécurité routière. Malgré des menaces épisodiques, cette pratique ne cesse de croître, touchant désormais aussi les deux-roues motorisés ou non, jusqu'aux trottinettes. Face à une accidentologie alarmante, plusieurs préfets ont décidé d'agir. Dernier en date, Thierry Suquet, préfet du Vaucluse, rejoint un groupe de départements qui suspendent les permis de conduire des conducteurs utilisant leur téléphone. Cette mesure place l'usage du téléphone au même rang que l'alcoolémie, les stupéfiants, le délit de fuite, les auteurs d'accidents graves ou les grands excès de vitesse.

Un accident sur cinq lié au téléphone dans le Vaucluse

Le préfet du Vaucluse indique que l'utilisation d'un appareil électronique est désormais impliquée dans un accident sur cinq. Sur les 576 accidents dénombrés dans le département en 2025, 19 % étaient liés à l'utilisation du téléphone. Ce facteur de distraction est redoutable : une seule seconde à 90 km/h sans réagir représente 27 mètres parcourus à l'aveugle, 33 mètres à 110 km/h et 39 mètres à 130 km/h. Suffisant pour provoquer un accident.

Des risques multipliés

Tenir le téléphone multiplie par trois le risque d'accident, lire un message le multiplie par 23, insiste Thierry Suquet, qui s'inquiète de la banalisation de l'utilisation du téléphone, voire de tablettes pour regarder des films. La sanction sera désormais le retrait administratif du permis de conduire pouvant aller jusqu'à six mois. La durée de l'expérimentation dans le Vaucluse n'est pas arrêtée, mais les cinq départements concernés comptent démontrer l'utilité de la sanction pour ensuite préconiser son élargissement au niveau national.

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Les départements concernés

Le mouvement a été lancé dans les Landes, puis étendu au Lot-et-Garonne, au Pas-de-Calais, à la Charente-Maritime et au Vaucluse. Dans ces territoires, la logique est la même : frapper vite, au nom de la sécurité routière, pour enrayer une pratique devenue banale mais particulièrement accidentogène.

Ce que risquent les conducteurs

Sur le reste du territoire, tenir son téléphone en main au volant ou au guidon reste puni d'une amende forfaitaire de 135 euros et d'un retrait de 3 points. Cette sanction de base ne change pas dans les départements expérimentateurs. La nouveauté est la mesure administrative préfectorale : le permis peut être suspendu immédiatement, pour une durée allant jusqu'à six mois. L'infraction vise l'usage du téléphone tenu en main ou associé à un écouteur ou une oreillette, très utilisés par les deux-roues. Les professionnels de la route et les livreurs seront les premiers impactés.

Cadre juridique

La base juridique invoquée est l'article L224-7 du Code de la route, qui permet au préfet de suspendre provisoirement le permis après réception d'un procès-verbal. Ce pouvoir n'est pas une création locale, mais l'activation d'un outil prévu par le droit routier. La mesure administrative intervient après une rétention provisoire et sa durée maximale est de six mois. Elle ne remplace pas la justice pénale : elle s'ajoute à la procédure, sans effacer l'amende ni le retrait de points.

Limites de la mesure

La première limite est le champ d'application : le durcissement varie selon les départements. Un conducteur verbalisé hors des cinq départements reste soumis au droit commun. La deuxième limite est juridique : un arrêté préfectoral peut être contesté devant le juge administratif. La mesure doit être proportionnée, motivée et conforme au cadre légal. La troisième limite est que, dans la majorité des départements, le préfet ne suspend pas un permis pour le téléphone seul ; une autre infraction doit être commise en même temps, ce qui ouvre la voie à des contestations.

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Un signal politique

Ces décisions traduisent une volonté politique d'envoyer un signal fort. En faisant du permis un levier immédiat, les préfets espèrent provoquer un électrochoc plus efficace que la seule sanction financière. Les usagers des deux-roues sont également visés s'ils sont titulaires d'un permis. Cependant, cette initiative introduit une confusion supplémentaire, comme pour les limitations de vitesse variables selon les départements ou les zones à faibles émissions.

Thierry Suquet a évoqué une « catastrophe nationale » pour faire entrer le sujet dans le débat de sécurité routière. Reste à savoir si cette fermeté locale produira un effet durable ou ouvrira une série de contestations juridiques. Les kits mains libres et l'affichage en miroir du téléphone sur l'écran du tableau de bord ne sont pas visés, bien qu'ils détournent l'attention du conducteur, tout comme les tableaux de bord géants proposés par les constructeurs.