Le contrôle technique des deux-roues s'attaque aux scooters débridés
Les scooters et cyclomoteurs de 50 cm³ modifiés pour aller plus vite doivent désormais se soumettre à une vérification stricte s'ils souhaitent obtenir leur contrôle technique. En vigueur depuis le 1er mars 2024, cette nouvelle réglementation impose que la vitesse maximale autorisée de ces véhicules ne dépasse pas 45 km/h. L'objectif est clair : empêcher la circulation des deux-roues trafiqués, souvent débridés illégalement pour gagner en performance.
Une clientèle réticente face aux nouvelles normes
Dans les garages spécialisés, les professionnels observent des réactions mitigées. « Depuis le contrôle technique, j'ai plus de clients qui sont venus rebrider leur scooter », témoigne Eric, de chez Jym-Racing 67 à Hœnheim en Alsace. Cependant, cette tendance ne semble pas généralisée. Près de Saint-Raphaël dans le Var, un réparateur confie : « On ne les voit pas », faisant référence aux propriétaires de scooters débridés qui ne se précipitent pas pour se mettre en conformité.
Des professionnels partagés sur la mesure
À Gagny en Seine-Saint-Denis, Benji, réparateur de scooters et motos, salue le renforcement des contrôles. « Je trouve très bien que le système soit renforcé », déclare-t-il. Pourtant, en quinze ans de carrière, il n'a été confronté qu'à quatre ou cinq remises à niveau, toujours suite à des interpellations policières et non pour un contrôle technique. « Des mecs s'étaient fait attraper au tapis par la police et il fallait qu'ils soient à niveau pour récupérer la carte grise », explique-t-il.
Le réparateur varois, quant à lui, adopte une position plus radicale. « Moi, je ne fais que les scooters qui sont susceptibles d'avoir des pièces d'origine, ceux de mes papis. Je ne fais pas de remise à niveau de tout ce qui est trafiqué, je n'y touche pas », affirme-t-il. Il ajoute, préoccupé par la sécurité : « Je suis contre le débridage, c'est trop dangereux. Et les gamins qui roulent en 50 cm³ en ville comme des avions de chasse, les contrôles techniques, ils s'en foutent. De toute façon, il n'y en a aucun qui le passe, car il n'y a rien aux normes. »
Une mesure encore peu connue et appliquée
Dans certaines régions, comme à Aubagne dans les Bouches-du-Rhône, les réparateurs n'ont enregistré aucune demande de remise à niveau. « Avec l'actualité, ils doivent de toute façon penser plus à mettre de l'essence qu'à passer le contrôle technique », commente l'un d'eux. Cette nouvelle obligation semble donc peiner à se faire une place dans les préoccupations des conducteurs, et plusieurs professionnels avouent même ne pas en avoir entendu parler.
Le défi économique du céléromètre
Le contrôle technique des deux-roues soulève également des questions économiques. Les centres de contrôle, comme l'a souligné Laurent Palmier, PDG de Sécuritest, s'inquiètent de la viabilité de cette mesure. L'acquisition d'un céléromètre, un équipement indispensable pour vérifier précisément la vitesse des cyclomoteurs, représente un investissement conséquent d'environ 5 000 euros. Pour un parc de véhicules relativement restreint, cet achat peut sembler peu rentable.
Les conséquences en cas de non-conformité
Pour circuler légalement, les propriétaires de 50 cm³ doivent impérativement respecter la limite des 45 km/h. En cas de contrôle par les forces de l'ordre, un dépassement entraîne une amende forfaitaire de 135 euros. Si le test au céléromètre lors du contrôle technique révèle une vitesse excessive, le véhicule sera recalé. Le propriétaire devra alors procéder à une remise en conformité avant de pouvoir effectuer une contre-visite.
Cette mesure, bien que nécessaire pour la sécurité routière, rencontre donc des obstacles pratiques et économiques. Entre la réticence des conducteurs, le coût des équipements et la méconnaissance de la réglementation, le chemin vers une généralisation du contrôle technique des deux-roues débridés semble encore long.



