Permis de conduire : la Sécurité routière envisage d'assouplir les erreurs éliminatoires
Permis de conduire : assouplissement des erreurs éliminatoires envisagé

Une réforme controversée de l'examen du permis de conduire

La Sécurité routière examine actuellement un possible assouplissement des critères d'évaluation lors de l'examen du permis de conduire, en particulier concernant la notion d'« erreur éliminatoire ». Cette réflexion, menée par un groupe de travail piloté par la sous-direction de l'éducation routière et du permis de conduire, vise à revoir les règles d'obtention de la précieuse carte rose.

Un candidat stressé face à un stop désert

Imaginez un candidat au permis de conduire, stressé par l'examen, qui franchit un stop sans marquer l'arrêt complet. Autour de lui, aucun danger immédiat : pas de piéton, pas de cycliste, pas d'autre véhicule. Pourtant, le verdict est sans appel : il est recalé car sa faute relève de l'erreur éliminatoire. Dans quelques mois, ce scénario pourrait-il avoir une issue différente ? C'est ce qu'envisagent les responsables de la Sécurité routière.

Un écart avec les standards européens

La réflexion porte principalement sur l'évaluation des erreurs éliminatoires, jugée plus sévère en France qu'au niveau européen. Selon une directive de l'Union européenne, une erreur ne doit être éliminatoire que lorsqu'elle met « en cause la sécurité immédiate du véhicule d'examen, de ses passagers ou des autres usagers de la route ». Or, en France, plusieurs fautes sont automatiquement éliminatoires même en l'absence de danger immédiat :

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  • Prendre un sens interdit
  • Mordre une ligne continue
  • « Glisser » un stop ou un feu rouge
  • Circuler à contresens
  • Emprunter une bande d'arrêt d'urgence ou une voie réservée

L'opposition ferme des professionnels

Le groupe de travail s'interroge : lorsqu'un candidat par ailleurs irréprochable commet une erreur isolée n'ayant mis personne en danger, doit-il être systématiquement recalé ? Pour les professionnels du secteur, cette question relève du « non-sens ».

« Honnêtement, ce projet de réforme me choque, et il choque tous mes collègues », affirme Jaouad Mestour, délégué régional en Nouvelle-Aquitaine du syndicat des inspecteurs Snica-FO. « Si on met un stop, c'est qu'il y a une raison. Là, on nous dit qu'on pourrait franchir un stop s'il n'y a pas de danger ? Je ne comprends même pas la situation. S'arrêter au stop, c'est le code de la route. »

Christelle Oberholz, présidente de l'Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite (Unidec), appuie : « Ces erreurs éliminatoires, c'est le b.a.-ba. On apprend un code de la route qui donne les règles de partage de l'espace routier. Si le jour de l'examen, on n'est pas capable de les respecter, ça veut dire qu'on n'a pas appris ces règles. »

Un contexte de délais d'attente préoccupants

Ces réflexions s'inscrivent dans un contexte national de manque criant de places à l'examen, avec des délais pouvant atteindre plusieurs mois avant une présentation devant un inspecteur. Or, selon les chiffres révélés, 93 % des échecs comportent au moins une erreur éliminatoire, et le taux de réussite national reste bloqué sous les 60 % depuis dix ans (58,2 % en 2024).

Jaouad Mestour analyse : « On sait que la Délégation à la Sécurité routière veut réduire les délais d'attente. Donc pour elle, la solution est de faciliter l'examen, comme ça il y aura plus de reçus et s'il y a plus de reçus, il y aura plus de places disponibles et donc moins d'attente. Mais quand on ajourne un candidat, c'est parce qu'il a été dangereux le jour de l'examen ! »

La solution alternative : recruter des inspecteurs

Plutôt que d'assouplir les critères, les professionnels préconisent une solution différente : le recrutement d'inspecteurs supplémentaires. « En France, on a environ 1 250 inspecteurs, il en faudrait 1 400 », précise Christelle Oberholz. « Il ne faut pas oublier qu'on n'a jamais vu un taux de réussite à l'examen aussi élevé, et on n'arrivera jamais au niveau de réussite du bac, ou alors en bâclant la Sécurité routière… »

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Un calendrier incertain mais avancé

Pour le moment, la Délégation à la Sécurité routière affirme n'avoir encore pris « aucune décision » définitive. Cependant, si cette réforme controversée venait à être adoptée, une entrée en vigueur est envisagée avant la fin de l'année 2026.

Christelle Oberholz conclut avec inquiétude : « J'ai l'espoir qu'on nous entende. On a échangé tous ensemble et ils ont pris le temps de nous écouter, on a eu de vraies réunions de travail sur le sujet. On ne peut pas sacrifier la Sécurité routière comme ça… »

Cette réforme potentielle du permis de conduire continue donc de susciter des débats animés entre l'administration cherchant à fluidifier l'accès au permis et les professionnels défendant une formation rigoureuse essentielle à la sécurité de tous sur les routes françaises.